Expertise RPS Les Cordeliers — Ce que la direction propose, ce que les élu·es exigent
CGT Les Cerisiers — CHV Les Cordeliers · Expertise RPS
Ce que la direction propose. Ce que les élu·es exigent.
Le rapport d’expertise a diagnostiqué une atteinte grave à la santé des salarié·es. La réunion du 2 juin devait être le moment de répondre sur le fond. Voilà ce qui s’est passé — et ce qui ne va pas.
Point d’étape — Juin 2026
Le rapport, en chiffres
En décembre 2025, le CSE a voté une expertise pour risque grave au CHV Les Cordeliers. Le cabinet Émergences a rendu ses conclusions le 1er avril 2026, présentées en CSE le 22 avril en présence des associé·es et de la direction de la SAS. Le verdict est sans ambiguïté : atteinte grave à la santé des salarié·es.
5,3
ETP manquants en 2025
Il aurait fallu recruter plus de cinq personnes à temps plein pour absorber les heures réellement travaillées.
+50h
par semaine
Des vétérinaires dépassent régulièrement 50 heures hebdomadaires — un dépassement documenté par le rapport d’expertise.
En 2026, les absences ASV atteignent 256 jours sur les premiers mois de l’année, soit 1,14 ETP structurellement manquant en permanence.
Une partie du travail réel n’est pas déclarée — parce que la procédure est trop contraignante, parce que le climat pousse à l’invisibilisation.
La direction a une explication toute prête à ce phénomène : si les salarié·es accumulent des heures non déclarées, c’est parce qu’iels sont « trop investi·es » — sous-entendu, c’est leur problème, pas celui de l’organisation.
« On nous a dit que si les vétérinaires faisaient des heures supplémentaires, c’était parce qu’elles étaient trop investies. Un associé a cité l’exemple d’une vétérinaire qui aurait préféré rater son avion pour finir une transfusion, alors que 4 autres collègues étaient présentes. C’est se moquer du monde : La réalité c’est qu’il n’y avait qu’un interne — déjà en consultation — pour la remplacer, et que la seule autre vétérinaire disponible finissait elle aussi à 19h. Elle est restée, et la vétérinaire en question a pris son avion. »
— Élu·e CGT des Cordeliers, compte-rendu de la réunion du 2 juin 2026
Le rapport pointe également : des pratiques managériales inadaptées — dont certaines relèvent du sexisme ordinaire et d’une division inégalitaire du travail entre les femmes et les hommes —, une souffrance éthique liée à la tension entre soin et rentabilité, une équipe de nuit coupée de la vie du CHV et du sentiment d’appartenance à l’équipe, des conditions physiques dégradées (bruit, ergonomie), une gouvernance locale fragilisée depuis la TUP de 2023.
Base légale
L’expertise a été votée sur le fondement de l’article L. 2315-94 du Code du travail (risque grave, constaté ou potentiel, résultant des conditions de travail). Ses recommandations ont valeur de document de référence pour les négociations qui suivent.
Le 2 juin : une présentation descendante
À l’issue du CSE du 22 avril, un protocole avait été acté : chaque partie préparerait son plan d’action, la direction transmettrait le sien en amont pour permettre un vrai échange. Les élu·es ont travaillé. Leur plan est détaillé, service par service, thématique par thématique — et avait été transmis en amont comme convenu. Le constat pendant la réunion CSE semblait clair, et entendu par la Direction et le GIE.
« Même si la direction réfléchissait uniquement sur l’aspect financier, elle ne pourrait pas laisser un CHV dans ces conditions. »
— Membre du GIE, CSE du 22 avril 2026
Ce qui s’est passé le 2 juin : la responsable RH Wivetix (HRBP) a présenté le plan de la direction en mode descendant. Le plan des élu·es n’a pas été évoqué — ni leurs propositions, ni le document qu’ils avaient pourtant transmis en amont. Aucune question, aucun échange à ce sujet. Les salarié·es ont reçu le plan de la direction le soir même, dans un mail collectif, sans avoir été associé·es à son élaboration.
« L’impression en sortant : l’avis des salarié·es n’intéresse pas la direction. Le GIE et IVC se servent de l’expertise pour imposer leur vision, des propositions comme le forfait jour qui attendaient déjà depuis un moment, et les associé·es appliquent. »
— Élu·e CGT des Cordeliers, compte-rendu du 2 juin 2026
Les élu·es n’ont pas laissé passer. Dans les jours qui ont suivi, la mobilisation s’est organisée : réunions d’information hebdomadaires, communication sur les réseaux, tractage devant le CHV le 9 juin au matin. La pression collective a produit des effets concrets — mesurables dix jours plus tard.
Le 11 juin : des concessions arrachées par la mobilisation
La direction a organisé une réunion d’information directement auprès des salarié·es du CHV. Le contraste avec le 2 juin est immédiat : une représentante du GIE bien moins hautaine, des annonces nouvelles sur plusieurs points que les élu·es réclamaient. Rien de tout cela n’était sur la table neuf jours plus tôt. Ce n’est pas un hasard.
Ce qui a bougé
Dimanches : une victoire concrète
Un test est acté pour juillet–août : 4 ASV présent·es et majoration qui passe de 15%/20% (ASV/veto) à 80 % pour tout le monde, cumulable avec les heures supplémentaires. C’est une revendication portée de longue date par les salarié·es — elle est reconnue. Il faut maintenant la pérenniser au-delà du test.
Gouvernance — des précisions obtenues
Le poste de Directeur·rice d’établissement est en cours de recrutement pour septembre. F. Pinto assure l’intérim en attendant l’identification d’un·e nouveau·elle DDC. Le changement de chef de service de chirurgie est effectif (S. Etchepareborde). Un nouveau chef de service des soins intensifs est annoncé.
Forfait jours — une négociation s’ouvre
La direction a ouvert la possibilité d’une négociation sur la rémunération au-delà du plancher CCN pour les vétérinaires passant au forfait jours. C’est une reconnaissance implicite que la perte de revenus liée à la disparition des heures supplémentaires est réelle — et qu’elle doit être compensée.
Ce qui reste problématique sur le forfait jours
La réunion du 11 juin a également mis en évidence plusieurs contradictions que les salarié·es et les élu·es ne peuvent pas laisser sans réponse.
Des promoteurs qui ne s’appliquent pas le dispositif à eux-mêmes. Ce sont des chefs de service qui ont vanté les mérites du forfait jours lors de la réunion — sans l’avoir adopté pour leur propre contrat. Difficile de convaincre des équipes des bénéfices d’un statut que ses défenseurs n’ont pas choisi pour eux-mêmes.
Un cadre légal fragilisé avant même la mise en place. La direction a indiqué en réunion qu’« il n’y a pas de règle sur journée/demi-journée, rien de défini » et qu’« il y a des cadres mais on n’a pas besoin d’être aussi strict ». Ces formulations contredisent frontalement la convention collective vétérinaire, qui encadre précisément le forfait jours. Annoncer un contournement avant même le démarrage du dispositif ne rassure pas — ça inquiète.
Des promesses écrites démenties à l’oral. La présentation affiche : « Organisation libre du temps dans la journée » et « Organisation libre du temps dans la semaine ». Mais dans un CHV ouvert 24h/24, avec des créneaux de consultation fixés à la minute et des plannings imposés, cette autonomie est largement illusoire. Quand une participante a demandé si on pouvait vraiment partir quand il n’y avait plus rien, la réponse a été : « On va en rediscuter, il faut procédurer, ça va se mettre en place, mais chacun ne fait pas ce qu’il veut. » Ce n’est pas de l’autonomie. C’est une flexibilité à sens unique.
Comparatif : constat de l’expert, ce que la direction propose (ou pas), exigences des élu·es
Le tableau ci-dessous reprend, thématique par thématique, ce que l’expert a documenté, ce que la direction propose — ou ne propose pas — pour y répondre, et ce que les élu·es demandaient. Les ajouts annoncés lors de la réunion du 11 juin aux salarié·es sont signalés par un badge dédié. Cliquez sur une thématique pour l’afficher.
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Thème
📋 Ce que l’expert documente
⚠ Ce que la direction propose (ou pas)
✔ Ce que les élu·es exigent
Sous-effectif
Alerte
5,3 ETP d’h. sup. non remplacés en 2025 ; 5,7 en 2024
256 jours d’absences ASV déjà comptabilisés début 2026 = 1,14 ETP structurellement absent de l’effectif théorique
Insuffisant
+3 ETP ASV, +1 ETP vétérinaire
Pas de calendrier, pas de précisions sur les cibles : départs ? congés ? arrêts ? charge croissante ?
Écart persistant avec les 5 ETP documentés par l’expert
+ Ajout 11 juin
Le recrutement vétérinaire sera positionné en URSI (urgences et soins intensifs)
Exigence
Recruter a minima 5 ETP
Permettre la réalisation de soins systématiquement en binôme
Anticiper les départs : remplaçant·e formé·e avant le départ
Absences structurelles
Alerte
Congés annuels = postes manquants en permanence
Arrêts maladie en hausse sous l’effet des conditions de travail
Heures supplémentaires devenues structurelles pour compenser la charge
Bénéfique
Remplacement à 100 % des absences — équipe de jour (vétos + ASV)
Incohérent
Sept. 2026 : retour au temps contractuel vétos, « réduire les heures réduira la charge » — FAUX : charge inchangée si aucune adaptation organisationnelle
Sept. 2026 : forfait jours vétos « sur la base du volontariat » — supprime tout verrou sur la durée du travail
Exigence
Remplacements départs et congés : 1 pour 1 minimum
Postes supplémentaires pour compenser la charge croissante
Sécuriser et faciliter la déclaration du temps de travail réel
Thème
📋 Ce que l’expert documente
⚠ Ce que la direction propose (ou pas)
✔ Ce que les élu·es exigent
Heures invisibles
Alerte
« Diminuer le travail invisibilisé en offrant la possibilité de déclarer chaque heure travaillée au CHV »
« Sensibiliser les vétérinaires aux effets néfastes sur la santé d’une durée hebdomadaire supérieure à 50 heures et leur donner les moyens de la diminuer. »
Réduction des h. sup. vécue comme manque de reconnaissance dans un contexte de sous-effectif
Aggrave
Forfait jours « sur la base du volontariat » : supprime tout verrou sur la durée du travail
Nouvelles embauches vétérinaires directement au forfait jours
Retour aux 35h contractuelles dès septembre 2026 (= perte jusqu’à 400 € brut/mois)
Charge de travail identique, aucune adaptation organisationnelle annoncée
+ Ajout 11 juin
Négociation possible sur la rémunération du forfait jour au-delà du plancher fixé par la CCN
Exigence
Chaque heure travaillée déclarée et reconnue, procédure facilitée et adaptée aux horaires atypiques (nuit, URSI, dimanches, gardes)
Choix salarié·e : paiement ou récupération
Réponse organisationnelle (effectifs, charge, organisation) — pas une amputation de salaire
Polyvalence / tutorat
Contexte
Projet polyvalence ASV en 3 pôles (hospitalisation, diagnostic, bloc) peut aider à mieux répartir la charge de travail, SI : sous-effectif géré, temps de tutorat dédié, critères d’évaluation clairs, responsable de projet remplacé
Conditions non remplies aujourd’hui
Prématuré
Projet polyvalence ASV non abordé
Exigence
Résoudre le sous-effectif avant tout projet de polyvalence
Tutorat = temps de travail planifié et rémunéré
Thème
📋 Ce que l’expert documente
⚠ Ce que la direction propose (ou pas)
✔ Ce que les élu·es exigent
Effectifs / temps de travail
Alerte
Hausse perçue du nombre d’animaux
Effectif réduit, travail à la chaîne, peu de pauses
Nombreux arrêts, épuisements, démissions
Insuffisant
Direction reconnaît un « absentéisme ASV chronique (1,5 ETP) » tout en constatant une hausse du CA hospitalisations de nuit
+1 ETP ASV nuit en plus du remplacement des départs
Réduction des shifts de 12h au 1er septembre — présentée comme amélioration
+ Ajout 11 juin
Filtre des appels testé jusqu’au 30 septembre
Réflexion engagée sur la mise en place d’un·e senior permanent·e la nuit
Exigence
Recruter à hauteur du sous-effectif réel de nuit
Minimum 3 ASV systématiquement
Maintien des shifts de 12h
Transmission
Alerte
« Étoffer l’effectif ASV de jour entre 18h et 20h pour offrir la possibilité d’une passation d’informations entre ASV. »
Même problème à 7h le matin
Week-end : relais inexistant
Aggrave
Réduction des shifts de 12h = moins de temps de chevauchement
Aucune proposition sur la transmission
Exigence
Chevauchement garanti : 18h–20h et 7h–8h
Réorganisation planning pour assister à la ronde, protocoles de vérification pour limiter les erreurs et les soins manquants
Intégration et management
Alerte
Aucun vétérinaire titulaire la nuit, cheffe de service absente, périmètre managérial trop large
Souvent non représentée, parfois non invitée aux réunions et consultations
Sentiment d’isolement et d’absence de reconnaissance
Non traité
Aucune mesure ou clarification : « Réflexion à compter de septembre 2026 sur l’organisation du service de nuit »
+ Ajout 11 juin
Étude sur la mise en place d’un·e senior de nuit
Exigence
Clarifier le rattachement dans l’organigramme
Désigner un·e responsable de proximité qui travaille de nuit
Inclusion systématique aux réunions et consultations
Visite médicale semestrielle
Majoration nuit à 50 %
Thème
📋 Ce que l’expert documente
⚠ Ce que la direction propose (ou pas)
✔ Ce que les élu·es exigent
Charge du dimanche
Alerte
Journées décrites comme des marathons ; la moindre absence : « un enfer »
Pause déjeuner écourtée et non rémunérée — ressenti très irritant
Révision dispositif : moins d’heures à 150 %, dimanche moins attractif financièrement
Rapport recommande : meilleure compensation, état des lieux le samedi soir, renfort si activité soutenue
Réflexions sur des astreintes dérangées les dimanches/jours fériés si activité soutenue
+ Ajout 11 juin
Test d’une majoration à 180 %, cumulable avec les heures supplémentaires
Renfort d’une ASV sur la journée
Exigence
Majoration à 180 % (comme à Massilia) — pérenne
Planning annuel annoncé à l’embauche
Renfort ASV et étudiants
État des lieux le samedi soir pour anticiper
Thème
📋 Ce que l’expert documente
⚠ Ce que la direction propose (ou pas)
✔ Ce que les élu·es exigent
Management absent ou toxique
Alerte
Paroles brutales et vexatoires signalées
Associé·es peu présent·es, souvent au téléphone — management décrit comme inexistant
Recommande la mise en place de formations aux chef·fes de service et API sur prévention des RPS, du harcèlement moral et des violences sexistes et sexuelles
Possiblement bénéfique
Poste Directeur d’établissement (non vétérinaire)
Rituels communication d’équipe + baromètre social trimestriel — sans modalités ni calendrier
+ Ajout 11 juin
Réunion mensuelle intra-service
Au moins 1 nouvel API
Pinto remplace Élise Rattez comme DDC le temps de recruter
Sébastien Etchepareborde nouveau chef de service chirurgie
Exigence
Temps dédié pour les représentant·es du personnel pour échanger avec les équipes
Formation managériale annuelle obligatoire pour les associé·es et chef·fes de service : RPS, harcèlement moral, VSS
Temps de débrief réguliers inter-services
Accompagnement individuel si nécessaire
Indicateurs de charge
Alerte
« L’évaluation de cette charge de travail devrait prendre en compte des aspects qualitatifs, par exemple en élaborant des indicateurs pour objectiver la lourdeur des prises en charge en plus d’indicateurs comme le nombre d’animaux. »
Nuisances sonores : grincement ascenseur, lieu de passage, absence de lumière et d’aération naturelle
Pénibilité réelle vécue
Insuffisant
Travaux évoqués — sans calendrier ni intervention spécialisée
Exigence
Intervention ARACT en amont des travaux
Révision des cages trop hautes ou profondes
Panneaux acoustiques dans les chenils
Thème
📋 Ce que l’expert documente
⚠ Ce que la direction propose (ou pas)
✔ Ce que les élu·es exigent
Rôle des RP aux Cordeliers
Alerte
« Rétablir des réunions entre la direction locale et les représentant·es du personnel du CHV. »
CSE d’établissement spécifique Cordeliers
Non traité
Aucune proposition annoncée. Mention seulement d’une « prise de contrôle par les syndicats » niant les remontées des salarié·es aux expertes.
Exigence
Commission spécifique Cordeliers, ouverte aux élues et aux salarié·es
Moyens spécifiques pour ces représentant·es locaux : 4h/mois en plus des réunions mensuelles de la commission
Suivi trimestriel en commission santé sécurité du CSE Les Cerisiers comme d’autres cliniques
Communication
Alerte
« Modifier le règlement intérieur du CSE pour qu’il donne accès aux mails professionnels des salarié·es aux représentant·es du personnel. »
Non traité
Aucune proposition annoncée
Exigence
Permettre une communication facilitée entre les salarié·es des Cordeliers et leurs représentant·es
Ce que ça signifie vraiment
Ce n’est pas un problème de communication. Le 22 avril, les associé·es et la direction avaient entendu les recommandations de l’expert. Le rapport est là. Ce qui a été présenté le 2 juin, c’est le choix de ne pas y répondre sur le fond.
La mobilisation a fonctionné : entre le 2 et le 11 juin, sous la pression des élu·es et des salarié·es — réunions d’information, tractage, remontées terrain — la direction a reculé sur plusieurs points. La majoration des dimanches, les précisions sur la gouvernance, l’ouverture d’une négociation sur le forfait jours : rien de tout cela n’était sur la table le 2 juin. Ce n’est pas de la bonne volonté. C’est le rapport de force.
Mais ce recul partiel ne change pas le fond du problème.
Le problème de fond : une logique de performance et de rentabilité qui continue face à une urgence sanitaire documentée
Le rapport d’expertise démontre une dégradation grave et documentée de la santé des équipes. Les évolutions obtenues entre les deux réunions sont réelles — et elles prouvent que la mobilisation paie. Mais la réponse globale de la direction maintient la logique qui a produit la crise.
Sur le recrutement : les ETP annoncés ne couvrent pas la charge documentée. Sur la rémunération : les heures réelles sont soit supprimées (retour aux 35h), soit rendues invisibles par construction (forfait jours). Sur l’organisation des services : aucune mesure structurelle sur les plannings, les transmissions, l’intégration de l’équipe de nuit. Sur la reconnaissance du travail : le sentiment d’injustice, de dévalorisation et d’infantilisation documenté par l’expert reste sans réponse.
Le forfait jours est une illustration parfaite de cette logique — répondre à l’invisibilisation des heures par un contrat qui les rend invisibles par définition — mais il n’est pas le problème seul. C’est l’ensemble du plan qui reproduit la même équation : faire faire plus, avec moins, sans le reconnaître.
Un GIE qui continue d’imposer la feuille de route d’IVC. Une direction qui bouge uniquement sous la pression. Une souffrance documentée qui ne trouve pas encore de réponse à sa hauteur. Ce point d’étape n’est pas la conclusion d’un désaccord technique sur des chiffres. C’est le début d’un rapport de force — et il faut continuer à le construire.
Pourquoi s’emparer de ce plan et continuer à le construire
Les faits sont documentés — lisez-les
Le rapport d’expertise existe. Les chiffres sont là, noir sur blanc. Personne ne peut prétendre ne pas savoir. Le PV du CSE du 22 avril restitue les échanges dans leur intégralité — y compris les réponses de la direction. Demandez-le aux élu·es du CSE si vous ne l’avez pas reçu.
Chaque salarié·e peut le construire
Le plan proposé par les élu·es est le résultat d’une consultation encore partielle des salarié·es. Il reste à élargir — à tous les services, à toutes les équipes. Vous pouvez vous en emparer, y ajouter ce qui vous semble important, signaler ce qui manque ou ce qui ne correspond pas à votre réalité. C’est l’opposé d’un projet descendant écrit par un GIE déconnecté : c’est un outil collectif, qui n’a de valeur que si le plus grand nombre s’en saisit.
Contribuer au plan
Ce plan est le vôtre. Vous avez une proposition à ajouter, une situation à signaler, une question sur ce qui a été présenté ? Écrivez-la ci-dessous — elle sera transmise directement aux élu·es CGT des Cordeliers.
Vos contributions sont transmises uniquement aux élu·es CGT Les Cerisiers. Elles peuvent être utilisées de façon anonyme pour enrichir le plan collectif.
Restez informé·es — rejoignez les réunions du mardi
Les élu·es CGT et FO des Cordeliers organisent des réunions d’information chaque mardi soir en juin à 20h, en visioconférence, accessibles à tou·tes les salarié·es des Cordeliers. Mot de passe transmis par les délégué·es.
Cabinet Émergences (certifié Qualianor), Rapport d’expertise pour risque grave au CHV Les Cordeliers, rendu le 1er avril 2026, présenté en CSE le 22 avril 2026.
Code du travail, art. L. 2315-94 — Expertise du CSE pour risque grave.
Code du travail, art. L. 3121-1 — Définition du temps de travail effectif.
Code du travail, art. L. 3121-33 — Contingent d’heures supplémentaires et contreparties obligatoires.
Plan d’action des élu·es CGT et FO des Cordeliers, transmis en amont du 2 juin 2026.
Plan d’action de la direction de la SAS Les Cerisiers / GIE Wivetix, présenté le 2 juin 2026.
Compte-rendu de la réunion CSE du 22 avril 2026.
Note de transparence — Cet article a été rédigé avec l’assistance de Claude (Anthropic, IA générative). Les faits, données et citations sont issus de documents internes transmis par les élu·es CGT Les Cerisiers. Toute affirmation factuelle a été vérifiée par les représentant·es du personnel avant publication.
09 JUIN 2026 – OPÉRATION TRACTAGE POUR INFORMER LES SALARIE·ES
Le forfait jours chez les vétérinaires : ce que vous devez savoir
Présenté comme une modalité souple et mieux rémunérée, le forfait jours est en réalité un dispositif dérogatoire encadré par des conditions strictes — souvent mal respectées. Ce dossier décrypte ses mécanismes, ses failles et vos droits.
Note sur les sources conventionnelles utilisées dans ce guide
Les développements qui suivent se fondent principalement sur la Convention collective nationale des établissements de soins vétérinaires signée le 24 juin 2025, applicable à compter du 1er janvier 2027. Cette version est plus explicite sur les droits des salarié·es en forfait jours — notamment sur le suivi de la charge de travail, l’entretien annuel et le droit à la déconnexion — et est appelée à devenir la seule convention applicable à l’ensemble de la profession.
La convention collective actuellement en vigueur (CCN des vétérinaires praticiens salariés, IDCC 2564, dernière mise à jour au 20 novembre 2012) reste applicable jusqu’au 31 décembre 2026. Lorsque les deux textes diffèrent sur un point significatif pour vos droits, nous le précisons explicitement dans la section concernée.
01Le forfait jours chez les vétérinaires : définition, utilité, éligibilité▾
Un dispositif dérogatoire au droit commun
Le forfait annuel en jours est un mécanisme prévu aux articles L.3121-53 à L.3121-66 du Code du travail. Il permet à certain·es salarié·es — principalement des cadres — de ne pas être soumis·es à la durée légale hebdomadaire de 35 heures, mais à un nombre de jours travaillés dans l’année. Le décompte du temps de travail en heures est remplacé par un décompte en journées ou demi-journées.
Ce dispositif a été conçu pour des professions dont le temps de travail ne peut pas être prédéterminé : consultant·es, cadres itinérant·es, professions libérales salariées. Son extension à la profession vétérinaire repose sur la notion de cadre autonome — une qualification qui, nous le verrons, est souvent appliquée à tort.
À quoi ça sert — et à qui ça profite
Pour l’employeur, le forfait jours présente un avantage décisif : il supprime l’obligation de comptabiliser les heures supplémentaires et de les majorer. La rémunération est forfaitaire, quelles que soient les heures réellement effectuées. C’est ce qui explique son développement massif dans les établissements vétérinaires ou l’amplitude de travail hebdomadaire dépasse très souvent les 35h.
Pour le·la salarié·e, la contrepartie théorique est une autonomie dans l’organisation du travail et une rémunération légèrement supérieure. En pratique, nous montrons dans ce dossier que cette promesse est largement illusoire.
Qui peut être en forfait jours dans la profession vétérinaire ?
La Convention collective nationale des établissements de soins vétérinaires (CCN, juin 2025, applicable au 1er janvier 2027) distingue trois catégories de cadres (article 65) :
CCN vétérinaire — art. 65
Cadres dirigeants — non soumis à la réglementation sur la durée du travail (certains DDC et directeurs d’établissement).
Cadres intégrés — suivent l’horaire collectif de l’établissement. Relèvent du droit commun : 35h à 39h classique, heures supplémentaires majorées.
Cadres autonomes — seuls éligibles au forfait jours. Condition impérative : disposer d’une réelle autonomie dans l’organisation de leur emploi du temps.
La CCN 2027 précise que les cadres autonomes sont des salarié·es dont « la nature des fonctions ne les conduit pas à suivre intégralement l’horaire collectif de travail et qui disposent d’une réelle autonomie dans l’organisation de leur emploi du temps. » La CCN actuellement en vigueur (IDCC 2564, 2012) est encore plus stricte : elle exige que l’autonomie soit telle qu’elle « rend impossible leur intégration dans des horaires prédéterminés, fixes » — une formulation qui exclut de facto la grande majorité des postes en clinique vétérinaire.
Concrètement, cela suppose de pouvoir décider librement de l’ordre de ses tâches, de la répartition de sa charge dans la journée, et — selon les contraintes de la structure — de moduler ses heures de présence sans devoir obtenir d’autorisation préalable. La marge de manœuvre réelle sur les horaires d’arrivée et de départ dépend du contexte clinique et fait l’objet d’une analyse détaillée plus bas.
Autonomie réelle et pouvoir de direction : une tension à bien comprendre
Le forfait jours repose sur une promesse d’autonomie — mais cette autonomie n’est pas absolue. La jurisprudence trace une frontière précise entre ce que vous pouvez décider librement et ce que votre employeur·euse peut légitimement vous imposer.
« Une convention individuelle de forfait annuel en jours n’instaure pas au profit du salarié un droit à la libre fixation de ses horaires de travail indépendamment de toute contrainte liée à l’organisation du travail par l’employeur dans l’exercice de son pouvoir de direction. »
— Cass. soc., 2 février 2022, n°20-15.744 (K. c/ Sté Mon Véto — clinique vétérinaire)
Autrement dit : être au forfait jours ne vous donne pas le droit de faire ce que vous voulez quand vous voulez, indépendamment des contraintes de la clinique. L’employeur·euse conserve son pouvoir de direction — il ou elle peut organiser le travail, fixer des plages de présence, structurer l’activité collective. Ce que le forfait jours interdit, c’est de transformer ce pouvoir de direction en contrôle horaire total.
L’employeur peut
✓ Fixer des jours et demi-journées de présence selon les contraintes d’activité
✓ Organiser des plages collectives de consultation ou de soins
L’employeur ne peut pas
✗ Fixer des horaires précis d’arrivée et de départ au quotidien
✗ Contrôler et sanctionner les variations de présence à la minute
✗ Imposer un planning rigide qui détermine l’intégralité de l’emploi du temps
La marge de manœuvre du·de la salarié·e — sans s’exposer à une sanction
Votre autonomie s’exerce à l’intérieur du cadre organisationnel fixé par l’employeur·euse — pas en dehors de lui. Concrètement, cela signifie :
Ce que vous pouvez décider librement
✓L’ordre de vos tâches dans la journée — comptes rendus avant ou après consultations, priorisation des urgences, organisation de votre temps administratif
✓Votre heure d’arrivée et de départ — dans la mesure où les soins sont assurés et la continuité garantie. Partir plus tôt un jour calme, arriver plus tard si vous avez travaillé très tard la veille : c’est votre droit.
✓La compensation de vos journées chargées par des journées plus légères — sans avoir à demander l’autorisation, mais en prévenant pour assurer l’organisation collective
✓La gestion de vos pauses — leur moment, leur durée, leur fréquence
✓Vos absences pour rendez-vous personnels — médicaux, administratifs, familiaux — à condition de prévenir et d’assurer la continuité des soins
Ce qui peut vous exposer à une sanction
Partir sans prévenir alors que des patients ou des collègues attendent votre présence
Refuser systématiquement des jours ou demi-journées de présence fixés pour des raisons légitimes d’organisation — comme ce fut le cas dans l’affaire Mon Véto, où la salariée avait été licenciée pour faute grave après des absences répétées aux plages imposées par la clinique
La règle pratique : l’autonomie du forfait jours, c’est la liberté d’organiser comment et dans quel ordre vous accomplissez vos missions — pas la liberté de décider si vous êtes là quand l’organisation collective en a besoin. Prévenir plutôt que disparaître. Compenser plutôt qu’accumuler. Signaler plutôt que subir.
Quand le forfait jours devient juridiquement nul
Cette liberté résiduelle disparaît si l’employeur·euse franchit la ligne et impose un contrôle horaire total. Voici à quoi ça ressemble en clinique.
Situation documentée — contrainte totale incompatible avec le forfait jours
Ma pause déjeuner était fixée de 12h à 14h, deux heures obligatoires sans possibilité d’en modifier le créneau. Je devais être là à 8h30 précises — si j’arrivais avec cinq minutes de retard, je me faisais reprendre. J’avais une plage administrative imposée à 16h chaque jour, impossible à déplacer selon mon organisation de la journée. Et quand j’augmentais le temps d’une consultation sur un cas complexe, ou que je bloquais un créneau pour rappeler un propriétaire, on me modifiait mon planning sans me consulter — avec des rappels à l’ordre oraux à la clé.
Cette situation cumule plusieurs marqueurs d’absence d’autonomie : horaire d’arrivée contrôlé à la minute, pause imposée sans flexibilité, plage administrative non déplaçable, et modification unilatérale du planning en réponse aux choix organisationnels du·de la salarié·e. Un planning qui fixe l’heure d’arrivée, l’heure de départ, les temps de pause et l’ordre des tâches ne laisse aucune autonomie réelle — et rend le forfait jours juridiquement nul.
« Le salarié était soumis à un planning contraignant imposant sa présence au sein de l’entreprise à des horaires prédéterminés, ce qui est antinomique avec la notion de cadre autonome. »
— Cass. soc., 15 décembre 2016 — forfait déclaré nul, requalification en contrat horaire, heures supplémentaires dues
Dans ces situations de contrainte totale, le cadre légal applicable est celui du contrat en heures (cadre intégré), avec comptabilisation et majoration des heures supplémentaires. Le forfait jours appliqué dans ce contexte est juridiquement nul — et peut être contesté. Contactez la CGT Les Cerisiers pour évaluer votre situation.
02Pourquoi tout le monde dit que le forfait jours est un piège▾
Le forfait jours, présenté comme une forme d’autonomie et de confiance, s’est progressivement imposé dans le secteur de la santé animale. Il permet, en théorie, aux salarié·es cadres d’organiser librement leur emploi du temps, sans référence horaire stricte.
En pratique, ce dispositif sert souvent à contourner les protections du droit du travail, en effaçant la durée du travail comme base de rémunération et de contrôle.
Les promesses et la réalité
De plus en plus de salarié·es voient leur charge de travail s’intensifier, leurs journées s’allonger, sans compensation financière à la hauteur. Censé offrir une plus grande souplesse, le forfait jours aboutit souvent à une perte de maîtrise du temps de travail et à une intensification du stress professionnel.
Durée hebdomadaire — comparaison
Cadres forfait jours >45h/sem
37%
Baromètre UGICT-CGT 2025
Cadres tous forfaits >45h/sem
28%
Baromètre UGICT-CGT 2025
Recours au temps réduit — comparaison
Vétérinaires en forfait réduit aux Cerisiers
69%
CGT Les Cerisiers, jan. 2026
Cadres à temps partiel — moyenne nationale
9,2%
DARES 2024
Pourquoi autant de forfaits réduits aux Cerisiers ?
La proportion élevée de forfaits réduits dans notre structure ne traduit pas un choix de flexibilité. Elle traduit une tentative de protection contre le surtravail. La conciliation entre vie professionnelle et vie personnelle est devenue pratiquement ingérable dans le cadre d’un forfait jours plein à 216 jours par an — avec des journées de 10 à 11 heures en moyenne en clinique.
« Le forfait jours ne supprime pas le droit à la protection du temps de travail. Il transfère à l’employeur·euse une obligation renforcée de contrôle et de prévention des dérives. »
— Faire valoir l’ Art. L.3121-60 du Code du travail
Ce que la CGT retient
Le forfait jours ne devrait être qu’une modalité exceptionnelle d’organisation du travail, réservée aux salarié·es qui cumulent trois conditions réelles : une véritable autonomie, un temps de travail qui ne peut pas être prédéterminé, et une absence de contrainte par les horaires collectifs d’une équipe. Dans les cliniques du groupe IVC Evidensia, ces trois conditions sont rarement réunies.
Ce que ça change concrètement pour vous
Vous n’avez pas droit aux majorations pour heures supplémentaires, sauf si votre forfait est déclaré nul par un tribunal.
Si votre autonomie n’est pas réelle, votre forfait jours peut être contesté — et l’ensemble de vos heures supplémentaires réclamées sur 3 ans.
Vous pouvez/devez faire valoir votre droit à une libre organisation de votre planning et de votre amplitude horaire
03Est-on vraiment mieux payé·e en forfait jours ?▾
Le forfait jours est souvent présenté comme mieux rémunéré qu’un contrat en heures. Sur le papier, le salaire mensuel d’un·e cadre autonome est effectivement supérieur à celui d’un·e cadre intégré·e au même échelon. Mais cette comparaison est trompeuse : elle oppose deux rémunérations mensuelles calculées sur des durées de travail complètement inégales.
La majoration affichée : environ 20 %
En comparant les grilles 2026 (avenant n°91 du 6 janvier 2026), un·e cadre autonome échelon 2 perçoit 3 268,72 €/mois brut en forfait jours, contre 2 729,92 €/mois brut pour un·e cadre intégré·e à 35h/sem au même échelon. La majoration affichée est de +19,7 % — environ 20 %.
Cette présentation suppose implicitement qu’une journée en forfait jours ne dépasse pas 7 heures de travail (comme un contrat 35h à 5 jours/sem). Ce qui est, dans les cliniques vétérinaires, tout à fait inenvisageable.
Forfait jours — échelon 2 (mensuel lissé)
3 269 €
Grille 2026 — 216 j/an
Contrat 35h — échelon 2 (mensuel)
2 730 €
Grille 2026 — cadre intégré
Majoration affichée
+19,7%
Valable seulement à 7h/j
Taux horaire réel forfait à 10h/j
18,16 €/h
Contre 18,00 €/h au taux de base 35h
Le calcul que l’employeur ne fait jamais
Si l’on ramène la rémunération forfaitaire au nombre réel d’heures effectuées, le résultat est éloquent. À 10 heures par jour — durée fréquente en clinique —, le taux horaire effectif d’un·e cadre forfait jours échelon 2 tombe à 18,16 €/h. Un·e collègue en contrat horaire au même échelon, travaillant les mêmes heures, percevrait théoriquement 19,98 €/h en moyenne (avec majorations légales) — soit +10 % de plus.
En réalité, au-delà de 48h/sem — là où le contrat horaire bute sur son plafond légal — seul le forfait jours permet à l’employeur de continuer à solliciter le·la salarié·e sans compensation supplémentaire.
Comparaison du salaire horaire réel — Grille 2026, par échelon
Forfait jours 216 j/an
Contrat horaire majoré
> 48h/sem (théorique)
Source : Avenant n°91 du 6 janv. 2026. Majorations légales : +25% de 36h à 43h/sem, +50% au-delà. Plafond légal : 48h/sem.
Ce que ça représente en salaire mensuel réel
Au-delà du taux horaire, voici ce que les mêmes règles donnent en salaire mensuel brut comparé — en tenant compte du plafond légal de 48h/sem, au-delà duquel le contrat horaire ne peut plus légalement rémunérer les heures supplémentaires, mais où le forfait jours continue de solliciter le·la salarié·e sans surcoût.
Salaire mensuel brut comparé — Forfait jours vs contrat horaire — Échelon 2, grille 2026
Forfait jours — salaire mensuel lissé (fixe)
Contrat horaire — salaire réel (plafonné à 48h/sem)
Part théorique au-delà de 48h — jamais perçue en contrat horaire
Base de comparaison. Le contrat horaire est calculé sur une base de 5 jours/semaine, soit la référence classique d'un contrat à temps plein. Cette base est une simplification : en forfait jours, la moyenne réelle est plutôt de 4,7 j/semaine (216 j ÷ 46 semaines). Elle permet néanmoins une comparaison lisible et immédiate des deux modalités à volume horaire identique et nombre de jours annuels quasi équivalents.
Majorations légales appliquées au contrat horaire.+25 % de la 36e à la 43e h/sem · +50 % au-delà · plafonné à 48h/sem (plafond légal absolu).
Part théorique (bleu atténué). Ce que l'employeur évite de payer en recourant au forfait jours plutôt qu'à un contrat horaire — ces heures sont travaillées mais jamais rémunérées en supplément.
Point de bascule (~8h30/j). En deçà, le forfait jours est plus avantageux pour le·la salarié·e. Au-delà, le contrat horaire majoré l'est — jusqu'au plafond légal de 48h/sem, au-delà duquel seul le forfait jours permet à l'employeur de solliciter le·la salarié·e sans compensation supplémentaire.
L'exemple de la pandémie : la preuve par l'État
Lors de la pandémie de COVID-19, l'État a imposé de convertir chaque journée de forfait en 7 heures pour calculer l'indemnisation de l'activité partielle, de suivre précisément les demi-journées travaillées, et de reconstituer un taux horaire (Décret n°2020-435 du 16 avril 2020). Dès que l'enjeu est devenu sérieux — protection du revenu, contrôle public —, le forfait jours a été automatiquement ramené au temps de travail réel. S'il est possible pour l'État de convertir et d'indemniser en heures, il est parfaitement légitime pour les salarié·es d'exiger une référence horaire pour évaluer leur rémunération réelle.
04Comment le forfait jours est-il (mal) encadré ?▾
Les conditions légales de validité
Un forfait jours n'est valide que s'il respecte un double encadrement : un accord collectif autorisant le recours au forfait et fixant les garanties, et une convention individuelle écrite signée par le·la salarié·e. Ces deux conditions sont cumulatives.
Code du travail — obligations légales
Art. L.3121-55 — La convention individuelle de forfait doit être établie par écrit avec l'accord explicite du·de la salarié·e. Un simple renvoi dans le contrat à l'accord collectif ne suffit pas (Cass. soc., 31 janv. 2012). Une mention sur le bulletin de salaire non plus (Cass. soc., 4 nov. 2015).
Art. L.3121-58 — Le forfait ne peut concerner que les salarié·es disposant d'une réelle autonomie dans l'organisation de leur emploi du temps.
Art. L.3121-60 — L'employeur·euse doit assurer un suivi régulier de la charge de travail, du nombre de jours travaillés et du respect des temps de repos.
Art. L.3121-65 — Un entretien annuel obligatoire doit porter sur la charge de travail, l'équilibre vie pro/perso, la rémunération et le droit à la déconnexion.
Ce que la CCN vétérinaire ajoute
La nouvelle CCN (juin 2025, applicable au 1er janvier 2027) renforce ces obligations aux articles 67 à 67-4. Elle prévoit notamment :
Un document individuel de suivi mensuel (art. 67-2) recensant les jours travaillés, repos, congés et astreintes, signé chaque mois par l'employeur·euse et le·la salarié·e, conservé 3 ans. Un entretien annuel obligatoire (art. 67-4-8) distinct de l'entretien d'évaluation, portant sur la charge de travail, l'amplitude des journées, l'articulation vie pro/perso et le droit à la déconnexion. Une procédure d'alerte (art. 67-4-9) permettant au·à la salarié·e de signaler à tout moment une surcharge, un nombre de jours consécutifs trop important ou des repos non respectés.
La CCN prévoit aussi un contrôle collectif : le CSE doit être informé des modalités d'application du forfait jours et peut être consulté sur l'organisation du travail et la charge des salarié·es concerné·es.
Les lacunes fréquentes — et leurs conséquences
Dans les faits, ces obligations sont souvent méconnues ou ignorées. L'absence de suivi formalisé, d'entretien annuel réel ou de convention individuelle valide expose l'employeur à une nullité du forfait.
Conséquences d'un forfait nul
Si la convention individuelle de forfait est déclarée nulle, le contrat est requalifié en contrat horaire classique sur la base de 35h/semaine.
Toutes les heures travaillées au-delà de 35h/semaine deviennent des heures supplémentaires, avec rappel de salaire majoré sur les 3 années précédant la saisine du Conseil de prud'hommes.
La prescription est de 3 ans pour les rappels de salaire (art. L.3245-1 du Code du travail).
Ce que dit la jurisprudence
La Cour de cassation l'affirme explicitement : un·e salarié·e soumis·e à un planning prédéterminé, des horaires de présence exigés ou des instructions détaillant la journée de travail ne peut pas être qualifié·e de cadre autonome — et son forfait jours est nul.
« Le salarié était soumis à un planning contraignant imposant sa présence au sein de l'entreprise à des horaires prédéterminés, ce qui est antinomique avec la notion de cadre autonome. »
— Cass. soc., 15 décembre 2016
D'autres arrêts ont sanctionné des employeurs appliquant un forfait jours sans autonomie réelle, sans entretiens annuels ou sans dispositif de suivi effectif : SPIE Batignolles (2013), Decathlon (2013), Cass. soc. 2 juillet 2014 (n°13-11.940), Cass. soc. 30 avril 2014 (n°13-11.034).
L'enseignement est clair : dès que l'organisation du travail relève d'un planning, d'un flux client, d'horaires fixés ou d'une validation hiérarchique régulière, le forfait jours devient illégal et la durée du travail doit être décomptée en heures, avec paiement des heures supplémentaires.
05À quoi ressemble concrètement le quotidien d'un·e vétérinaire en forfait jours ?▾
Au-delà des textes et des chiffres, la réalité du forfait jours se vit chaque jour dans les cliniques vétérinaires. Les témoignages des salarié·es révèlent des situations très contrastées — allant de la souplesse réelle à la dérive vers un travail sans fin.
Témoignage 1 — Le temps qui déborde
J'enchaîne les consultations de 20 minutes, les analyses, les devis, les soins, les rappels clients, les factures, les comptes rendus... Impossible de tout faire tenir dans une journée normale. Je profite souvent de ma pause de midi pour rattraper le retard, mais je reste systématiquement après la fermeture, 20h des fois plus.
Ici, le forfait jours sert de paravent à une surcharge de travail quotidienne. Le·la salarié·e ne compte plus ses heures, mais la fatigue s'accumule, au détriment de la santé et de la qualité du travail rendu.
Travail prescrit vs. travail réel. Le travail prescrit est celui prévu et payé selon le contrat — les missions liées au poste. Le travail réel est celui effectivement accompli : soins imprévus, urgences, comptes rendus, tâches administratives. En forfait jours, cet écart est invisible et non rémunéré. Il donne l'illusion de salaires plus élevés qu'ils ne le sont en réalité.
Témoignage 2 — L'autonomie perdue
Mon planning va de 8h à 19h, avec une heure de pause à midi pendant laquelle j'essaie d'avancer mes comptes rendus. Parfois, quand une consultation s'annule, j'aimerais partir plus tôt pour compenser d'autres jours trop longs, mais on me dit : "On est ouvert jusqu'à 19h, reste au cas où quelqu'un se présente sans rendez-vous."
Ce témoignage illustre un paradoxe majeur : le forfait jours, censé garantir une autonomie réelle, se traduit ici par des horaires imposés et collectifs. Cette situation rend le dispositif juridiquement contestable — un planning contraint est incompatible avec la qualité de cadre autonome (Cass. soc., 15 déc. 2016).
Témoignage 3 — La fatigue chronique
Je finis chaque semaine épuisé·e. Entre les journées à rallonge et les astreintes, je passe mes jours de repos à dormir, à récupérer. J'ai l'impression de ne plus avoir de temps pour moi, faire mes courses, prendre mes rendez-vous, voir mes ami·es.
Le forfait jours, lorsqu'il n'est pas encadré, favorise une dérive insidieuse vers l'épuisement. Le manque de contrôle sur la charge réelle conduit à une fatigue chronique, physique et mentale, parfois jusqu'au burn-out. C'est un signal d'alerte à adresser sans délai au médecin du travail, au CSE ou à votre syndicat.
Témoignage 4 — Une organisation équilibrée
Je suis au forfait jours dans une super clinique : si j'ai un rendez-vous médical ou un imprévu, je préviens et je peux toujours y aller. Si le planning est vide, on s'arrange entre vétérinaires pour savoir qui part plus tôt. Quand c'est un peu plus chargé, je pars au pire 15-20 minutes après la fermeture.
Ce type de situation — encore trop rare — montre qu'un forfait jours bien encadré, avec une charge raisonnable et une reconnaissance salariale à la hauteur, peut fonctionner dans l'intérêt de tous·tes. C'est vers ce modèle que la CGT entend orienter la négociation.
Ce que ces témoignages disent collectivement
Le forfait jours ne protège pas de la surcharge ni du contrôle hiérarchique. Sans suivi collectif et individuel réel, il transforme la liberté en contrainte et l'autonomie en épuisement. La différence entre un forfait jours acceptable et un forfait jours exploiteur ne tient pas au texte du contrat, mais à la charge de travail réelle, au comportement de l'employeur et à la force du collectif pour faire respecter les droits.
Ce que vous pouvez faire dès maintenant
Si votre charge de travail est structurellement incompatible avec vos horaires : signalez-le par écrit à votre employeur·euse. Ce courrier constitue une preuve en cas de contentieux.
Si vous vous sentez épuisé·e : demandez une visite auprès du médecin du travail à votre initiative — sans avoir à vous justifier auprès de votre employeur·euse.
Si votre planning est imposé heure par heure : votre forfait jours est probablement illégal. Contactez le CSE ou la CGT Les Cerisiers pour évaluer votre situation.
06Ce qui est permis, ce qui ne l'est pas — guide pratique salarié·e et employeur▾
En forfait jours, les règles du jeu sont souvent mal connues des deux côtés. Certain·es salarié·es s'autocensurent sur des droits réels ; certain·es employeurs s'arrogent des prérogatives qu'ils n'ont pas. Ce guide pratique, fondé sur le Code du travail et la convention collective vétérinaire, pose les règles clairement — du côté salarié·e et du côté employeur.
OUI Permis
NON Interdit
▲ Ça dépend
OUI
Prendre un rendez-vous médical sur votre temps de travail
En forfait jours, vous organisez votre temps librement. Un rendez-vous médical ne nécessite pas l'accord de votre employeur·euse — seulement de prévenir vos collègues pour assurer la continuité des soins. Vous n'avez pas à poser une demi-journée pour 45 min d'absence.
Art. L.3121-58 C. trav. — principe d'autonomie
OUI
Réorganiser vos rendez-vous et tâches dans la journée selon vos besoins
Déplacer vos consultations, regrouper vos comptes rendus, décider de l'ordre de vos tâches : c'est l'essence même du forfait jours. Vous n'avez pas besoin de l'accord de votre employeur·euse pour décider comment organiser votre temps dans la journée.
Art. L.3121-58 C. trav. — CCN vét., art. 65
OUI
Compenser une grosse journée en partant plus tôt ou en arrivant plus tard
Vous êtes compté·e en jours, pas en heures : une journée chargée peut être compensée par une journée allégée, sans demander d'autorisation. Il est recommandé de prévenir votre employeur·euse pour assurer la continuité des soins — pas pour obtenir son accord.
Art. L.3121-58 C. trav. — principe d'autonomie
OUI
Partir dès vos missions terminées, même avant la fermeture de la clinique
Une fois vos soins assurés et vos missions accomplies, vous êtes libre de partir. Une présence imposée sans motif clinique est incompatible avec le principe d'autonomie. Si votre employeur·euse insiste, demandez-lui une confirmation écrite — ce document peut constituer une preuve en cas de contentieux.
Art. L.3121-58 C. trav. — Cass. soc., 15 déc. 2016
▲
Partir avant la fermeture si vous êtes le·la dernier·e vétérinaire sur place
La profession vétérinaire impose un devoir déontologique de continuité des soins. Si vous êtes le·la seul·e vétérinaire présent·e, votre départ ne doit pas laisser des animaux sans prise en charge. La bonne pratique : s'organiser en amont avec les collègues pour assurer une rotation de présence, et formaliser cet accord collectivement. Ce n'est pas une obligation de rester indéfiniment — c'est une obligation d'organisation partagée.
Code de déontologie vétérinaire — CCN vét., art. 65
▲
Exiger une pause repas non dérangeable
En forfait jours, la pause repas à durée garantie n'est pas un droit opposable comme en contrat horaire — vous gérez votre temps. En revanche, si d'autres vétérinaires sont présent·es, rien ne justifie que vous restiez disponible pendant votre pause. Si vous êtes le·la seul·e vétérinaire sur place dans une clinique ouverte, une disponibilité minimale peut être légitimement attendue.
Art. L.3121-16 C. trav. — applicable aux cadres intégrés, non aux autonomes
NON
Laisser des soins inachevés parce que l'heure tourne
Ce n'est pas possible, ni juridiquement ni déontologiquement. L'absence de comptage horaire en forfait jours ne crée pas le droit d'interrompre des soins en cours. La solution n'est pas de partir en laissant un animal sans prise en charge — c'est de travailler collectivement à ce que la charge soit dimensionnée pour rester réalisable dans des journées humaines.
Code de déontologie vétérinaire — CCN vét., art. 67-1
NON
Venir spontanément une demi-journée quand vous êtes prévu·e la journée entière
Les demi-journées sont une unité de décompte programmable par l'employeur·euse dans le respect de l'organisation collective. Vous ne pouvez pas décider unilatéralement de ne travailler qu'une demi-journée sur une journée planifiée, sauf accord exprès. En revanche, une fois sur place, le temps passé dans cette demi-journée reste sous votre organisation.
CCN vét., art. 67-4-6
NON
Rester sans rien dire face à une surcharge chronique
Le silence n'est pas une obligation — c'est une erreur stratégique. Vous avez le droit d'alerter votre employeur·euse à tout moment sur votre charge de travail, le nombre de jours consécutifs excessif ou l'amplitude trop importante de vos journées. Cette alerte doit être formalisée par écrit : sans elle, il sera difficile de prouver que l'employeur·euse avait connaissance du problème.
CCN vét., art. 67-4-9 — Art. L.3121-60 C. trav.
NON
Accepter un planning hebdomadaire heure par heure sans réagir
Un planning prédéterminé — horaires d'arrivée et de départ fixés, créneaux imposés, présence exigée à des horaires précis — est incompatible avec le forfait jours. Si c'est votre situation, votre contrat devrait être requalifié en contrat horaire avec paiement des heures supplémentaires. C'est une situation à signaler sans attendre à la CGT ou au CSE.
Cass. soc., 15 déc. 2016 — CCN vét., art. 65
OUI
Déterminer les jours et demi-journées de travail du·de la salarié·e
L'employeur·euse peut organiser le calendrier des jours travaillés et des jours de repos, y compris en unités de demi-journées. C'est une prérogative légitime dans le cadre du forfait jours — à condition de respecter un préavis raisonnable et de ne pas imposer des rythmes imprévisibles ou délibérément contraignants.
CCN vét., art. 67-4-6 — Art. L.3121-64 C. trav.
NON
Imposer un planning heure par heure
Fixer les horaires précis d'arrivée, de départ, les créneaux de consultation ou les temps de présence exigés détruit l'autonomie qui fonde le forfait jours. Dès lors qu'un planning prédéterminé est imposé, le·la salarié·e n'est plus un cadre autonome — et le forfait est nul. La requalification en contrat horaire avec rappel d'heures supplémentaires s'impose.
Cass. soc., 15 déc. 2016 — CCN vét., art. 65
NON
« Tant qu'il y a du travail, tu restes. » — Exiger une présence au-delà des missions
Une fois ses missions accomplies et les soins assurés, le·la salarié·e est libre de son temps. Le forfait jours ne crée pas une obligation de présence illimitée : le·la salarié·e doit accomplir ses missions — pas compenser un manque d'effectif ou "aider" un autre poste par défaut. Le droit au repos quotidien (11h minimum) et hebdomadaire (35h) est impératif et ne peut être réduit que ponctuellement, pour urgence médicale motivée, avec compensation obligatoire.
Art. L.3121-58 C. trav. — CCN vét. 2027, art. 66 — Art. L.3131-1 C. trav.
▲
Obliger le·la salarié·e à rester sur place pendant la pause repas
Si d'autres vétérinaires sont présent·es et peuvent assurer la continuité des soins, l'employeur·euse ne peut pas exiger que le·la salarié·e reste disponible pendant sa pause. En revanche, si le·la salarié·e est le·la seul·e vétérinaire présent·e dans une clinique ouverte avec accueil possible d'animaux, une disponibilité minimale peut être légitimement organisée — à condition d'être anticipée dans l'organisation collective, pas imposée au dernier moment.
Art. L.3121-58 C. trav. — Code de déontologie vétérinaire
NON
Demander de rester pour une réunion sans que ce soit considéré comme heures supplémentaires
La rémunération forfaitaire inclut les dépassements décidés par le·la salarié·e lui-même pour l'exécution de ses fonctions. En revanche, toute demande de dépassement à l'initiative de l'employeur·euse — y compris une réunion d'équipe en dehors des heures habituelles — ouvre droit à des heures supplémentaires. Ce principe est explicitement posé par la convention collective.
CCN vét. (ancienne version), art. 56 — principe applicable. Attention disparait dans la nouvelle CCN applicable en 2027
NON
Sanctionner une arrivée tardive sans démontrer un impact réel
En forfait jours, l'heure d'arrivée relève de l'autonomie du·de la salarié·e. L'employeur·euse ne peut pas sanctionner une arrivée tardive sans démontrer un préjudice concret : plainte de clients, continuité des soins compromise, impact documenté sur l'activité. C'est à l'employeur·euse d'apporter la preuve — pas au·à la salarié·e de se justifier.
Art. L.3121-58 C. trav. — charge de la preuve employeur
NON
« Tu es en forfait jours, tu ne comptes pas tes heures. » — Imposer une charge sans rapport avec la rémunération
Même sans horaires fixes, l'employeur·euse doit s'assurer que la charge de travail reste raisonnable et suivre son évolution (art. L.3121-60 C. trav.). Par ailleurs, la rémunération forfaitaire doit être en rapport avec les sujétions (= obligations liées au pouvoir de direction de l'employeur) réellement imposées — amplitude, charge, responsabilités. Si le taux horaire réel, calculé sur le temps effectivement travaillé, se rapproche du taux de base d'un contrat horaire classique, le·la salarié·e peut saisir le Conseil de prud'hommes pour obtenir une indemnité correspondant au préjudice subi.
Art. L.3121-60 et L.3121-61 C. trav. — CCN vét. 2027, art. 20
NON
Laisser le·la salarié·e gérer seul·e le suivi de ses jours et de sa charge
Le suivi mensuel du forfait — jours travaillés, repos, congés, astreintes — est une responsabilité de l'employeur·euse, pas du·de la salarié·e. L'employeur·euse doit fournir le document de suivi, le tenir à jour, le faire signer chaque mois et en remettre un exemplaire au·à la salarié·e. Renvoyer cette charge au·à la salarié·e est un manquement à une obligation légale qui peut entraîner la nullité du forfait.
CCN vét., art. 67-2 — Art. L.3121-60 C. trav.
NON
Fixer les jours travaillés au dernier moment ou imposer des rythmes très irréguliers
Si l'employeur·euse peut organiser le calendrier des jours travaillés, il ne peut pas le faire de manière imprévisible, erratique ou délibérément contraignante. Des modifications fréquentes et tardives du planning, ou des rythmes rendant impossible toute organisation personnelle, caractérisent un usage abusif du forfait et sont susceptibles d'être requalifiés en contrainte incompatible avec l'autonomie requise.
CCN vét., art. 67-1 — Art. L.3121-60 C. trav.
NON
« On en parle déjà en évaluation. » — Confondre entretien d'évaluation et entretien forfait jours
L'entretien spécifique au forfait jours est obligatoire et distinct de l'entretien d'évaluation annuel. Il doit porter exclusivement sur la charge de travail, l'amplitude des journées, l'articulation vie pro/perso, la rémunération et le droit à la déconnexion. Le refus du·de la salarié·e de signer le compte rendu ne constitue pas une faute. Son absence rend le forfait inopposable : le·la salarié·e peut réclamer le paiement de ses heures supplémentaires sur les 3 années précédant la saisine.
CCN vét. 2027, art. 67-4-8 — Art. L.3121-65 C. trav.
À retenir
Le forfait jours vous donne une liberté réelle d'organisation — mais elle ne dispense pas de respecter la continuité des soins, les engagements collectifs avec vos collègues et les règles déontologiques. L'autonomie du forfait jours est une autonomie dans le cadre professionnel, pas une autonomie face à lui.
En cas de doute sur votre situation, contactez la CGT Les Cerisiers — nous pouvons analyser votre contrat et vous accompagner.
07Comment le forfait jours affecte votre santé — ce que dit la science▾
Le forfait jours n'est pas qu'une question juridique ou économique. C'est avant tout une question de santé. Les données scientifiques disponibles sont convergentes et sévères : au-delà de certains seuils hebdomadaires, les effets sur la santé physique et mentale sont mesurables, documentés et, pour certains, irréversibles.
42h
Le seuil sanitaire de référence
Au-delà, les risques cardiovasculaires et mentaux augmentent de façon exponentielle. Le forfait jours reste aujourd'hui l'un des seuls dispositifs permettant de dépasser légalement cette limite — sans aucune protection horaire pour le·la salarié·e.
Les études de l'INRS et la littérature scientifique internationale établissent clairement que 42 heures hebdomadaires constitue un seuil maximal de soutenabilité. Au-delà, les risques cardiovasculaires et mentaux augmentent de façon mesurable. Les semaines de plus de 48 heures, pourtant permises en forfait jours, dépassent à la fois la limite européenne et celle de la convention collective vétérinaire (art. 20).
Seuils de risque sanitaire selon la durée hebdomadaire de travail
35 → 40h
40 → 42h
42 → 48h
> 48h
35h40h42h48h60h+
Zone légale — risque faible
Zone de vigilance
Risques cardiovasculaires et mentaux documentés
Danger établi — interdit en contrat horaire, permis en forfait jours
Les effets cardiovasculaires
Au-delà de 42 heures hebdomadaires, les effets sur le système cardiovasculaire sont solidement établis par la littérature scientifique :
Syndrome métabolique
×2 à ×3
Plus fréquent au-delà de 10h/j (hypertension, surpoids, hyperglycémie)
AVC et maladies coronariennes
+33%
Risque augmenté après 10 ans d'exposition aux horaires longs (Lancet, 2015)
Combinaison stress + privation de sommeil
Effet multiplicateur
Moins de 5h/nuit + fatigue chronique = risque explosif pour le cœur
Les effets sur la santé mentale
Au-delà de 49 heures par semaine, les effets psychiques deviennent significatifs. L'étude australienne HILDA (2001–2012), portant sur plus de 11 ans de suivi, montre une détérioration mesurable de la santé mentale — particulièrement chez les femmes et les cadres. Une étude britannique menée sur plus de 1 200 travailleur·ses expose un sur-risque documenté des trois composantes du burn-out : épuisement émotionnel, détresse psychologique et dépersonnalisation.
Les longues semaines de travail accroissent la somnolence, les erreurs professionnelles et le risque d'accidents — notamment dans les métiers exigeants sur le plan cognitif et relationnel (comme le soin vétérinaire).
— INRS, Références en santé au travail, n°161, mars 2020
Le cas spécifique des horaires atypiques en clinique vétérinaire
Les travaux récents de l'INRS (2023) rappellent que la question du temps de travail ne se limite pas à la durée hebdomadaire, mais à la forme même de son organisation. Les horaires atypiques — amplitudes prolongées, week-ends, astreintes, journées fragmentées — exposent les salarié·es à des poly-expositions : stress, désynchronisation biologique et sociale, déficit de récupération, surcharge mentale.
Les astreintes, même à domicile
Empêchent une véritable déconnexion. La vigilance permanente et l'imprévisibilité des appels génèrent un stress diffus qui détériore la qualité du repos et la santé psychique — même sans intervention effective.
Le travail du dimanche
En rompant le cycle collectif de repos, il fragilise la vie familiale et sociale, et accentue la sensation d'épuisement. Les horaires variables et subis sont associés à une hausse des pathologies cardiovasculaires et des troubles du sommeil.
La combinaison spécifique aux vétérinaires
Journées de 10 à 12 heures, travail sur 5 à 6 jours consécutifs, astreintes nocturnes ou de week-end : ces combinaisons multiplient les risques. Récupération insuffisante, fatigue chronique, dérèglement des rythmes biologiques, difficultés de concentration et tension permanente liée à la responsabilité médicale favorisent l'usure prématurée et la désinsertion sociale.
Position de la CGT
Ramener les calculs de charge et de rémunération au seuil de 42 heures hebdomadaires, c'est réaffirmer un principe fondamental : aucune performance économique ne justifie de compromettre la santé des travailleur·euses. Ce repère sanitaire doit devenir la base de toute réflexion sur la charge de travail en forfait jours.
08Ce que vous pouvez faire au quotidien pour protéger votre santé▾
Même en forfait jours, vous conservez des droits concrets sur l'organisation de votre travail et sur le suivi de votre charge. Ces droits ne sont pas théoriques : ils sont opposables à votre employeur·euse et, en cas de manquement de sa part, ils peuvent fonder une contestation du forfait ou une action en justice.
Voici les cinq réflexes à adopter sans attendre.
Exigez votre document de suivi mensuel.
Votre employeur·euse doit vous remettre chaque mois un document indiquant les jours travaillés, les jours de repos et les astreintes. Ce document est une obligation légale. S'il n'existe pas, votre forfait jours est irrégulier et peut être contesté — avec rappel des heures supplémentaires sur 3 ans à la clé.
CCN vét. 2027, art. 67-2 — Art. L.3121-60 C. trav.
Notez vos horaires réels chaque jour.
Consignez vos heures d'arrivée et de départ, y compris les temps de travail hors consultation (comptes rendus, rappels clients, temps administratif). Ces relevés personnels vous serviront à évaluer votre charge réelle et pourront être produits comme éléments de preuve en cas de litige prud'homal. L'essentiel est la régularité — un simple carnet ou tableur suffisent.
Pour aller plus loin, nous recommandons Kapow — un logiciel libre (licence GPL v3), gratuit, disponible sur Windows et Linux. Son fonctionnement est immédiat : un bouton Start/Stop pour pointer arrivée et départ, la possibilité d'éditer manuellement les entrées en cas d'oubli, et un export des relevés en HTML, CSV ou iCalendar. Vos données restent sur votre machine, sans compte ni abonnement.
→ gottcode.org/kapowArt. L.3171-4 C. trav. — charge de la preuve en cas de litige — Kapow, Graeme Gott, licence GPL v3
Prenez de vrais temps de repos — c'est un droit impératif.
Vous avez droit à un repos minimum de 11 heures par jour et de 35 heures consécutives par semaine. Ces durées ne sont pas négociables : leur non-respect met en danger votre santé et engage la responsabilité de votre employeur·euse en cas d'accident ou de maladie professionnelle. En cas de dépassement ponctuel pour urgence médicale justifiée, une compensation de 2 heures est obligatoire dans les deux mois.
CCN vét. 2027, art. 66 — Art. L.3131-1 C. trav.
Alertez par écrit en cas de surcharge.
Si votre charge de travail devient structurellement excessive, signalez-le par écrit à votre supérieur·e hiérarchique. Ce courrier ou email crée une trace formelle prouvant que vous avez donné l'alerte — et que votre employeur·euse en avait connaissance. En l'absence de réponse ou de mesure corrective, cette preuve renforcera toute démarche ultérieure auprès du CSE, de l'inspection du travail ou du Conseil de prud'hommes.
CCN vét. 2027, art. 67-4-9 — Art. L.4121-1 C. trav.
Demandez votre entretien annuel obligatoire.
Cet entretien — distinct de votre entretien d'évaluation de performance — doit obligatoirement aborder votre charge de travail, l'amplitude de vos journées, l'organisation du travail, l'équilibre vie pro/vie perso, et votre rémunération. Si votre employeur·euse ne l'organise pas, signalez-le par écrit. Son absence rend votre forfait inopposable et ouvre droit au rappel de vos heures supplémentaires. Notez que vous pouvez refuser de signer le compte rendu sans que cela constitue une faute.
CCN vét. 2027, art. 67-4-8 — Art. L.3121-65 C. trav.
Et si vous êtes déjà épuisé·e ?
L'épuisement professionnel est un signal d'alarme, pas une faiblesse. Si vous vous sentez en situation de fatigue chronique, de détresse psychologique ou de perte de sens, plusieurs interlocuteur·trices peuvent vous aider — indépendamment de votre employeur·euse.
À qui s'adresser sans passer par votre direction
Le médecin du travail — vous pouvez demander une visite à votre propre initiative, sans en informer votre employeur·euse. C'est confidentiel et protégé.
Le CSE — les élu·es peuvent déclencher une enquête sur les conditions de travail, un droit d'alerte pour risque grave, ou solliciter l'intervention de l'inspection du travail.
La CGT Les Cerisiers — nous pouvons vous aider à évaluer votre situation, rédiger un signalement, préparer votre entretien annuel ou engager une démarche collective. Contactez-nous en toute confidentialité.
09Suivi de la charge de travail : comment tracer et signaler au quotidien▾
La règle est simple : tout dépassement de 10 heures de travail dans une journée doit être signalé par écrit à votre responsable. Pas pour se plaindre, pas pour provoquer un conflit — juste pour créer une trace. Cette trace, accumulée dans le temps, est ce qui permettra de démontrer que votre employeur·euse avait connaissance de votre charge réelle et n'a pas agi.
Pourquoi 10 heures comme seuil d'alerte ?
Le forfait plein est fixé à 216 jours par an — c'est le maximum conventionnel, censé être soutenable sur la durée. Réparti sur 47 semaines travaillées, cela représente 4,6 jours par semaine en moyenne. À 10 heures par jour, on arrive à 46 heures hebdomadaires — soit juste en dessous de la limite de 48 heures au-delà de laquelle l'INRS documente une augmentation significative des risques cardiovasculaires et mentaux.
10 heures par jour, c'est donc le maximum raisonnable pour qu'un forfait plein reste dans des limites sanitairement soutenables. Dépasser ce seuil, même ponctuellement, c'est sortir du cadre pour lequel le forfait a été construit. Le signaler, c'est rappeler à votre employeur·euse que la charge dépasse ce que le dispositif est censé permettre.
Le suivi de la charge de travail est une responsabilité exclusive de l'employeur·euse. Vous ne pouvez pas en être considéré·e comme coresponsable. En cas de litige, c'est à lui ou elle de prouver qu'il a suivi votre charge — pas à vous de prouver qu'il ne l'a pas fait. Vos signalements écrits renforcent cette preuve en votre faveur.
Le réflexe de base : l'email de traçage
L'email est votre meilleur outil. Il est daté, horodaté, et conservé automatiquement. Pas besoin de rédiger un courrier formel ou d'adopter un ton revendicatif. Un message court, factuel et cordial suffit — l'objectif est uniquement de laisser une trace écrite que votre responsable a bien reçue.
Voici trois situations fréquentes et des formulations adaptées.
Situation 1 — Vous êtes resté·e tard pour finir vos comptes rendus
À : [responsable] — Objet : Info journée du [date]
Bonjour [prénom],
Je te fais juste un petit retour sur ma journée d'aujourd'hui : j'ai fini mes comptes rendus à 21h — j'avais du retard accumulé depuis le début de semaine et je voulais être à jour avant demain.
Je te le signale par souci de transparence sur ma charge. N'hésite pas si tu veux qu'on en parle.
Bonne soirée, [prénom]
Situation 2 — Chirurgie d'urgence en fin de journée
À : [responsable] — Objet : Urgence ce soir — info charge
Bonjour [prénom],
On a eu une urgence ce soir — chirurgie abdominale prise en charge à 19h30, terminée à 22h. Je suis parti·e de la clinique à 22h15.
Je te le note pour que ce soit tracé côté charge de travail. Je commence demain à 9h30 pour récupérer un peu.
Bonne soirée, [prénom]
Situation 3 — Semaine globalement trop chargée
À : [responsable] — Objet : Point sur ma semaine
Bonjour [prénom],
Je voulais te faire un retour sur cette semaine : j'ai travaillé plus de 10h chaque jour depuis lundi, avec deux urgences en soirée (mardi et jeudi). Je commence à sentir la fatigue s'accumuler.
Je ne dis pas que c'est ingérable, mais je voulais que ce soit noté quelque part. Si tu vois des possibilités d'alléger le planning la semaine prochaine, je suis preneur·se.
Bonne fin de semaine, [prénom]
Ce que ces emails font juridiquement
Chaque email de ce type constitue une alerte formelle au sens de l'art. 67-4-9 de la CCN. En les envoyant, vous obligez votre employeur·euse à répondre et à prendre des mesures. S'il ou elle ne le fait pas, et que la situation se répète, vous avez constitué un dossier démontrant sa carence — utilisable comme levier de négociation de votre charge de travail, votre salaire, et même jusqu'aux prud'hommes pour réclamer la nullité du forfait jour et le paiement de vos heures supplémentaires sur 3 ans.
Conservez tout — et utilisez les bons outils. N'effacez jamais ces emails de votre boîte d'envoi. Si vous changez de poste ou quittez l'entreprise, exportez vos archives mail avant de rendre votre matériel.
Pour le suivi de vos heures de présence, nous recommandons Kapow — un logiciel libre (licence GPL v3, gratuit, Windows et Linux) qui fonctionne comme une pointeuse personnelle : un clic pour démarrer, un clic pour arrêter, export en CSV ou HTML. Vos données restent sur votre machine. gottcode.org/kapow
Ces relevés personnels sont admis comme éléments de preuve devant le Conseil de prud'hommes, même sans validation de votre employeur·euse. La Cour de cassation le confirme : en matière de durée du travail, le·la salarié·e peut produire tout élément de nature à étayer sa demande — agenda, notes, relevés de logiciel de pointage — sans avoir à en démontrer l'exactitude absolue. C'est ensuite à l'employeur·euse de contester ces éléments en apportant ses propres preuves. Vos traces valent quelque chose : fiez-vous à elles.
Si plusieurs collègues sont dans la même situation
La surcharge collective est encore plus facile à documenter et à faire valoir. Si plusieurs vétérinaires de votre clinique envoient des signalements similaires, cela démontre que le problème est structurel — et que l'employeur·euse en a été informé·e collectivement. Le CSE peut alors être saisi pour demander un suivi formalisé de la charge de l'ensemble de l'équipe. Contactez la CGT Les Cerisiers pour coordonner la démarche.
Droit à la déconnexion — ce que vous pouvez refuser
Vous n'êtes pas tenu·e de répondre à des emails, messages ou appels professionnels en dehors de votre temps de travail, pendant vos congés ou vos temps/jours de repos (CCN art. 67-4-10). Ce refus ne peut pas être sanctionné.
Si votre employeur·euse vous contacte hors temps de travail de façon répétée, signalez-le par écrit — c'est une violation du droit à la déconnexion, qui doit être prévenu par l'accord collectif (art. L.3121-64 C. trav.).
10L'entretien annuel sur la charge de travail : comment le préparer et en tirer parti▾
L'entretien annuel de forfait jours est souvent expédié en quelques minutes, fondu dans l'évaluation annuelle, ou tout simplement oublié. C'est dommage, et préjudiciable — bien préparé, il peut devenir un vrai moment pour parler de votre charge réelle, obtenir des ajustements concrets, et laisser une trace écrite utile.
Ce que cet entretien doit couvrir — et ce qu'il n'est pas
Cet entretien est distinct de votre entretien d'évaluation : il ne porte pas sur vos objectifs ou votre performance, mais sur vos conditions de travail. Il doit aborder votre charge de travail et l'amplitude de vos journées, l'organisation du travail dans la clinique, l'équilibre vie pro/perso, le droit à la déconnexion, et votre rémunération (CCN art. 67-4-8). Si votre responsable mélange les deux, vous pouvez le signaler tranquillement : « On pourrait séparer la partie forfait jours de l'évaluation ? Ce sont deux sujets distincts. »
Pas de compte rendu écrit = entretien qui n'a pas existé. Demandez systématiquement un exemplaire signé du compte rendu. Si on vous dit que ce n'est pas l'usage, rappelez que c'est une obligation légale. Et si le contenu ne vous convient pas, vous pouvez refuser de signer — ce refus ne constitue pas une faute (CCN art. 67-4-8).
Se préparer en 10 minutes
Pas besoin de tableau Excel complexe. Avant l'entretien, rassemblez juste ces éléments :
À rassembler avant l'entretien
Vos horaires réels sur 3 à 6 mois — même approximatifs, notez les journées qui ont clairement dépassé 10h
Les astreintes effectuées — dates, interventions, compensations reçues ou non
Les congés et jours de repos — avez-vous pu les prendre comme prévu ? Avez-vous du travailler en rentrant le soir ou le week-end ?
Vos emails de signalement de surcharge — si vous en avez envoyé, relisez-les avant
Ce qui a pesé sur votre vie perso — annulations répétées, fatigue, difficultés à décrocher — formulez-le simplement, sans dramatiser
Vérifier le compte rendu avant de le signer
Un bon compte rendu n'est pas un document juridique austère — c'est une trace honnête de ce qui a été dit. Avant de signer, vérifiez que ces points y figurent :
Ce qui doit figurer dans le CR — ce qui ne doit pas
✓ La charge de travail est mentionnée — raisonnable ou non, avec ce qui est envisagé si elle est excessive
✓ Les dépassements importants sont notés — pas besoin de les lister tous, mais les périodes difficiles doivent apparaître
✓ Le droit à la déconnexion est abordé — est-il respecté ? Y a-t-il des améliorations prévues ?
✓ L'équilibre vie pro/perso est évoqué — même brièvement, c'est obligatoire
✓ La rémunération est mentionnée — c'est un des cinq points obligatoires
✗ Évitez un CR qui dit que « tout va bien » — si ce n'est pas le cas à 100%, votre signature minimiserait des problématiques que vous souhaiteriez remonter
✗ Évitez un CR sans date ni signature des deux parties — il ne vaudrait rien juridiquement
Et si l'entretien n'a jamais eu lieu ?
Voici comment aborder la situation, du plus simple au plus formel. Commencez toujours par le bas — la plupart des situations se règlent aux deux premiers niveaux.
Niveau 1 — Discret
Mentionnez-le en passant à votre responsable
Lors d'un échange informel : « Au fait, on n'a pas encore fait l'entretien forfait jours cette année — c'est normalement distinct de l'entretien d'évaluation, on pourrait caler ça ? » Souvent suffisant. Beaucoup de responsables ne savent simplement pas que c'est obligatoire.
Niveau 2 — Email simple
Demandez-le par écrit, ton détendu
« Bonjour [prénom], je voulais te rappeler qu'on n'a pas encore fait l'entretien annuel prévu dans le cadre du forfait jours (art. 67-4-8 de la CCN). C'est distinct de l'évaluation et il doit porter sur ma charge de travail, l'équilibre vie pro/perso et la rémunération. Tu peux caler ça prochainement ? » Cet email crée une trace sans poser de problème.
Conservez cet email — il prouve votre démarche
Niveau 3 — Collectif
Signalez au CSE ou à la CGT
Si plusieurs collègues sont dans la même situation, une démarche collective est plus efficace. Le CSE peut interroger formellement la direction sur l'application de cette obligation. Contactez-nous — on peut vous aider à formuler et coordonner.
L'inspecteur·rice du travail peut intervenir pour rappeler l'employeur à ses obligations légales — entretien annuel, document de suivi, respect de l'autonomie — et lui adresser une lettre officielle de mise en conformité, sans sanction automatique. Cette démarche peut se faire individuellement ou collectivement, à votre initiative ou via le CSE. Elle est souvent suffisante pour remettre la direction dans le droit chemin, sans passer par une procédure judiciaire. Demandez conseil à la CGT ou au CSE sur la meilleure façon de l'aborder selon votre situation.
Art. L.8112-1 C. trav. — pouvoir d'enquête et de mise en demeure de l'inspection
Niveau 5 — Prud'hommes
Saisine du Conseil de prud'hommes — en dernier recours
L'absence d'entretien annuel rend le forfait inopposable et ouvre droit au rappel de toutes vos heures supplémentaires sur 3 ans. C'est une option réelle — mais à envisager seulement si les niveaux précédents n'ont rien donné, et avec un accompagnement syndical.
Art. L.3245-1 C. trav. — prescription 3 ans
11Dépasser ou ne pas atteindre son forfait : règles et recours▾
Le forfait jours fixe un nombre de jours à travailler sur l'année — ni plus, ni moins. En pratique, les deux écarts existent : on peut finir l'année avec plus de jours travaillés que prévu, ou moins. Les règles ne sont pas symétriques, et les conséquences non plus.
Le cadre général
Dépasser le forfait n'est pas interdit, mais c'est strictement encadré : cela nécessite votre accord explicite et écrit, et ouvre droit à une majoration obligatoire.
Ce cadre strict n'est pas un détail formel — il vous protège concrètement. Dans un secteur où le sous-effectif est structurel, la tentation de faire travailler un·e salarié·e disponible au-delà de son forfait pour absorber la charge est réelle. Sans ce mécanisme d'accord obligatoire et de majoration, vous pourriez vous retrouver à travailler plus sans l'avoir décidé et sans compensation. Rester dans les limites de son forfait — plein ou réduit — est un droit, pas un manquement. Aucune pression, aucune insinuation sur le manque d'engagement ou la solidarité d'équipe ne peut vous obliger à dépasser votre forfait sans accord signé.
CCN vétérinaire — art. 67-4-7
Le nombre de jours travaillés au-delà du forfait ne peut pas dépasser 235 jours au total sur l'année — soit 19 jours supplémentaires maximum au-delà du forfait plein de 216 jours. Au-delà, même avec votre accord écrit, c'est illégal.
La majoration applicable à ces jours supplémentaires ne peut pas être inférieure à 15 %. Chez IVC Evidensia, c'est ce taux minimum qui est appliqué. Cette majoration s'applique dès le premier jour dépassant le nombre de jours prévu au contrat — y compris en forfait réduit : un·e salarié·e dont le forfait est fixé à 184 jours voit la majoration de 15 % s'appliquer dès le 185e jour travaillé, et non à partir du 217e.
Situation A — Le dépassement ne me pose pas de problème
Vous avez travaillé plus de jours que prévu, et ce rythme vous convenait. Avant de passer à autre chose, vérifiez deux points.
La majoration est-elle bien appliquée ? Vérifiez sur votre bulletin de salaire que chaque jour travaillé au-delà de votre forfait contractuel apparaît majoré d'au moins 15 %. Si ce n'est pas le cas, signalez-le par écrit à votre employeur·euse — c'est une régularisation à laquelle vous avez droit de plein droit.
CCN vét. 2027, art. 67-4-7
Un avenant écrit a-t-il été signé ? Le rachat de jours supplémentaires doit être formalisé par un avenant signé des deux parties avant les jours concernés — pas en fin d'année lors d'une régularisation globale. Si vous avez travaillé des jours supplémentaires sans avenant ni majoration visible sur vos bulletins, vous avez travaillé gratuitement. Signalez-le par écrit et contactez la CGT Les Cerisiers.
CCN vét. 2027, art. 67-4-7 — Art. L.3121-64 C. trav.
Situation B — Je m'en rends compte en cours d'année et je veux ralentir
Vous constatez en cours d'année que le rythme va vous amener à dépasser votre forfait — et ça ne vous convient pas. Vous avez le droit de le dire, et l'employeur·euse a l'obligation de l'entendre.
Le rachat de jours supplémentaires nécessite votre accord explicite. Refuser ce rachat n'est pas une faute. Vous pouvez demander par email que le planning soit ajusté pour rester dans les limites de votre forfait contractuel. C'est un droit, pas une négociation.
L'employeur·euse doit anticiper — pas vous subir. L'obligation de suivi mensuel de la charge de travail (art. L.3121-60 C. trav. — CCN 2027, art. 67-1 et 67-2) vise précisément à éviter une répartition déséquilibrée des jours sur l'année — des mois saturés compensant des mois creux. Le document de suivi mensuel doit vous permettre, à vous comme à votre employeur·euse, de comparer mois par mois le nombre de jours travaillés et de vérifier qu'il reste proche d'une moyenne raisonnable, hors périodes de congés payés. Si ce suivi est en place, un dépassement en cours d'année doit être identifié bien avant de devenir problématique.
Exemple — demander un ajustement du rythme en cours d'année
À : [responsable ou RH] — Objet : Ajustement planning — forfait jours
Bonjour [prénom],
En regardant mon document de suivi, je constate que mon rythme actuel va me conduire à dépasser mon forfait contractuel de [X] jours d'ici la fin de l'année.
Je souhaitais te le signaler et te demander d'ajuster le planning pour les prochaines semaines afin de rester dans les limites de mon forfait. Je ne souhaite pas signer d'avenant de rachat de jours supplémentaires cette année.
N'hésite pas si tu veux qu'on en parle.
[prénom]
Le cadre général
La rémunération en forfait jours est mensuelle et lissée : vous percevez chaque mois le même salaire, indépendamment du nombre de jours effectivement travaillés ce mois-là. Cette rémunération lissée est une garantie contractuelle — elle ne peut pas être remise en cause en fin d'année au motif que le forfait n'aurait pas été atteint.
Le suivi du nombre de jours travaillés est une responsabilité exclusive de l'employeur·euse (art. L.3121-60 C. trav. — CCN 2027, art. 67-1 et 67-2). C'est lui ou elle qui doit tenir le document de suivi mensuel, le signer, vous en remettre un exemplaire et s'assurer que la répartition des jours sur l'année reste cohérente avec votre forfait. Cette obligation vise précisément à éviter qu'une répartition chaotique — des mois surchargés, des mois creux — ne conduise en fin d'année à un écart impossible à rattraper sans mettre en danger la santé du·de la salarié·e.
Situation A — On s'en rend compte trop tard : fin décembre ou début janvier
Le forfait annuel doit être réalisé sur l'année civile. Si au 31 décembre le décompte révèle que les jours prévus au forfait n'ont pas été atteints, la responsabilité est claire et entière : elle incombe à l'employeur·euse. Le·la salarié·e n'a aucune question à se poser à ce sujet — même s'il ou elle a signé tous ses documents de suivi mensuels. La signature de ces documents atteste que les informations ont été transmises, pas que le·la salarié·e est coresponsable de la planification.
Le forfait non atteint : un risque qui appartient exclusivement à l'employeur·euse
Les jours non travaillés sont perdus pour l'employeur·euse. Le·la salarié·e a perçu sa rémunération mensuelle lissée intégralement : elle lui est acquise et ne peut pas être remise en cause.
Il n'est pas possible de reporter les jours manquants sur l'année suivante, d'exiger un remboursement, ni d'imposer rétroactivement un rattrapage. Le forfait non atteint est un risque de gestion qui appartient exclusivement à l'employeur·euse.
Si votre employeur·euse tente de vous imposer une retenue sur salaire ou un report sur l'année suivante, signalez-le immédiatement par écrit au CSE et à la CGT Les Cerisiers.
Situation B — L'employeur s'en rend compte à temps et veut rattraper
Si l'employeur·euse identifie le retard suffisamment tôt, il ou elle peut légitimement aménager le planning pour augmenter le rythme de travail et permettre d'atteindre le forfait avant le 31 décembre. C'est une prérogative normale dans le cadre du pouvoir de direction — mais elle a des limites claires, et le risque de surcharge en fin d'année est réel.
Exemple 1 — Ajustement raisonnable
Forfait plein 216 jours — passage de 4 à 5 jours par semaine
Un·e vétérinaire en forfait plein alterne habituellement semaines à 4 jours et semaines à 5 jours. En octobre, l'employeur·euse constate un léger retard et programme uniquement des semaines à 5 jours jusqu'à fin décembre. Ce rythme reste ordinaire et prévisible sur un forfait de 216 jours. L'impact sur la vie personnelle est limité, le repos hebdomadaire est respecté. Ce type d'ajustement relève du pouvoir de direction normal — il n'appelle pas de recours particulier, même s'il est légitime de le mentionner dans le document de suivi ou lors de l'entretien annuel.
Exemple 2 — Ajustement déraisonnable
Forfait réduit 138 jours — doublement brutal du rythme en fin d'année
Un·e vétérinaire dont le forfait est à 138 jours travaille habituellement 3 jours en moyenne par semaine. En octobre, après des congés d'été et quelques semaines creuses mal anticipées, il ou elle n'a effectué que 95 jours sur les 38 semaines écoulées. Il reste 14 semaines calendaires — mais en déduisant 3 semaines de congés payés déjà posés ou à poser avant fin décembre, il ne reste que 11 semaines de travail effectif pour réaliser les 43 jours manquants, soit un rythme imposé de près de 4 jours par semaine là où le rythme habituel est de 3. Si en plus l'employeur·euse exige 5 à 6 jours par semaine pour « finir propre » plus rapidement, c'est un doublement du rythme habituel, qui désorganise toute vie personnelle ou familiale construite sur ce contrat. Ce passage brutal est contestable au regard de l'obligation de veiller à l'équilibre vie pro/vie perso (CCN 2027, art. 67-4-8) et à la charge raisonnable (CCN 2027, art. 67-4-9).
Dans ce cas : refus possible, saisine du CSE ou de l'inspection du travail — l'employeur·euse ne peut pas faire peser sur le·la salarié·e les conséquences de son défaut d'anticipation.
Limite absolue — ordre public
Quelle que soit la situation — dépassement, rattrapage, ajustement de fin d'année — une règle est impérative et ne souffre aucune exception : 35 heures consécutives de repos par semaine. Elle s'applique même avec l'accord du·de la salarié·e, et même dans un contexte de rattrapage de forfait.
Travailler 6 jours sur 7 peut techniquement respecter les 35 heures de repos consécutives si le 7e jour est entièrement libre. Mais si ce rythme s'étend sur plusieurs semaines consécutives, il génère une charge et une fatigue cumulatives qui engagent la responsabilité de l'employeur·euse au titre de son obligation de sécurité. Le repos hebdomadaire est un plancher — pas un blanc-seing pour saturer les six autres jours.
Art. L.3132-1 C. trav. — CCN vét. 2027, art. 66 — Art. L.4121-1 C. trav.
Exemple — contester un rattrapage déraisonnable
À : [responsable ou RH] — Objet : Planning décembre — forfait jours
Bonjour [prénom],
J'ai pris connaissance du planning proposé pour les prochaines semaines. Il m'est demandé de travailler [X] jours par semaine jusqu'à fin décembre, soit un rythme très supérieur à mon forfait habituel de [X] jours en moyenne par semaine.
Je comprends la nécessité de rattraper les jours manquants, mais ce rythme impacte directement mon équilibre vie personnelle/vie professionnelle et me semble disproportionné au regard de mes obligations contractuelles.
Je te propose de convenir ensemble d'un rythme de rattrapage raisonnable. À défaut d'accord, je me verrai dans l'obligation de saisir le CSE sur ce point.
[prénom]
12Répartition des jours sur l'année : l'obligation de régularité▾
Dans les cliniques vétérinaires, la planification du travail répond souvent à une logique d'urgence : on remplit les semaines au fur et à mesure des besoins, sans vision d'ensemble sur l'année. Résultat : certains mois s'enchaînent à 5 ou 6 jours par semaine, d'autres sont quasi vides. Les jours de repos changent d'un mois sur l'autre sans préavis raisonnable. Il est impossible de poser un rendez-vous médical, d'organiser une garde d'enfant, de planifier quoi que ce soit à plus de quelques semaines. Ce n'est pas de la flexibilité — c'est de l'imprévisibilité subie.
Ce fonctionnement est pourtant directement encadré par la CCN 2027. Il n'est ni une fatalité ni une prérogative discrétionnaire de l'employeur.
Ce que la convention dit explicitement
L'article 67-2 de la CCN 2027 impose un document de suivi mensuel validé conjointement par l'employeur et le salarié. Sa finalité est précisément définie : permettre « un point régulier et cumulé des jours de travail et des jours de repos afin de favoriser la prise de l'ensemble des jours de repos dans le courant de l'exercice ».
CCN 2027 — art. 67-2 et 67-4-9
Le document de suivi mensuel n'est pas un enregistrement passif — c'est un outil de pilotage actif. L'employeur ne peut pas se contenter de valider mois après mois un document qui révèle des déséquilibres flagrants sans prendre de mesure corrective.
Le droit d'alerte (art. 67-4-9) vise explicitement la situation du « nombre de jours travaillés consécutivement trop important » et oblige l'employeur à « déterminer les causes professionnelles de cette situation et les moyens à mettre en œuvre pour y remédier ».
Le document de suivi mensuel est le mécanisme préventif — le droit d'alerte est le mécanisme correctif. Les deux encadrent la même obligation d'homogénéité relative de la charge sur l'année.
Ce que la jurisprudence ajoute
L'article L.3121-65 du Code du travail impose que l'entretien annuel porte sur la charge de travail et l'organisation du travail dans l'entreprise. Une répartition très irrégulière des jours, connue de l'employeur via le document de suivi et non corrigée, constitue un manquement à cette obligation d'organisation — indépendamment du respect du total annuel de jours travaillés.
La Cour de cassation a par ailleurs confirmé que l'employeur ne peut pas se contenter d'un suivi formel : il doit démontrer avoir pris des mesures concrètes pour assurer une charge raisonnable. Un document de suivi qui enregistre des déséquilibres sans réponse de l'employeur se retourne contre lui en contentieux (Cass. soc., 26 janv. 2022, n°20-21.636).
Ce que ça signifie concrètement
L'employeur ne peut pas délibérément organiser des mois saturés suivis de mois creux au motif que le total de 216 jours serait respecté en fin d'année. Il doit veiller à ce que la répartition permette une prise régulière des repos tout au long de l'exercice.
Dans la même logique, il ne peut pas modifier constamment les jours de repos d'un mois sur l'autre sans préavis raisonnable. Une organisation dans laquelle le salarié ne sait pas à l'avance quels jours il travaillera le mois suivant rend toute anticipation personnelle impossible — rendez-vous médicaux, garde d'enfants, engagements familiaux. Cette imprévisibilité structurelle est incompatible avec l'obligation conventionnelle de veiller à l'articulation vie pro/vie perso (CCN 2027, art. 67-4-8).
Un repère pratique. Sur un forfait plein de 216 jours réparti sur 47 semaines travaillées, la moyenne est d'environ 4,6 jours par semaine, soit 18 à 19 jours par mois. Des variations sont normales — activité saisonnière, congés, urgences. Mais un écart systématique et durable, connu de l'employeur et non corrigé, constitue un manquement à ses obligations conventionnelles.
Comment agir si votre répartition est manifestement déséquilibrée
Niveau 1 — Email de traçage
Un message factuel à votre responsable
Envoyez un email simple, factuel et détendu à votre responsable. L'objectif est uniquement de créer une trace datée prouvant que vous avez alerté votre employeur — pas de déclencher un conflit.
Ce que ça fait juridiquement : cet email constitue une alerte au sens de l'art. 67-4-9 CCN 2027. Il oblige votre employeur à répondre et à proposer des mesures. Son silence est documenté.
Exemple — signaler un déséquilibre de planning
À : [responsable] — Objet : Point sur mon planning — charge de travail
Bonjour [prénom],
Je te fais un retour sur mon rythme des dernières semaines : j'ai travaillé [X] jours sur les [Y] dernières semaines, ce qui dépasse nettement ma moyenne habituelle. Je commence à sentir la fatigue s'accumuler.
Est-ce qu'on peut regarder ensemble comment alléger le planning sur les prochaines semaines pour revenir à un rythme plus soutenable ?
Merci, [prénom]
Niveau 2 — Droit d'alerte formel
Activation explicite du droit d'alerte conventionnel
Si le premier email reste sans réponse ou sans mesure concrète, activez explicitement le droit d'alerte prévu par la CCN. La formulation reste sobre, mais elle cite le texte — ce qui change le statut juridique de votre démarche.
Ce que ça fait juridiquement : votre employeur est désormais en situation de manquement documenté à une obligation conventionnelle explicite. Son absence de réponse est opposable devant toute instance.
Exemple — activation formelle du droit d'alerte
À : [responsable] — Objet : Droit d'alerte — charge de travail — art. 67-4-9 CCN
Bonjour [prénom],
Je reviens sur mon email du [date] resté sans réponse.
Conformément à l'article 67-4-9 de notre convention collective, je te signale formellement que le nombre de jours travaillés consécutivement ces dernières semaines — [X] jours sur [Y] semaines consécutives — est excessif au regard de mes conditions de travail et de mon équilibre vie professionnelle/vie personnelle.
Je te demande de m'indiquer par écrit les mesures envisagées pour remédier à cette situation. Sans réponse de ta part d'ici le [date + 8 à 10 jours], je me rapprocherai du CSE.
[prénom]
Niveau 3 — CSE
Saisine des élu·es du CSE
Transmettez vos emails et les extraits de votre document de suivi mensuel aux élu·es. Le CSE peut interpeller formellement la direction, déclencher une enquête sur les conditions de travail, ou solliciter l'intervention de l'inspection du travail. Si plusieurs collègues sont dans la même situation, une démarche collective est beaucoup plus efficace.
En dernier recours, l'inspecteur·rice du travail peut adresser une mise en demeure à l'employeur. Si le préjudice est avéré — surcharge documentée, atteinte à la santé, manquement persistant — une action aux prud'hommes permet de demander des dommages et intérêts pour manquement à l'obligation de sécurité et à l'obligation de charge raisonnable.
Art. L.4121-1 C. trav. — CCN 2027, art. 67-1
Les arguments à toujours rappeler
Une limite à connaître. « Favoriser la prise de repos » est une obligation de moyens, pas de résultat absolu. Elle n'interdit pas formellement toute variation de rythme — elle impose à l'employeur d'agir activement pour éviter et corriger les déséquilibres. Un employeur qui démontre avoir suivi la charge et proposé des mesures correctives est en règle, même si le planning n'est pas parfaitement homogène.
Cela dit, la combinaison des obligations conventionnelles est suffisamment solide pour fonder une demande de correction et convaincre un employeur de régulariser sans aller jusqu'aux prud'hommes.
Obligation de sécurité et de santé — l'employeur est tenu de prévenir les risques pour la santé physique et mentale, y compris ceux générés par une charge irrégulière et imprévisible.
Art. L.4121-1 C. trav.
Obligation de suivi mensuel actif — le document de suivi n'est pas un registre passif : il doit permettre d'identifier les déséquilibres et d'y remédier en cours d'exercice.
CCN 2027, art. 67-2
Obligation d'agir en cas d'alerte — dès qu'un salarié signale un nombre de jours consécutifs excessif, l'employeur doit en déterminer les causes et mettre en œuvre des mesures correctives.
CCN 2027, art. 67-4-9
Obligation de suivre la charge ET l'organisation — l'entretien annuel et le suivi ne portent pas seulement sur le volume de jours travaillés, mais sur l'organisation du travail elle-même : répartition, amplitude, prévisibilité.
Art. L.3121-65 C. trav. — CCN 2027, art. 67-4-8
Obligation de préserver l'équilibre vie pro/vie perso — une organisation structurellement imprévisible, qui modifie les jours de repos d'un mois sur l'autre sans préavis raisonnable, est incompatible avec cette obligation conventionnelle explicite.
CCN 2027, art. 67-4-8
13Gardes, astreintes et postes d'urgentiste : ce que le forfait jours permet et ce qu'il interdit▾
Dans les cliniques vétérinaires, les termes "garde" et "astreinte" sont souvent utilisés de façon interchangeable. C'est une erreur qui a des conséquences directes sur la rémunération et la légalité du contrat. La distinction est fondamentale — et elle change tout pour les urgentistes.
Astreinte et garde : deux réalités juridiques radicalement différentes
L'astreinte est une période pendant laquelle le ou la salarié·e reste joignable et disponible pour intervenir si nécessaire — sans être nécessairement présent·e physiquement à la clinique. Si aucune intervention n'a lieu, ce temps n'est pas du travail effectif. Les règles de rémunération et de décompte diffèrent selon la convention applicable.
La "garde" au sens courant — rester physiquement sur place à la clinique pendant un créneau défini, qu'il y ait des urgences ou non — n'existe pas légalement pour un·e cadre autonome en forfait jours. L'employeur·euse peut organiser sa présence par demi-journées ou par journées, mais il ne peut pas l'obliger à rester immobile dans les locaux à attendre entre deux interventions, ni à y dormir.
La CCN actuelle (IDCC 2564) distingue deux cas selon que l'astreinte est dérangée ou non, et prévoit un système de forfait par tranche horaire pour les cadres autonomes.
Astreinte non dérangée
L'astreinte non dérangée est indemnisée par un forfait calculé pour chaque échelon sur la base de la valeur minimale du point conventionnel appliquée au coefficient spécifique à l'astreinte de l'échelon, pour une durée maximale de 12 heures consécutives. Pour une période d'astreinte d'une durée maximale de 6 heures, ce forfait est réduit de moitié.
Le·la salarié·e est tenu·e de rester à son domicile ou à proximité — ou dans un logement de fonction mis à disposition, si ce choix lui appartient exclusivement. Il ou elle peut vaquer librement à ses occupations personnelles.
CCN actuelle — art. 30
La programmation individuelle des services de garde et d'astreinte doit être portée à la connaissance de chaque salarié·e concerné·e au moins un mois à l'avance, sauf circonstances exceptionnelles — auquel cas un délai d'un jour franc minimum s'applique.
Astreinte dérangée
Le temps passé en intervention — décompté à partir du départ du lieu d'astreinte jusqu'au retour en ce lieu — n'est pas comptabilisé en astreinte mais en temps de travail effectif, rémunéré comme la garde.
L'heure d'astreinte dérangée est rémunérée sur la base de l'indemnisation de l'astreinte non dérangée, à laquelle s'ajoute le taux horaire correspondant au cadre intégré du même échelon. Toute heure commencée est due. Les heures d'astreinte dérangée ne sont pas décomptées du forfait annuel en jours.
Astreinte non dérangée — jusqu'à 12h
Forfait échelon
Valeur du point × coefficient spécifique astreinte
Astreinte non dérangée — jusqu'à 6h
Forfait ÷ 2
Moitié du forfait 12h
Astreinte dérangée
Forfait + taux horaire
Cadre intégré même échelon — toute heure commencée due
Décompte du forfait
Non déduit
Les heures d'astreinte dérangée ne réduisent pas le forfait annuel
Alternative au paiement. Les heures d'astreinte dérangée peuvent être compensées par un repos compensateur de remplacement à prendre dans un délai de 2 mois, avec la même majoration que pour la rémunération. Ce repos ne peut être pris que par journée entière (= 8h de repos compensateur) ou demi-journée (= 4h). C'est une option — pas une obligation imposable unilatéralement par l'employeur.
La CCN 2027 simplifie et restructure le régime des astreintes pour les cadres autonomes en forfait jours. Elle introduit deux changements majeurs : une base de calcul unifiée en pourcentage du taux horaire, et un décompte des heures d'intervention sur le forfait annuel.
Astreinte non dérangée
En contrepartie du temps d'astreinte — dérangée ou non, de nuit ou de jour — une indemnité d'au moins 20 % du taux horaire du cadre intégré de même échelon est versée au·à la salarié·e (CCN 2027, art. 97-2-1). Cette base horaire remplace le système de forfait par tranches de 6h/12h de la CCN actuelle.
Astreinte dérangée — décompte sur le forfait
C'est la nouveauté structurelle de la CCN 2027 : les heures d'astreinte dérangée sont désormais décomptées du forfait annuel en jours, selon les règles suivantes (art. 97-2-2) :
Astreinte non dérangée
20%
Du taux horaire cadre intégré même échelon — de nuit, de jour, dérangée ou non
4h d'astreinte dérangée
½ journée
Décomptée du forfait annuel
8h d'astreinte dérangée
1 journée
Décomptée du forfait annuel
Toute heure commencée
Due intégralement
Arrondi favorable au·à la salarié·e
Si des interventions ont lieu entre 22h et 7h, le dimanche ou un jour férié, le temps de travail effectif réalisé durant ces périodes ouvre droit à une majoration supplémentaire de 15 % du salaire horaire, en sus de l'indemnité d'astreinte (art. 97-2-1).
Ce qui change concrètement en 2027
Sous la CCN actuelle, les heures d'astreinte dérangée ne sont pas décomptées du forfait — elles s'ajoutent en rémunération supplémentaire. À partir du 1er janvier 2027, elles réduisent le nombre de jours restant à travailler dans l'année : 8 heures d'interventions nocturnes = 1 journée de forfait consommée. C'est une protection supplémentaire contre la surcharge des salarié·es soumis·es à des astreintes fréquentes.
En contrepartie, la base de calcul de l'indemnité d'astreinte change : le forfait par tranches 6h/12h est remplacé par un taux horaire de 20 %. Selon votre échelon et la fréquence de vos astreintes, ce changement peut être plus ou moins favorable — vérifiez le calcul avec la CGT Les Cerisiers.
Règle commune aux deux CCN — lieu d'astreinte
L'employeur ne peut pas imposer au·à la salarié·e de rester physiquement sur place entre deux interventions. Si les délais entre urgences sont suffisants pour permettre un aller-retour au domicile, le·la salarié·e est libre de rentrer — et l'astreinte est alors non dérangée pendant ces périodes. En revanche, si le·la salarié·e choisit de rester sur place par convenance personnelle alors qu'il ou elle aurait pu rentrer, ce choix lui appartient — mais il ne transforme pas l'astreinte non dérangée en temps de travail effectif.
La ligne de partage est celle de la contrainte réelle : une présence imposée sur site relève du temps de travail effectif ou de l'astreinte dérangée — une présence librement choisie dans un contexte où le retour au domicile était possible relève de l'astreinte non dérangée.
Le cas des urgentistes en shifts : une incompatibilité structurelle
De plus en plus de cliniques recrutent des vétérinaires spécialisé·es dans les urgences, travaillant selon des rotations fixes — shifts de 8h, 10h ou 12h, souvent de nuit ou le week-end. Ce modèle est structurellement incompatible avec le forfait jours.
La définition même du cadre autonome exige qu'il ou elle organise librement son temps — ce qui suppose que ce temps ne soit pas prédéterminé heure par heure. Un·e urgentiste dont les plages de présence sont fixées selon un roulement n'est pas un·e cadre autonome : son planning est imposé, sa durée de présence est définie, ses horaires sont connus à l'avance. Le forfait jours lui est inapplicable.
Ce que ça signifie concrètement. Un·e vétérinaire urgentiste travaillant en shifts réguliers — par exemple trois nuits de 12h par semaine en roulement — devrait relever d'un contrat horaire (cadre intégré), avec comptabilisation des heures, majorations pour travail de nuit et le week-end, et respect des plafonds légaux. Recourir au forfait jours pour ce type de poste est une irrégularité susceptible d'entraîner nullité et rappel de salaire.
Ce que le forfait jours autorise malgré tout
Un·e cadre autonome peut travailler des dimanches, des jours fériés ou être joignable la nuit — mais selon la logique du forfait, pas du shift. Un dimanche travaillé peut être décompté comme un jour du forfait, ou organisé en astreinte. Une nuit pendant laquelle le ou la salarié·e reste joignable depuis son domicile relève de l'astreinte. Dans tous les cas, le repos quotidien de 11 heures reste impératif : une intervention nocturne décale mécaniquement l'heure de reprise le lendemain matin.
Si vous êtes urgentiste ou si on vous propose un forfait jours pour des gardes
Votre poste relève probablement d'un contrat horaire de cadre intégré, pas du forfait jours. La logique du shift — présence imposée, horaires prédéfinis, roulement — est incompatible avec l'autonomie requise.
Si vous effectuez des astreintes, vérifiez leur rémunération selon la CCN applicable à votre contrat : forfait par tranches 6h/12h sous la CCN actuelle, ou 20 % du taux horaire du cadre intégré de même échelon sous la CCN 2027. Dans les deux cas, toute heure d'intervention commencée vous est due intégralement.
En cas de doute, contactez la CGT Les Cerisiers — nous pouvons analyser votre contrat et déterminer si le forfait jours vous est légalement applicable.
14Comment est calculé le forfait jours "plein" ?▾
Comprendre comment se calcule votre forfait, c'est comprendre d'où viennent vos jours de repos, comment se décomptent vos absences, et comment votre salaire est ajusté en cas d'entrée ou de sortie en cours d'année.
Le plafond légal et conventionnel
Le plafond légal du forfait jours est de 218 jours par an (art. L.3121-64 C. trav.). La convention collective vétérinaire fixe ce plafond à 216 jours — légèrement plus favorable. C'est ce plafond conventionnel qui s'applique pour les vétérinaires salarié·es cadres autonomes.
Un point crucial : les 216 jours incluent déjà vos congés payés
C'est la source de confusion la plus fréquente. Le forfait de 216 jours ne représente pas 216 jours de travail effectif auxquels s'ajoutent les congés payés. Les 25 jours de congés payés sont déjà inclus dans les 216 jours. La base hors congés est de 241 jours (216 + 25). Si vous ne prenez pas tous vos congés dans l'année, vous travaillez davantage que 216 jours effectifs — sans compensation supplémentaire.
Comment arrivent-on à 216 jours ?
Le chiffre de 216 n'est pas arbitraire. Il résulte d'un calcul annuel qui intègre toutes les absences légales et conventionnelles :
Élément
Jours
Remarque
Jours calendaires
365
Base de départ
Samedis et dimanches
− 104
52 × 2 — variable selon les années
Congés payés légaux
− 25
5 semaines × 5 jours ouvrés
Journée de solidarité
− 1
Déjà comprise dans le forfait
Jours fériés tombant un jour ouvré
− 9
Moyenne — varie chaque année
Jours de Repos Supplémentaires (JRS)
− 10
Variable — 10 pour 2026 spécifiquement
Jours travaillés
= 216 j
Forfait plein CCN vétérinaire — exemple 2026
RTT ou JRS ? La terminologie à connaître
En clinique, on parle souvent de "RTT" — mais ce terme est techniquement inexact en forfait jours. La bonne terminologie est Jours de Repos Supplémentaires (JRS). Pour l'année 2026, ce sont 10 jours qui permettent d'atteindre exactement 216 jours. Leur nombre varie d'une année à l'autre selon le calendrier : quand peu de jours fériés tombent un jour ouvré, davantage de JRS sont nécessaires pour compenser ; quand les jours fériés sont nombreux à tomber en semaine, les JRS sont moins nombreux. Ce nombre n'a pas d'importance pratique concrète pour vous — il s'ajuste automatiquement pour que le total soit toujours 216.
Conséquence pratique : si vous ne prenez pas tous vos congés payés dans l'année, vous travaillez plus de 216 jours effectifs — sans que cela soit nécessairement visible sur votre bulletin. Vérifiez votre compteur de CP chaque mois et assurez-vous de solder vos droits avant la fin de l'année, ou dans les 5 premiers mois de l'année suivante si votre employeur·euse vous y autorise.
À l'inverse, si vous posez des CP par anticipation sur la période suivante, votre nombre de jours travaillés peut être inférieur à 216 certaines années — ce qui est parfaitement régulier.
Embauche en cours d'année : attention au calcul
Les deux CCN prévoient un calcul spécifique pour les salarié·es embauché·es en cours d'année — mais avec des niveaux de précision très différents.
La CCN actuelle (IDCC 2564) pose le principe sans détailler la méthode : le plafond de 216 jours est calculé au prorata, augmenté des jours de congés non encore acquis. Simple à comprendre, difficile à vérifier en pratique faute de formule explicite.
La CCN 2027 (art. 67-4-1) introduit une formule précise :
(nombre de jours du forfait + jours de congés non acquis) × (jours restant sur la période ÷ jours dans l'année)
Le résultat est arrondi à la demi-journée la plus proche. Les jours de congés non acquis correspondent aux jours de CP qui auraient été acquis sur la partie non travaillée de la période de référence.
Exemple concret (CCN 2027, art. 67-4-1). Un·e vétérinaire embauché·e le 15 juin avec un forfait de 172 jours. Il ou elle a acquis 13,7 jours ouvrés de CP depuis son arrivée, soit 11,3 jours non acquis. Il reste 200 jours sur l'année civile. Le calcul donne :
(172 + 11,3) × (200 ÷ 365) = 183,3 × 0,548 = 100,5 jours à travailler sur la période.
Plus vous arrivez tôt dans l'année, moins vous avez de jours de CP non acquis à ajouter, et plus votre prorata se rapproche du forfait annuel complet. À l'inverse, une embauche en milieu d'année avec peu de CP acquis conduit à un nombre de jours à travailler proportionnellement plus élevé que le simple prorata du forfait — parce que vous devez aussi les jours de congés que vous n'avez pas encore gagnés.
Ce que vous devez vérifier à l'embauche
Demandez à votre employeur·euse le détail du calcul appliqué à votre situation : nombre de jours du forfait retenu, nombre de jours de CP non acquis pris en compte, nombre de jours restant sur la période de référence.
Vérifiez que le résultat correspond bien à la formule CCN 2027 — ou au principe de prorata augmenté des CP non acquis sous la CCN actuelle. Un calcul effectué sur la base du simple prorata de 216 jours sans ajout des CP non acquis serait inexact et défavorable à l'employeur·euse, pas à vous — mais un calcul inverse, gonflant artificiellement le nombre de jours à travailler, serait lui défavorable à vos droits.
En cas de doute, contactez la CGT Les Cerisiers — nous pouvons vérifier le calcul avec vous.
La valeur d'une journée
La valeur d'une journée est utilisée pour calculer les retenues sur salaire en cas d'absence non rémunérée, ou la majoration applicable lors d'un rachat de jours. Elle se calcule simplement : salaire annuel contractuel ÷ nombre de jours du forfait (CCN art. 67-4-3). Pour l'échelon 2 en 2026 : 39 224,64 € ÷ 216 = 181,60 € par jour, soit 208,84 € avec la majoration minimale de 15 %.
Cette valeur ne s'applique pas au calcul des congés payés : lors d'une semaine de CP, ce n'est pas une retenue puis un remplacement par 181,60 € qui s'opère — c'est la règle spécifique de l'indemnité de congés payés qui s'applique (maintien de salaire ou règle du dixième, selon ce qui est le plus favorable).
15Le forfait jours réduit : pourquoi c'est une fausse solution à un vrai problème▾
Dans les cliniques vétérinaires du groupe, une phrase revient souvent pour justifier un forfait réduit. Elle mérite d'être analysée sans complaisance.
Ce qu'on entend en clinique
Personne ne fait de forfait plein ici, c'est trop fatigant. Je préfère te faire un contrat à 190 jours plutôt qu'à 216, pour préserver ta santé.
Ce discours semble bienveillant. Il est en réalité hypocrite et inversé : plutôt que d'adapter la charge de travail pour qu'elle soit soutenable à 216 jours, on propose au·à la salarié·e de payer lui-même ou elle-même le coût de sa propre santé, en acceptant une baisse de salaire significative sans que rien ne change dans son organisation quotidienne.
Ce que le forfait réduit change — et ce qu'il ne change pas
La réduction du forfait diminue le nombre de jours travaillés dans l'année — typiquement de 216 à 184 ou 161 jours — ce qui permet souvent d'ajouter une journée de repos hebdomadaire et de travailler sur 4 jours au lieu de 5. C'est réel. Mais la durée quotidienne de travail, elle, ne change pas : on continue à faire des journées de 10 à 12 heures, avec les mêmes urgences, les mêmes comptes rendus, la même charge mentale.
69%
des vétérinaires aux Cerisiers sont en forfait réduit
Janvier 2026. Ce chiffre ne traduit pas un choix de flexibilité — il traduit une tentative de protection contre un surtravail que l'employeur aurait dû prévenir. C'est l'employeur qui devrait adapter la charge. C'est le·la salarié·e qui en paie le coût.
Ce que ça coûte vraiment
Le forfait réduit est proratisé directement sur le salaire annuel du forfait plein. Le calcul est simple et brutal :
Réduire son forfait jours pour tenter de retrouver un rythme proche des 35h/sem entraîne une perte salariale de plus de 25 % — alors que la majoration initiale du forfait plein par rapport au contrat horaire n'atteignait pas 20 %. Le calcul est brutal : le forfait jours vous a accordé moins que ce que vous devez sacrifier pour le supporter. Ce n'est pas un compromis — c'est une perte nette.
La comparaison avec un contrat horaire — le graphique qui dit tout
Le graphique ci-dessous compare, à volume de jours travaillés identique et à durée quotidienne identique (10h/j), la rémunération annuelle en forfait réduit et en contrat horaire classique. Il montre que dès que le volume de travail correspond à plus de 35h/semaine — ce qui est toujours le cas en clinique — le contrat horaire est mieux rémunéré, avec en prime la protection des majorations pour heures supplémentaires ou complémentaires.
Le forfait réduit déplace la responsabilité de la santé au travail — qui incombe légalement à l'employeur — vers le·la salarié·e. C'est un renversement de la charge de protection : au lieu d'organiser le travail pour qu'il soit soutenable à 216 jours, on demande au·à la salarié·e de financer sa propre prévention en acceptant une baisse de salaire. Réduire son forfait ne corrige pas les journées trop longues, ne réduit pas la charge mentale, ne supprime pas les urgences en soirée. Cela donne seulement quelques jours de repos supplémentaires dans l'année — au prix d'une perte salariale qui peut dépasser 10 000 € par an selon les échelons.
Les conseils de la CGT
Vous voulez travailler moins de jours par semaine pour des raisons personnelles ? Le forfait réduit peut être pertinent — à condition de ne pas compenser les jours manquants les autres jours de la semaine. Autant de consultations à caser, autant de chirurgies à programmer, autant de résultats à gérer : si la charge ne baisse pas vraiment, vous perdez en salaire sans gagner en santé.
Vous cherchez à éviter l'épuisement et à alléger votre charge de travail ? Mauvaise idée. Le forfait réduit est ici un piège : vous perdez en rémunération sans impact significatif sur votre santé. La bonne démarche est de vous saisir des règles du forfait jours pour les faire appliquer — document de suivi, entretien annuel, signalement de surcharge — et si le cadre ne convient pas, d'envisager un contrat en heures qui rend la charge visible et rémunérée.
À l'embauche, si on vous incite à prendre un forfait réduit "pour votre santé" : insistez pour un forfait plein ou en tout cas maximisé. C'est à l'employeur d'adapter l'organisation du travail, pas à vous d'y renoncer d'avance. Contactez-nous — nous pouvons vous aider à surveiller et contrôler votre charge de travail dès la prise de poste.
Forfait réduit ≠ temps partiel — et ça change tout
C'est un point que beaucoup ignorent — et que certains employeurs tentent d'exploiter. Le forfait réduit n'est pas un temps partiel. La Cour de cassation l'a confirmé sans ambiguïté : un·e salarié·e en forfait annuel en jours ne peut pas être considéré·e comme travaillant à temps partiel, même si l'employeur et le·la salarié·e ont qualifié le contrat en ce sens (Cass. soc., 27 mars 2019, n°16-23.800).
Cette distinction a des conséquences concrètes et importantes. Un exemple récent en illustre parfaitement les enjeux.
Cas documenté — IVC Evidensia / Wivetix, juin 2026
Une vétérinaire en forfait réduit à 188 jours demande une attestation d'employeur en prévision de son passage à l'échelon 4 — prévu après deux ans d'expérience à l'échelon 3. La RH lui répond que son expérience doit être "recalculée en équivalent temps plein", ce qui décale son passage d'échelon de plusieurs mois. Motif invoqué : la CCN prévoit que l'expérience professionnelle est calculée "en période d'emploi équivalent temps plein de travail de cadre". Une formulation pour le moins peu claire qui entretien le flou.
Malgré ce flou, le raisonnement RH est juridiquement indéfendable. La Cour de cassation est claire : le forfait réduit est un temps plein — il n'existe pas de troisième catégorie entre temps plein et temps partiel. Deux ans de forfait réduit constituent deux ans d'expérience professionnelle à temps plein, au sens exact de la convention collective. La proratisation de l'ancienneté est un mécanisme propre au temps partiel (art. L.3123-5 C. trav.) — il ne s'applique pas au forfait jours. Un employeur ne peut pas, d'un côté, reconnaître que le forfait réduit n'est pas un temps partiel, et de l'autre lui appliquer un mécanisme réservé aux salarié·es à temps partiel. Cette position a été contestée et portée au CSE.
Les droits du forfait réduit
Ancienneté et passage d'échelon : deux ans de forfait réduit = deux ans d'expérience à temps plein. Aucune proratisation n'est permise (Cass. soc., 27 mars 2019, n°16-23.800).
Droits sociaux maintenus intégralement : congés payés, mutuelle, formation, protection sociale — le forfait réduit ne peut pas entraîner une réduction de ces droits au prorata du nombre de jours (CCN art. 67-4-5).
Si la charge est incompatible avec un forfait plein, l'employeur·euse a l'obligation d'adapter l'organisation — pas de vous proposer de réduire votre forfait sans adapter le contenu du travail.
Si on vous propose un forfait réduit à l'embauche ou en cours de carrière, demandez à la CGT d'analyser la proposition avec vous avant de signer. Ce que vous paraphez engage votre rémunération pour longtemps.
16Comment fonctionnent les congés payés en forfait jours ?▾
Le fonctionnement des congés payés en forfait jours est souvent mal compris — y compris par les employeurs. Le point de départ est contre-intuitif mais fondamental.
Le principe central : les CP sont déjà intégrés dans les 216 jours
Contrairement à un contrat classique en heures où chaque absence vient déduire du temps travaillé, le forfait jours fonctionne différemment : les congés payés ne s'imputent pas sur un compteur à déduire. Ils sont déjà intégrés dans la construction du plafond annuel de 216 jours. Les 5 semaines de CP ont déjà été "déduites" en amont dans le calcul — c'est pour ça qu'on arrive à 216 et non à 241.
CCN vétérinaire — art. 67-4
« Ces 216 jours doivent être répartis pour permettre la prise des congés payés. »
Conséquence concrète : poser une semaine de congés payés ne fait pas baisser votre compteur de jours à travailler. En revanche, elle réduit le nombre de semaines disponibles pour accomplir ces jours — ce qui concentre mécaniquement la charge sur les semaines restantes.
L'effet de concentration — souvent invisible, toujours réel
C'est le point que beaucoup de salarié·es en forfait jours ne voient pas venir. Voici un exemple concret :
Exemple : il vous reste 30 jours à travailler sur 8 semaines → rythme moyen de 3,75 j/semaine. Mais si vous posez 2 semaines de congés sur cette période, vous ne travaillez plus que sur 6 semaines → rythme de 5 j/semaine.
Les congés concentrent la charge de travail sur une période plus courte, avec un rythme mécaniquement plus intense. Ce phénomène s'accentue si plusieurs collègues posent leurs congés en même temps.
Forfait jours vs annualisation — deux logiques opposées
Une confusion fréquente : croire que le forfait jours fonctionne comme l'annualisation des 1 607h. La construction de départ est identique — on part de 365 jours, on enlève week-ends, CP et jours fériés — mais la logique est inverse :
Dispositif
Les CP remplissent-ils le compteur ?
Conséquence
Annualisation (1 607h)
Oui — les CP comptent comme du travail
Aucune heure à rattraper pendant les congés
Forfait jours (216 j)
Non — les CP réduisent le temps disponible
La charge se concentre sur les semaines travaillées
La période de référence et le report des CP
Les CP s'acquièrent sur une période de référence du 1er juin au 31 mai de l'année suivante. Les règles de pose diffèrent selon la convention applicable :
CCN actuelle (IDCC 2564) — jusqu'au 31 décembre 2026
Les droits acquis doivent être posés avant le 31 décembre de l'année en cours. Avec l'accord de votre employeur·euse, un report jusqu'au 31 mai de l'année suivante est possible — au-delà, les jours non pris sont en principe perdus (sauf congé maternité, longue maladie).
CCN 2027 (applicable au 1er janvier 2027)
La nouvelle convention ne définit pas de période de pose spécifique : c'est la règle légale générale qui s'applique, soit une période principale de congé du 1er mai au 31 octobre. Les congés posés hors de cette période ouvrent droit à des jours de fractionnement supplémentaires — un avantage concret pour les salarié·es qui organisent leurs congés en dehors de la période estivale. Pour les modalités de calcul des jours de fractionnement, voir notre article dédié sur ce sujet.
Depuis la loi El Khomri (2016), quelle que soit la convention applicable, vous pouvez prendre vos CP par anticipation dès leur acquisition sans attendre la fin de la période de référence.
Les JRS — Jours de Repos Supplémentaires
Vos JRS (souvent appelés "RTT" en clinique, mais la terminologie correcte est Jours de Repos Supplémentaires) sont les jours d'ajustement qui permettent de maintenir le forfait à 216 jours fixes chaque année. Ce sont des jours de repos à prendre dans l'année civile ; leur report n'est pas automatique sans accord de votre employeur·euse. Si la charge de travail vous empêche de les prendre, signalez-le par écrit avant la fin de l'année.
Cas particulier : arrêt maladie pendant une période de congés
Si vous tombez malade pendant une semaine de congés payés, cette semaine doit être reportée — c'est un droit. Mais attention à une erreur fréquente en forfait jours : cette semaine ne devient pas une semaine neutre dans votre décompte.
Ce qui se passe réellement : la semaine de CP annulée devient une semaine d'absence, qui doit être décomptée du forfait selon la règle standard. En l'absence de planning préétabli (puisque vous étiez censé·e être en congé), on applique la règle CCN : 1 semaine d'absence = forfait annuel ÷ 47 semaines, indépendamment des jours fériés (CCN art. 67-4-2).
L'objectif est d'éviter toute "semaine à zéro" qui fausserait le décompte de votre forfait sur l'année. Votre employeur·euse est responsable de l'application correcte de ce calcul.
En pratique — CP, JRS et jours fériés, c'est souvent la même chose
Sur le terrain, la distinction entre jours de congés payés, JRS et jours fériés est souvent floue — on "prend un jour de repos" sans se demander de quelle catégorie il relève. Dans la grande majorité des cas, ça n'a pas d'importance pratique immédiate.
Mais cette distinction peut devenir cruciale dans quelques situations :
En cas de maladie pendant vos congés : seuls les jours qualifiés de CP sont reportés — pas les JRS. Si vous ne savez pas quelle catégorie vous posiez, votre employeur·euse peut contester le report. Demandez systématiquement à voir comment vos absences sont qualifiées dans le document de suivi mensuel.
Pour ne pas perdre vos CP : les JRS n'ont pas de règle de prescription aussi stricte que les CP — mais vos congés payés, eux, peuvent être perdus si la période de pose est dépassée. Suivez à minima votre compteur de CP sur votre bulletin de salaire. Ne les traitez pas comme de simples repos interchangeables avec vos JRS.
Pour les jours de fractionnement (CCN 2027) : ils ne s'appliquent qu'aux CP posés hors période principale — pas aux JRS. Si vous ne distinguez pas les deux dans votre suivi, vous risquez de passer à côté de jours supplémentaires auxquels vous avez droit.
17Comment contester mon forfait jours ?▾
Contester un forfait jours n'est pas une démarche agressive — c'est faire valoir un droit légitime quand les conditions légales ne sont pas remplies. Et ces conditions sont souvent mal respectées.
Les trois motifs principaux de nullité
Un forfait jours peut être déclaré nul — et requalifié en contrat horaire avec rappel de toutes les heures supplémentaires — dès lors qu'une des conditions essentielles de validité n'est pas remplie.
01
Absence d'autonomie réelle — mais la frontière est plus nuancée qu'on ne le croit
C'est le motif le plus fréquent en clinique vétérinaire — et le plus complexe. Le forfait jours exige une autonomie réelle dans l'organisation du temps de travail : pouvoir décider de ses heures d'arrivée et de départ, organiser librement ses tâches, gérer ses pauses. Mais la jurisprudence est plus nuancée qu'une lecture simpliste ne le laisserait croire.
Ce qui est clairement incompatible avec le forfait jours : un planning imposant des horaires précis d'arrivée et de départ, des créneaux de consultation fixés à la minute, une présence exigée à des heures prédéterminées sans possibilité de les modifier. La Cour de cassation l'affirme sans ambiguïté : un salarié soumis à un "planning contraignant imposant sa présence à des horaires prédéterminés" n'est pas un cadre autonome — et son forfait est nul.
Ce que la jurisprudence admet en contexte vétérinaire : dans un arrêt rendu précisément à propos d'une clinique vétérinaire (Cass. soc., 2 févr. 2022), la Cour a reconnu que l'employeur peut légitimement fixer des jours et demi-journées de présence — par exemple pour assurer la continuité des consultations — sans que cela annule automatiquement l'autonomie. Ce qui compte, c'est que le·la salarié·e conserve une liberté réelle d'organisation à l'intérieur de ces plages : ordre des tâches, gestion des pauses, adaptation de son rythme dans la journée.
En pratique : si vos créneaux de consultation sont décidés par la clinique, que vous devez être là à 8h30 précises, que vous ne pouvez pas partir plus tôt sans validation — même si vous "gérez" techniquement votre agenda — votre situation mérite d'être analysée. La limite entre ce qui est tolérable et ce qui fonde une nullité est contextuelle et dépend de l'ensemble des contraintes réelles subies.
C'est souvent le motif le plus facile à établir — et le plus utilisé avec succès. Pas de document de suivi mensuel remis, pas d'entretien annuel distinct de l'évaluation de performance, pas de mécanisme d'alerte formalisé : l'employeur·euse n'a pas respecté ses obligations de contrôle. La convention individuelle de forfait est alors privée d'effet — même si elle a été signée.
Un entretien d'évaluation ne suffit pas. La Cour de cassation l'a rappelé en 2024 : un entretien annuel qui n'aborde pas spécifiquement la charge de travail, l'amplitude des journées, l'équilibre vie pro/perso et la rémunération — même s'il existe — ne satisfait pas à l'obligation légale. L'entretien forfait jours est distinct et doit porter sur ces cinq points précis.
Des tableaux de suivi renseignés par le·la salarié·e lui-même mais ne reflétant pas la réalité ne protègent pas l'employeur·euse : c'est sous sa responsabilité que ces documents sont établis. Si les données ne correspondent pas aux jours réellement travaillés, la convention peut être annulée.
Convention individuelle invalide — ce qui peut manquer concrètement
La convention individuelle de forfait doit être un document écrit, signé par les deux parties. Mais au-delà de la signature, c'est son contenu qui compte. Plusieurs situations rendent une convention invalide :
Vous n'avez jamais signé de convention individuelle. Une mention sur votre bulletin de salaire, un renvoi dans votre contrat à l'accord collectif, ou une application de fait du forfait sans document signé : tout cela est insuffisant. Dans l'affaire des Lavandières (CPH Brest, 2012), le salarié n'avait jamais signé de convention individuelle — le forfait a été déclaré inexistant et les heures supplémentaires remboursées sur toute la période.
Le forfait vous a été imposé sans votre accord. Un avenant que vous avez refusé de signer mais que l'employeur·euse a appliqué quand même constitue une modification unilatérale du contrat — illégale, même si vous avez continué à travailler sans protester (Cass. soc., 29 nov. 2011).
L'accord collectif sur lequel repose le forfait est lui-même invalide. Si l'accord collectif ne prévoit pas les garanties suffisantes de suivi et de protection de la santé, toutes les conventions individuelles qui en découlent sont nulles — même régulièrement signées. Dans l'affaire Decathlon (CPH Toulouse, 2013), c'est l'insuffisance de l'accord collectif sur le suivi qui a conduit à l'annulation du forfait de l'ensemble des salarié·es concerné·es.
La convention ne précise pas le nombre de jours. Une convention vague, sans mention du forfait exact et des modalités, est incomplète et peut être contestée.
Si votre forfait est déclaré nul, votre contrat est requalifié en contrat horaire classique sur la base de 35h/semaine. Toutes les heures travaillées au-delà deviennent des heures supplémentaires, avec rappel de salaire majoré — sur les 3 années précédant la saisine du Conseil de prud'hommes (art. L.3245-1 C. trav.).
Exemple concret : un·e vétérinaire en forfait jours depuis 3 ans, travaillant en réalité 50h/semaine avec un planning imposé et sans entretien annuel, pourrait réclamer le paiement de l'ensemble de ses heures supplémentaires sur 3 ans — soit plusieurs dizaines de milliers d'euros selon l'échelon.
Comment procéder — du plus simple au plus formel
Étape 1 — Documenter
Rassemblez vos preuves avant toute démarche
Relevés d'horaires personnels (Kapow ou carnet), emails de signalement déjà envoyés, preuves d'absence d'entretien annuel, planning imposé par l'employeur, échanges montrant un manque d'autonomie. Plus votre dossier est solide, plus votre position est forte — même si vous ne voulez pas aller jusqu'aux prud'hommes.
Étape 2 — Demander une régularisation
Un email simple à votre direction ou RH
Signalez par écrit les manquements identifiés et demandez leur correction : mise en place du document de suivi, organisation de l'entretien annuel, clarification sur votre autonomie réelle. Cela crée une trace et donne à l'employeur la possibilité de régulariser — ce qui est souvent suffisant.
Conservez tous les échanges
Étape 3 — CSE et CGT
Sollicitez un accompagnement syndical
Nous pouvons analyser votre situation, vérifier la validité de votre forfait, vous aider à formaliser une demande de régularisation, et coordonner une démarche collective si plusieurs collègues sont dans le même cas. Le CSE peut également déclencher un droit d'alerte ou une enquête sur les conditions de travail.
Saisine du Conseil de prud'hommes — dernier recours
En cas d'échec des démarches précédentes, la saisine du CPH permet de demander la nullité du forfait et le rappel des heures supplémentaires sur 3 ans. La CGT peut vous accompagner dans cette démarche. La procédure est gratuite ; seule la représentation par un·e avocat·e est facultative en première instance.
Art. L.3245-1 C. trav. — prescription 3 ans
Contester n'est pas une faute : c'est exercer un droit légitime. Refuser les abus, ce n'est pas désobéir.
18Comment sécuriser mon forfait jours — selon ma situation▾
Sécuriser son forfait jours ne se fait pas de la même façon selon qu'on est en train de le négocier, de l'envisager, ou d'en vivre les effets au quotidien. Choisissez votre situation.
On vous propose de passer en forfait jours pour "reconnaître votre autonomie" ou "mieux valoriser vos heures supplémentaires". Avant d'accepter, voici ce qu'il faut vérifier — et ce qu'il faut exiger.
Pourquoi cette proposition est faite — et ce que ça cache
L'employeur·euse a généralement un intérêt évident à vous faire passer en forfait jours : il ou elle n'aura plus à comptabiliser ni à payer vos heures supplémentaires. Ce qui peut ressembler à une reconnaissance de votre valeur est souvent avant tout un avantage économique pour la structure. Ce n'est pas une raison de refuser — mais c'est une raison d'être vigilant·e.
Ce qu'il faut vérifier avant de signer
Checklist avant de signer un passage en forfait jours
Votre autonomie est-elle réelle ? Si votre planning est toujours fixé par la clinique, vos créneaux imposés, vos horaires contraints — le forfait jours n'est pas légalement applicable à votre poste. Refusez ou demandez une requalification en cadre intégré.
Le nombre de jours est-il inférieur ou égal à 216 ? C'est le plafond conventionnel. Tout forfait supérieur à 216 jours est illégal.
Le document de suivi mensuel est-il prévu ? Exigez que le contrat ou avenant mentionne explicitement l'obligation de remise mensuelle du document de suivi (CCN art. 67-2).
L'entretien annuel est-il formalisé ? Le contrat doit prévoir explicitement l'entretien annuel de charge — distinct de l'évaluation de performance.
Le salaire est-il réellement à la hauteur ? Ne vous contentez pas de la grille minimale conventionnelle — elle est bien trop basse pour des postes à forte charge de travail. Calculez votre taux horaire présumé réel (salaire proposé ÷ nombre d'heures que vous estimez travailler réellement par jour × 216 jours) et comparez-le à ce que vous percevriez en contrat horaire avec majorations. Négociez une rémunération qui reflète la réalité de votre charge — pas seulement le minimum conventionnel.
Une clause de retour est-elle possible ? Essayez de négocier une clause permettant de revenir à un contrat horaire si le forfait s'avère inadapté — avec un délai de prévenance raisonnable.
Ce que vous pouvez négocier
Points à mettre dans le contrat ou avenant
Un nombre de jours inférieur au plafond (ex. 200 jours) rémunéré au taux du forfait plein — et non proratisé comme un forfait réduit — si votre charge réelle le justifie. Vous travaillez moins de jours dans l'année sans perdre en salaire : c'est la négociation à privilégier à l'embauche.
La mention explicite de l'obligation de suivi mensuel, de la régularité du rythme hebdomadaire, des jours de repos fixes anticipables
Un taux de majoration pour jours supplémentaires supérieur au minimum légal de 15% si vous acceptez le rachat de jours de repos.
Une évaluation conjointe au bout de 6 mois pour faire le point sur la charge réelle — à formaliser par écrit dans le contrat.
Exemple — demander un temps de réflexion avant de signer
À : [responsable ou RH] — Objet : Proposition de passage en forfait jours
Bonjour [prénom],
Merci pour cette proposition. Je vais prendre le temps d'analyser les termes du contrat avant de vous donner ma réponse — notamment les modalités de suivi de la charge et la comparaison avec ma rémunération actuelle.
Pourriez-vous me communiquer l'accord collectif d'entreprise sur le forfait jours, ainsi que le modèle de document de suivi mensuel prévu ? Je reviendrai vers vous d'ici [date].
Bien cordialement,
[prénom]
Vous évaluez une offre d'emploi et vous devez choisir — ou comprendre ce qui vous est proposé. Voici comment comparer les deux modalités sans vous faire surprendre.
Quand le forfait jours peut être avantageux
Le forfait jours peut être un bon choix si — et seulement si — les conditions suivantes sont réunies :
Conditions pour que le forfait jours soit réellement avantageux
Vous aurez une autonomie réelle sur vos horaires — pas de planning imposé heure par heure, liberté d'organisation dans la journée.
La charge est dimensionnée pour des journées de 8 à 9 heures max en moyenne — pas de rendez-vous jusqu'à 19h systématiquement avec comptes rendus en plus.
Le salaire proposé est significativement supérieur à ce que vous percevriez en horaire pour le même volume — vérifiez à partir de 9h/j que l'avantage persiste (voir graphique section 03).
Le suivi de charge est en place : document mensuel, entretien annuel, procédure d'alerte — demandez à voir les documents existants avant de signer.
La culture de la structure respecte l'autonomie — parlez à des collègues en poste, demandez si les vétérinaires partent effectivement à des heures variables selon leur charge.
Les signaux d'alerte à repérer dans l'offre ou l'entretien
Red flags — soyez vigilant·e si vous entendez ou lisez ça
« Tout le monde est au forfait jours ici » — ce n'est pas une garantie que les conditions sont respectées, c'est parfois une façon d'éviter la question.
« On est ouverts de 8h à 20h, vous gérez votre agenda » — si l'agenda est rempli par le logiciel de réservation jusqu'à 19h30, l'autonomie est illusoire.
« Vous avez des RTT en plus » — les JRS sont inclus dans la construction du forfait, ce n'est pas un avantage supplémentaire par rapport à un contrat horaire.
On vous incite fortement à un forfait réduit "pour votre santé" ou "parce que le 216 jours ce n'est pas tenable" — c'est l'employeur·euse qui avoue que la charge de travail est incompatible avec un forfait plein. Son obligation est d'adapter cette charge, pas de vous proposer de travailler moins pour le même résultat et un salaire amputé. C'est un signal sérieux sur la culture de la structure et sa volonté de respecter ses obligations.
Un nombre de jours élevé (210-216) — à 10h/j de moyenne, ça représente ~47h/sem. Vérifiez que la charge réelle est compatible.
Pas de mention du suivi mensuel dans le contrat — demandez qu'il y soit explicitement référencé.
La question à poser systématiquement en entretien
« À quelle heure partent les vétérinaires en moyenne le soir ? »
Si la réponse est vague, évasive, ou si on vous parle de "ça dépend des jours" sans chiffre concret — c'est un signal. Un employeur·euse transparent·e pourra vous dire que les vétérinaires partent généralement entre 18h30 et 19h30 selon les jours. Si la réponse dépasse systématiquement 20h, le forfait jours à journée de 10h+ n'est pas financièrement avantageux par rapport à un contrat horaire.
Vous êtes déjà en forfait jours et vous voulez reprendre la main sur votre situation. Voici les cinq actions concrètes à engager, dans l'ordre.
1 — Faites le bilan de votre situation actuelle
Diagnostic rapide — cochez ce qui s'applique à vous
Je n'ai pas de document de suivi mensuel remis par mon employeur·euse
Je n'ai jamais eu d'entretien annuel spécifique au forfait jours (distinct de l'évaluation)
Mon planning est imposé heure par heure ou mes créneaux sont fixés par la clinique
Je travaille régulièrement plus de 10h par jour sans possibilité de compenser
Je reçois des messages professionnels le soir, le week-end ou pendant mes congés avec une attente de réponse
Mon salaire rapporté à mes heures réelles est inférieur ou égal à ce que je gagnerais en contrat horaire
Si vous avez coché 2 items ou plus, votre forfait jours n'est probablement pas appliqué dans les règles. Contactez la CGT Les Cerisiers pour évaluer vos options.
2 — Commencez à tracer dès maintenant
Installez Kapow (gottcode.org/kapow) ou démarrez un simple carnet de bord. Notez chaque jour vos heures d'arrivée et de départ. Ces données, même sans validation de l'employeur·euse, sont recevables devant les prud'hommes comme éléments d'étayage de votre demande.
3 — Envoyez un email de signalement à chaque dépassement significatif
Voir les exemples en section 09 — le ton est détendu, l'objectif est uniquement de créer une trace datée. Un email par semaine où vous avez dépassé 10h/j suffit pour constituer un dossier solide en quelques mois.
4 — Demandez votre document de suivi et votre entretien annuel
Par email, formulation simple :
Exemple — demander le document de suivi et l'entretien
À : [responsable ou RH] — Objet : Document de suivi forfait jours + entretien annuel
Bonjour [prénom],
Je me permets de revenir sur deux points prévus par notre convention collective dans le cadre de mon forfait jours :
1. Le document de suivi mensuel (art. 67-2 CCN) — je n'en ai pas reçu jusqu'ici. Pourriez-vous me le faire parvenir pour les mois passés et mettre en place la remise mensuelle ?
2. L'entretien annuel spécifique au forfait jours (art. 67-4-8 CCN) — distinct de l'entretien d'évaluation, il doit porter sur ma charge de travail, mon équilibre vie pro/perso et ma rémunération. Pouvons-nous en caler un prochainement ?
Merci d'avance,
[prénom]
5 — Faites-vous accompagner
À qui s'adresser selon la situation
CGT Les Cerisiers — pour analyser votre contrat, évaluer si votre forfait est régulier, préparer une demande de régularisation ou accompagner une procédure prud'homale.
CSE — pour un droit d'alerte collectif si la surcharge touche plusieurs vétérinaires, ou pour solliciter une expertise "risque grave" (art. L.2315-94 C. trav.).
Médecin du travail — à votre initiative, sans en informer votre employeur·euse, pour un suivi de votre état de santé et une évaluation des risques liés à votre charge de travail.
Une question sur votre situation ?
Contactez la CGT Les Cerisiers — nous pouvons analyser votre contrat, vous conseiller sur vos droits et vous accompagner dans vos démarches.
19Ce que la CGT revendique — et les alternatives au forfait jours▾
Le diagnostic est clair : le forfait jours, tel qu'il est appliqué dans notre secteur, désorganise le travail, fragilise la santé, déconnecte la rémunération de la réalité du temps travaillé et prive les salarié·es de leurs droits fondamentaux. Face à ce constat, la CGT S.A.V.E. Les Cerisiers porte cinq axes de revendications — au sein d'IVC Evidensia comme partout ailleurs.
Nos revendications
01 — Rémunération juste et transparente
Ramener le salaire à une base horaire de référence, calculée sur 42 heures hebdomadaires maximum, pour rendre visible la valeur réelle du travail
Exiger la revalorisation des salaires en lien avec les qualifications, la pénibilité et la charge de travail réelle
Mettre fin à la manipulation des grilles salariales qui fausse la comparaison entre rémunération forfaitaire et rémunération horaire
02 — Encadrement du temps de travail
Fixer 42 heures hebdomadaires comme seuil maximal de référence sanitaire, au-delà duquel la charge doit être reconnue comme excessive
Interdire toute organisation dépassant 48 heures par semaine, conformément à la convention collective et à la directive européenne
Refuser l'usage du forfait jours dans les structures où l'autonomie réelle n'existe pas — ce qui concerne la grande majorité des cliniques du groupe
03 — Suivi et contrôle effectif
Mettre en place un suivi individuel obligatoire du temps de travail réel : document de suivi mensuel, auto-déclaration validée, entretien annuel de charge distinct de l'évaluation
Assurer un contrôle collectif par le CSE et les représentant·es du personnel, pour identifier les dérives et imposer des mesures correctrices
Exiger que toute réduction de forfait s'accompagne d'une évaluation de la charge de travail réelle — et non d'une simple baisse de salaire laissée à la charge du·de la salarié·e
04 — Respect du droit et prévention santé
Faire appliquer strictement les dispositions légales et conventionnelles relatives à la durée du travail, aux repos et à la santé au travail
Reconnaître le forfait jours comme facteur de pénibilité lorsqu'il entraîne des dépassements répétés ou des amplitudes excessives
Renforcer la médecine du travail et le suivi spécifique des vétérinaires exposé·es à des horaires longs et atypiques
05 — Alternatives et organisation collective
Promouvoir des alternatives concrètes : passage au temps plein annualisé, au forfait heures, ou à des plannings participatifs garantissant le droit à la déconnexion
Défendre le principe d'une autonomie collective — organisation concertée du travail — plutôt qu'une autonomie individuelle isolée qui déplace la responsabilité sur le·la salarié·e
Ces revendications visent à redonner du sens au travail vétérinaire : un travail de soin, de responsabilité, et de respect de la santé des autres comme de celle·eux qui le pratiquent.
— CGT S.A.V.E. Les Cerisiers, Guide pratique du forfait jours vétérinaire, 2025
Les alternatives au forfait jours prévues par la CCN
Le forfait jours est souvent présenté comme la seule option. En réalité, la convention collective vétérinaire prévoit plusieurs formes d'organisation du travail plus protectrices — adaptées à la réalité clinique et au profil de chaque poste.
Contrat horaire 35–39h
Le cadre le plus protecteur
Travail sur la base légale de 35h, avec possibilité de monter jusqu'à 39h. Les dépassements ponctuels — urgences, chirurgies longues — sont comptabilisés et payés avec majoration. Chaque heure est visible, chaque dépassement est compensé.
✓ Heures supp. majorées dès la 36e heure · ✓ Max 48h/sem · ✓ Repos quotidien et hebdomadaire garantis → Recommandé si votre organisation relève d'un cadre intégré — c'est-à-dire la majorité des postes en clinique
Temps plein annualisé (1 607h)
L'organisation collective par excellence
1 607 heures réparties sur l'année selon les périodes d'activité — plus chargées en haute saison, plus légères en creux. Les périodes sont communiquées en début d'année. Organisation collective nécessitant la consultation du CSE.
✓ Moyenne 35h/sem · ✓ Max 48h sur une semaine · ✓ Chaque dépassement comptabilisé et compensé → Adapté aux structures avec pics saisonniers ou d'urgence · ⚠ Heures 35–42h non payées individuellement mais compensées par semaines plus légères
Forfait en heures (max 1 827h)
L'autonomie avec une référence horaire
Contrat individuel fixant un volume annuel d'heures, avec la même liberté d'organisation que le forfait jours — mais avec un décompte horaire. Les dépassements sont majorés. Contrôle mensuel obligatoire.
✓ Autonomie réelle préservée · ✓ Dépassements visibles et rémunérés · ✓ Max 48h/sem et 12h/jour → Majorations : +15% jusqu'à 1 607h, +25% jusqu'à 1 827h · La meilleure alternative pour les vétérinaires réellement autonomes
Temps partiel choisi
Réduire réellement sa charge
Travailler moins — par exemple 28 à 30h/semaine — dans un cadre stable et suivi. Droits sociaux maintenus au prorata. Uniquement compatible avec les contrats en heures.
✓ Réduction réelle de la charge · ✓ Heures complémentaires majorées · ✓ Droits maintenus au prorata → ⚠ Incompatible avec le forfait jours (Cass. soc., 27 mars 2019, n°16-23.800) — réduire son forfait jours ≠ temps partiel
Forfait jours — pour mémoire
Le seul sans référence horaire — et ses dérives
Décompte en jours, aucune référence horaire. Si l'on cumule les minimums légaux de repos (11h/jour + 36h/sem.), il reste théoriquement jusqu'à 78 heures "travaillables" par semaine. Rien n'empêche de fait l'employeur·euse de saturer les plannings sans surcoût.
✗ Aucun comptage des heures · ✗ Pas de majoration pour dépassements · ✗ Responsabilité de l'auto-régulation sur le·la salarié·e → Ne devrait s'appliquer qu'aux cadres réellement autonomes — ce qui exclut la majorité des postes en clinique
Choisir une organisation basée sur les heures — contrat horaire, annualisation ou forfait heures — c'est garantir un lien clair entre le temps réellement travaillé, la rémunération et la protection de la santé. Pour les vétérinaires, ce n'est pas qu'une question de flexibilité : c'est un choix de santé, de reconnaissance et de préservation de la valeur réelle du travail.
Rejoignez la CGT Les Cerisiers
Se syndiquer, c'est peser collectivement sur les conditions de travail, les salaires et l'application du droit. C'est aussi accéder à un accompagnement individuel en cas de litige.
Cette section rassemble les principales références légales, conventionnelles, syndicales et scientifiques utiles à la compréhension et à la défense de vos droits en forfait jours.
Textes de loi et conventions
Code du travail — art. L.3121-53 à L.3121-66 : forfait annuel en jours (définition, conditions, suivi, entretien)
Code du travail — art. L.3245-1 : prescription des rappels de salaire (3 ans)
Directive européenne 2003/88/CE — Organisation du temps de travail : repos quotidien, hebdomadaire, durée maximale
Convention collective nationale des établissements de soins vétérinaires (signée 24 juin 2025, applicable au 1er janv. 2027) — art. 20 (durées max), art. 65–67-4 (forfait jours : autonomie, suivi, entretien, document de suivi, information CSE)
Avenant n°91 du 6 janvier 2026 — Grille des salaires minimums conventionnels (SNVEL)
Accord-cadre européen sur le stress au travail (2004)
ANI du 19 juin 2013 sur la qualité de vie au travail et l'égalité professionnelle
Décret n°2020-435 du 16 avril 2020 — Activité partielle pour les salarié·es au forfait jours (référence horaire imposée par l'État)
Note de transparence
Ce guide a été mis en forme avec l'assistance de Claude (Anthropic), sur la base de notre travail à partir des sources juridiques, conventionnelles et syndicales citées. Toutes les données chiffrées ont été vérifiées contre les documents sources. Le contenu éditorial, les positions syndicales et les analyses sont ceux de la CGT S.A.V.E. Les Cerisiers.
Gaz anesthésiques en clinique vétérinaire — CGT Les Cerisiers
CGT Les Cerisiers — Santé au travail
Gaz anesthésiques en clinique vétérinaire : ce que les salarié·es doivent savoir sur les risques d’exposition à l’isoflurane
L’isoflurane est utilisé quotidiennement dans les blocs opératoires vétérinaires. Ses effets sur la santé sont documentés depuis des années. Pourtant, dans de nombreuses structures, les mesures de protection restent insuffisantes — voire absentes.
01 Ce qui s’est passé dans une clinique des Cerisiers (groupe IVC Evidensia)
Depuis longtemps, les salarié·es alertent sur des maux de tête chroniques, des fausses couches à répétition pour l’une d’entre elles, et plusieurs cas de cancer dans l’équipe.
En janvier 2026, la société NATEO Santé (préstataire privé) réalise des prélèvements atmosphériques dans les blocs.
×6
Des pics à 12 ppm d’isoflurane relevés dans l’air ambiant — pour un seuil réglementaire fixé à 2 ppm. Circulaire DGS/3A/667bis du 10 octobre 1985
Ces résultats ne sont pas transmis aux salarié·es. Le rapport écrit n’est communiqué que plusieurs semaines après, sans explication claire sur les risques. La direction locale en a connaissance — et choisit de ne pas informer les salarié·es.
Pire : un rapport de la CRAMIF datant de 2021 existait déjà, identifiant des problèmes similaires. Il n’avait jamais été transmis aux salarié·es, ni aux équipes du groupe IVC Evidensia.
C’est une élue du CSE qui tire finalement la sonnette d’alarme, suite aux plaintes répétées des salarié·es et à l’absence de réponses de la direction.
Ce n’est qu’en mai 2026 — quatre mois plus tard — et sous pression, que les équipes du groupe contraignent la direction locale et s’emparent enfin du problème : la machine défectueuse, à l’origine de microfuites dans le circuit, est identifiée et réparée le 20 mai.
Des actions sont enfin en cours : devis pour des masques de protection et une VMC, adaptation de la cage d’induction, sollicitation de la CRAMIF pour des prélèvements élargis. Une étude en partenariat avec l’INRS sur l’exposition aux gaz anesthésiques dans les cliniques vétérinaires a même été lancée.
02 Ce que la science dit
Un problème documenté, pas nouveau
La CRAMIF a conduit entre 2019 et 2022 la campagne de mesures la plus complète à ce jour dans le secteur vétérinaire français, publiée dans Hygiène & Sécurité du travail (n°273, décembre 2023). Elle a porté sur vingt établissements en Île-de-France, dont trois centres hospitaliers vétérinaires.
Salles d’opération — Vétérinaires
5 ppm
médiane voies respiratoires (max : 17,4 ppm)
Salles d’opération — ASV
2,15 ppm
médiane voies respiratoires
Salles de préparation
8 ppm
sur plus de 3h en ambiance (pic 17,8 ppm)
Salles de réveil
5,4 ppm
maximum mesuré en ambiance
Lorsque la concentration médiane dépasse la norme de 2 ppm, cela signifie qu’au moins 50 % du personnel concerné y est exposé au-dessus de cette limite.
Sur les 61 salles d’opération, de préparation et de réveil étudiées, seules trois étaient conformes aux recommandations de renouvellement d’air. Dans 22 % des cas, les salles d’opération n’avaient aucune ventilation mécanique.
Ce que l’isoflurane fait à l’organisme
Effets aigus documentés
Irritation respiratoire et oculaire
Céphalées, nausées, vertiges
Effets anesthésiques en cas d’exposition importante (fuites, renversements, déconnexions)
Effets chroniques démontrés
Troubles de l’humeur, perte d’appétit, fatigue persistante
Céphalées chroniques
Troubles de la mémoire, de l’attention et de l’exécution motrice
Effets sur la reproduction
Fœtotoxicité établie sur modèles animaux (INRS)
Corrélation avec le risque accru de fausses couches documentée dans la littérature scientifique internationale, notamment par les instances québécoises (INSPQ)
Causalité directe chez l’humain difficile à isoler en raison de la polyexposition, mais le risque est reconnu
Effets hépatiques et cancérigènes
Toxicité hépatique et lien avec les cancers non démontrés à ce jour, mais activement étudiés
L’isoflurane est étrangement classé non CMR en l’état actuel des connaissances
Les instances officielles françaises concluent néanmoins à un « effet nocif probable des gaz anesthésiques », en contradiction avec cette classification
Un cadre réglementaire insuffisant
Il n’existe pas de valeur limite d’exposition professionnelle (VLEP) réglementaire contraignante en France pour l’isoflurane. La référence de 2 ppm est issue d’une circulaire de 1985 — une recommandation, pas une obligation légale opposable.
À titre de comparaison : l’Allemagne, la Norvège et le Canada (Ontario) ont adopté une VLEP-8h de 2 ppm. La Finlande, la Suisse, l’Autriche et la Suède ont retenu 10 ppm.
L’obligation de l’employeur reste néanmoins réelle : l’art. L.4121-1 impose des mesures de protection de la santé, et l’art. R.4222-12 impose la suppression ou le captage à la source des émissions dangereuses. Une salle d’anesthésie est légalement un local à pollution spécifique soumis à des obligations de ventilation renforcées.
03 Faire réaliser des mesures : à qui s’adresser
CRAMIF — Île-de-France
Prélèvements atmosphériques, mesures en temps réel, évaluation de la ventilation, recommandations de prévention.
Saisine directe par les salarié·es ou le CSE. Peut prescrire des mesures et ordonner l’arrêt des travaux en cas de danger grave.
Médecin du travail
Inscription au DMST indispensable pour toute reconnaissance ultérieure en maladie professionnelle. Peut solliciter des mesures d’exposition.
La demande de mesures peut être formulée par l’employeur, mais aussi — et c’est fondamental — par les représentant·es du personnel via le CSE. Un CSE qui inscrit ce point à l’ordre du jour et formule une demande écrite crée une obligation de traçabilité et renforce la pression sur la direction.
Mesures techniques minimales à exiger
Sur la base des recommandations de la CRAMIF (NT 111 & NT 112, 2023) et de l’AFVAC/ECOVETO :
Test d’étanchéité du circuit anesthésique avant chaque procédure
Maintenance annuelle de la cuve anesthésique par un prestataire compétent
Pesée quotidienne des cartouches de charbon actif avec traçabilité — une cartouche non pesée peut être saturée sans qu’on le sache
VMC assurant un renouvellement d’air d’au moins 15 volumes/heure en salle de chirurgie et de préparation, et 5 à 10 volumes dans les autres locaux
Système SEGA (évacuation active des gaz) avec rejet vers l’extérieur, et non vers le local
Remplissage de cuve avec dispositif de transfert sécurisé et étanche, en dehors des périodes d’activité
Abandon de l’induction en cage ou adaptation avec captage actif des gaz halogénés
Intubation systématique chaque fois que c’est techniquement possible, plutôt que l’utilisation du masque
04 Se protéger : le droit de retrait
Droit de retrait — art. L4131-1 du Code du travail
Vous pouvez quitter votre poste si vous avez un motif raisonnable de penser que votre vie ou votre santé est en danger — y compris en cas de défectuosité des systèmes de protection.
Pas besoin de certitude. Le doute raisonnable suffit.
Même si le danger s’avère infondé après vérification, un doute raisonnable exercé de bonne foi vous protège de toute sanction. Votre seule obligation : alerter immédiatement votre supérieur·e et vos collègues.
Vos élu·es CSE peuvent déclencher une alerte formelle qui oblige la direction à consigner sa réponse et à agir en urgence.
Dans votre clinique aussi ?
Maux de tête fréquents après les blocs ? Collègues malades ? Circuits non vérifiés ? Absence de ventilation ? Système de remplissage avec vapeurs qui s’échappent ? Ne laissez pas le doute s’installer.
Parlez-en à vos élu·es CSE ou vos délégué·es CGT. Tout signalement est confidentiel.
05 Pourquoi s’organiser : le syndicat comme outil de santé au travail
Ce qui s’est passé dans l’une des cliniques des Cerisiers n’est pas un cas isolé. La campagne CRAMIF de 2019-2022 l’a démontré sur vingt établissements en Île-de-France : les problèmes de ventilation insuffisante, de cartouches saturées, de circuits défectueux, de rapports non transmis — c’est la norme, pas l’exception.
Face à cette réalité, une salarié·e seule face à son employeur est dans une position structurellement défavorable. Elle dépend de lui pour son salaire, son planning, son renouvellement de contrat. Insister l’expose rapidement à une mise à l’écart, une dégradation de ses conditions de travail, voire des mesures de rétorsion.
Mutualiser les connaissances et les expériences
Une salarié·e qui se plaint de maux de tête, c’est une plainte individuelle. Dix salarié·es dans dix cliniques qui font le même constat, c’est une donnée épidémiologique. La CGT peut agréger ces signaux et les transformer en levier de négociation.
Dégager du temps et des ressources
Comprendre ce que signifie 12 ppm d’isoflurane, savoir comment solliciter la CRAMIF, connaître l’art. R.4222-12 : tout cela prend du temps et de la formation. Un·e élu·e syndical·e formé·e peut mettre ces connaissances au service de toute une équipe.
Créer un rapport de force
Une direction peut ignorer une plainte individuelle, classer un rapport, retarder un devis. Il est beaucoup plus difficile d’ignorer une alerte formelle au CSE, une demande écrite à la CARSAT, un droit d’alerte danger grave et imminent dûment consigné.
Rompre l’isolement et la censure
Dans une relation de travail non organisée, l’information sur les risques circule mal — comme l’illustre le rapport CRAMIF 2021 qui a dormi dans un tiroir pendant cinq ans. L’organisation syndicale crée les conditions d’une circulation horizontale de l’information, indépendante de la hiérarchie.
La santé au travail n’est pas un sujet technique réservé aux médecins du travail. La santé n’est pas un domaine strictement personnel — elle est intimement liée aux conditions de travail. C’est un enjeu politique, au sens propre : il s’agit de décider collectivement des conditions dans lesquelles on accepte — ou on refuse — de travailler.
S’organiser, c’est refuser que la santé des salarié·es reste une variable d’ajustement.
Sources
CRAMIF — Exposition aux anesthésiants volatils dans les établissements de soins vétérinaires : enjeux de prévention. Hygiène & Sécurité du travail, n°273, déc. 2023 (NT 111, pp. 47-58)
CRAMIF — Exposition aux anesthésiants volatils : campagne de mesures en Île-de-France. Hygiène & Sécurité du travail, n°273, déc. 2023 (NT 112, pp. 60-72)
AFVAC/ECOVETO — Anesthésie volatile : exposition professionnelle à l’isoflurane (poster, en concertation avec la CRAMIF)
Circulaire DGS/3A/667bis du 10 octobre 1985 (seuil réglementaire 2 ppm)
INSPQ Québec — Toxicologie clinique : exposition professionnelle aux gaz anesthésiques pour inhalation
INRS — Principes généraux de ventilation (ED 695, 2022)
INRS — Le dossier d’installation de ventilation (ED 6008, 2023)
NOTE DE TRANSPARENCE
Les faits, données et sources cités dans cet article sont issus de documents officiels (CRAMIF, INRS, AFVAC) et de la situation réelle vécue à la clinique des Cerisiers. La mise en forme, la structuration et certaines formulations rédactionnelles ont été produites avec l’assistance de l’IA Claude (Anthropic), sous le contrôle et la validation des militant·es CGT Les Cerisiers.
Droit de retrait : ce que tout·e ASV et vétérinaire doit savoir
Face à un danger grave et imminent — fuite d’anesthésique, agression, rodeur en garde de nuit — chaque salarié·e peut quitter son poste sans risquer de sanction ni de retenue sur salaire. Tour d’horizon de ce droit fondamental, appliqué aux réalités du secteur vétérinaire.
Qu’est-ce que le droit de retrait ?
Le droit de retrait permet à tout·e salarié·e de quitter son poste dès lors qu’il ou elle a un motif raisonnable de penser qu’une situation présente un danger grave et imminent pour sa vie ou sa santé art. L. 4131-1 C. trav.. Il n’est pas nécessaire de prouver que le danger s’est déjà concrétisé, ni que l’employeur a enfreint une règle précise. Ce qui compte, c’est la perception légitime du risque au moment où le ou la salarié·e prend sa décision.
Le droit de retrait dépasse les risques ordinaires du métier. Un bloc chirurgical est par nature un environnement technique et exigeant — mais ce n’est pas suffisant pour le justifier. En revanche, une situation anormale, imprévisible, qui excède les conditions habituelles d’exercice, peut pleinement le fonder.
Trois situations concrètes dans nos cliniques
Situation 1 — Fuite d’isoflurane au bloc opératoire
Des mesures réalisées dans une clinique vétérinaire ont révélé des concentrations en isoflurane atteignant 12 ppm, soit six fois le seuil réglementaire de 2 ppm. Céphalées, nausées, vertiges, risques sur la fertilité et la grossesse : les effets sont documentés et graves. Une ASV ou un·e vétérinaire contraint·e d’intervenir dans un bloc dont le circuit évacuateur est défectueux dispose d’un motif raisonnable d’exercer son droit de retrait — en particulier si les alertes adressées à l’employeur sont restées sans réponse. La jurisprudence a reconnu ce droit à un salarié dont l’état de santé lui interdisait de travailler en présence d’irritants respiratoires, attesté par le médecin du travail Cass. soc. 20 mars 1996.
À noter : le droit de retrait peut aussi s’exercer de manière différée — il est possible d’en annoncer l’exercice avant même de reprendre le poste, si le danger est prévisible à la date du retour Cass. soc. 11 juin 2025.
Situation 2 — Agression d’un·e client·e en clinique
Un·e client·e en état d’agitation violente menace physiquement le personnel de l’accueil ou de la salle de soins. La situation est sérieuse, l’urgence à réagir réelle. Les salarié·es présent·es peuvent légitimement se retirer et alerter immédiatement l’employeur. Si la personne n’a pas quitté les lieux, le danger reste actif et le droit de retrait demeure fondé — y compris pour les collègues qui prennent leur poste dans les heures suivantes. La jurisprudence a reconnu ce principe dans un cas où des agresseurs non interpellés représentaient toujours une menace sur la zone de travail du personnel Cass. soc. 22 oct. 2008.
Situation 3 — Rodeur autour de la clinique, vétérinaire de garde appelé·e sur place
Une vétérinaire de garde est convoquée seule à la clinique en pleine nuit. Des individus inconnus rôdent autour des locaux. Elle a un motif raisonnable de craindre pour sa sécurité physique. Elle peut refuser de se rendre isolément sur place et en informer immédiatement l’employeur, qui est tenu de prendre les mesures nécessaires avant d’exiger sa présence. Attention il reste impératif pour elle de rester à la disposition de l’employeur, afin de pouvoir reprendre son poste dès que le danger est écarté.
Comment exercer son droit de retrait ?
Aucune procédure formelle n’est imposée par la loi. Nul besoin d’autorisation préalable de l’employeur. Toute clause du règlement intérieur exigeant un écrit préalable est illicite Cass. soc. 28 mai 2008. En pratique cependant, il est vivement conseillé de :
informer clairement l’employeur ou son représentant de la situation et de l’exercice du droit de retrait ;
conserver une trace écrite — SMS, e-mail, message daté — décrivant le danger constaté ou supposé ;
alerter les représentant·es du personnel et/ou les élu·es du CSE, qui peuvent déclencher une alerte pour danger grave et imminent et contraindre l’employeur à mener une enquête art. L. 4132-2 C. trav.. C’est particulièrement important si la nature du danger n’est pas de nature à être résolu rapidement, ou en cas de minimisation de la Direction.
Le ou la salarié·e doit rester à la disposition de l’employeur dans l’attente que les mesures de sécurité soient mises en place. Le droit de retrait n’est pas un droit à vaquer librement à ses occupations personnelles.
Le rôle clé des représentant·es du personnel
Signalez toujours la situation à vos élu·es CSE. Ils et elles peuvent déclencher une « alerte DGI » qui oblige l’employeur à agir, faire appel à un expert habilité, et protéger juridiquement le ou la salarié·e en cas de contentieux ultérieur. En cas de désaccord persistant entre le CSE et l’employeur, l’inspection du travail doit être saisie immédiatement art. L. 4232-4 C. trav..
Quelles protections pour le ou la salarié·e ?
Pas de retenue sur salaire. Lorsque le droit de retrait est exercé dans les conditions légales, la rémunération est maintenue intégralement, comme si le travail avait été effectué art. L. 4131-3 C. trav..
Pas de sanction possible. Toute mesure disciplinaire prise à la suite d’un droit de retrait exercé de bonne foi est interdite. Un licenciement prononcé pour ce motif est frappé de nullité Cass. soc. 28 janv. 2009 ; Cass. soc. 25 nov. 2015. Le ou la salarié·e a droit à réintégration et récupération des salaires non versés.
Faute inexcusable de l’employeur. Si un accident du travail ou une maladie professionnelle survient après qu’une alerte a été ignorée, la faute inexcusable de l’employeur est automatiquement retenue, ouvrant droit à une majoration de rente et à la réparation intégrale des préjudices art. L. 4131-4 C. trav..
Attention : exercice abusif
Un droit de retrait injustifié expose à une retenue sur salaire et, en cas de refus de reprise sans motif valable, à un licenciement pour faute grave Cass. soc. 20 déc. 2017 ; Cass. soc. 22 mai 2024. C’est pourquoi il est indispensable de documenter le danger constaté et d’alerter sans délai l’employeur et les représentant·es du personnel.
L’obligation de sécurité de l’employeur
L’employeur est légalement tenu d’assurer la sécurité et de protéger la santé physique et mentale de ses salarié·es art. L. 4121-1 C. trav.. Il ne peut pas exiger la reprise du travail tant que le danger n’est pas éliminé art. L. 4131-1 C. trav.. Face à une alerte DGI, il doit agir immédiatement et permettre aux salarié·es de quitter leur poste pour se mettre en sécurité art. L. 4132-5 C. trav..
Dans le secteur vétérinaire, cela signifie concrètement : réparer sans délai les équipements d’évacuation des gaz anesthésiques, garantir des conditions de garde sécurisées, et prendre au sérieux toute alerte émanant du personnel ou des instances représentatives — y compris lorsqu’elle concerne des faits de harcèlement, de management toxique, ou tout autre situation particulièrement graves de risques psycho-sociax.
Article rédigé à partir du droit positif en vigueur (Code du travail, jurisprudence de la Cour de cassation), adapté aux métiers du secteur vétérinaire à partir de : « Le droit de retrait », Mélanie Carles, Revue Pratique de Droit Social (RPDS), n° 972, mai 2026. Mise en forme et reformulations réalisées avec l’assistance d’outil d’intelligence artificielle Claude (Anthropic), sous le contrôle et en assurant une relecture complète de la team éditoriale CGT Les cerisiers. Pour toute situation spécifique, contactez votre représentant·e syndical·e CGT ou l’inspection du travail de votre département.
La grossesse et la maternité ouvrent droit à de nombreuses protections légales et conventionnelles pour les salariées des établissements vétérinaires : protection contre le licenciement, autorisations d’absence, aménagement du poste, congé maternité, retour au travail… Retrouve dans ce guide pratiquel’ensemble des droits applicables, de l’annonce de la grossesse jusqu’au retour dans l’entreprise
Faut-il informer ton employeur ?Rien d’obligatoire.
Une salariée enceinte n’a pas l’obligation d’informer son employeur de son état de grossesse. Si elle le souhaite, elle peut le révéler à tout moment à son employeur. Tu peux l’informer par écrit ou verbalement. Lors de cette information, l’état de grossesse devra être justifié par un certificat médical.
Le SNVEL, via TEMA-VET, recommande d’informer rapidement son employeur en gardant à l’esprit que «l’annonce d’une grossesse a de fortes implications sur la réorganisation du travail dans une structure vétérinaire ». C’est son rôle de syndicat patronal, et c’est loin d’être neutre.
Rappelons l’évidence : l’annonce d’une grossesse a d’abord et surtout de fortes implications sur ta vie — personnelle, professionnelle, physique, et émotionnelle. Et quel que soit le profil de ton employeur, homme ou femme, la réaction initiale est souvent teintée d’une pensée du type « ça ne va pas m’arranger ». Ce n’est pas toujours de la malveillance consciente — c’est le reflet d’un système dans lequel l’inégalité femmes-hommes au travail reste structurelle, en termes de carrière comme de rémunération, malgré les avancées réelles des dernières décennies. Connaître tes droits, c’est te donner les moyens de ne pas les laisser rogner — consciemment ou non — par des réflexes organisationnels qui priorisent la rentabilité de l’entreprise sur le bien-être des travailleuses. C’est précisément l’utilité de cet article, et l’un des combat de la CGT.
Mais pourquoi ne pas l’informer de suite ?
Tu peux ne pas souhaiter l’informer de suite pour plusieurs raisons :
Si tu souhaites garder cette information pour ta vie privée, car c’est ton droit.
Si tu es en CDD ou en période d’essai, tu pourrais subir une discrimination qu’il peut être difficile de contester par la suite, même si tu es théoriquement « protégée », la réalité n’est pas toujours si simple.
Si tu attends la validation d’une augmentation, d’une formation, ou tout autre avantage, sache que l’employeur à naturellement tendance à repousser tout ça une fois mis au courant : attend que ce soit écrit noir sur blanc avant de l’en informer.
Attention quand même, l’annoncer devient nécessairepour bénéficier des droits légaux et conventionnels liés à ta grossesse (voir ci-dessous). Tu dois pour en bénéficier avoir informé ton employeur et fourni le certificat médical. Tu reste dans tous les cas obligée de l’annoncer avant ton départ en congé maternité.
Dès l’annonce de la grossesse : une protection immédiate contre le licenciement
Dès lors que ta grossesse est médicalement constatée, tu bénéficies d’une protection forte : ton employeur ne peut plus te licencier. Cette protection s’étend ensuite pendant toute la durée du congé maternité, et se prolonge encore plusieurs semaines après.
Sous les CC actuelles (vétérinaires praticiens, article 47 ; ASV, article 40) : la protection dure jusqu’à 4 semaines après la fin du congé maternité.
Sous la nouvelle CC 2027 (article 57) : cette protection est étendue à 10 semaines après la fin du congé maternité — soit plus du double. C’est une avancée significative pour les salariées.
L’exception reste la « faute grave non liée à la grossesse« . Mais en dehors de ce cas très spécifique, ton emploi est protégé.
Si tu es en période d’essai ?
Dans un arrêt du 25 mars 2026, la Cour de cassation a jugé que, dans le cas où la rupture de la période d’essai intervient alors que l’employeur était informé de l’état de grossesse de la salariée, « il lui appartient d’établir que sa décision est justifiée par des éléments sans lien avec l’état de grossesse », et non à la salariée d’établir des éléments de fait laissant supposer l’existence d’une discrimination directe ou indirecte. (Cass. Soc. , 25 mars 2026, n° 24-14. 788)
Et si tu n’as pas déclaré ta grossesse et qu’on t’apprend ton licenciement : es-tu aussi protégée ? OUI
Oui, car tu as alors 15 jours pour informer ton employeur par un certificat et le licenciement sera automatiquement annulé (Article L1225-5 du Code du Travail). Attention, il faut envoyer ce certificat par courrier recommandé avec accusé de réception. (Article R1225-2 du Code du Travail)
Les examens médicaux : du temps dédié et pas de retenue sur salaire
Durant toute ta grossesse et après l’accouchement, tu as droit à des absences rémunérées pour te rendre aux examens médicaux obligatoires, temps de trajet et consultation incluse (échographies, consultations de suivi, etc.). Ces absences ne réduisent pas ta rémunération, et sont comptées comme du temps de travail effectif pour le calcul de tes congés payés et de ton ancienneté. En pratique tu devras simplement demander lors de chaque consultation une attestation pour ton employeur.
Rappel des examens dit obligatoires au sens de l’article L. 2122-1 ouvrant droit à ces absences :
Sept pendant la grossesse : Le premier examen médical prénatal doit avoir lieu avant la fin du troisième mois de grossesse, les autres examens doivent avoir une périodicité mensuelle à partir du premier jour du quatrième mois et jusqu’à l’accouchement. (Code de santé public – Article R2122-1)
Un examen médical postnatal doit être obligatoirement effectué dans les huit semaines qui suivent l’accouchement. (Code de santé public – Article R2122-3)
Et pour les vétérinaires au forfait jours?
Si tu es vétérinaire salariée sous convention de forfait jours, tu bénéficies exactement des mêmes droits. Et même davantage de souplesse pour les exercer.
Le forfait jours reconnaît que tu organises ton emploi du temps en autonomie (oui oui). Cette autonomie dans l’organisation de ton travail, combinée à ton droit absolu à ces absences rémunérées, signifie concrètement que tu as toute légitimité à bloquer du temps sur ton planning pour te rendre à tes examens, sans aucune obligation de compenser ce temps ni de le « récupérer ». Ce ne sont pas des heures « prises » sur ton quota de jours travaillés : ce sont des absences assimilées à du travail effectif, protégées par la loi et les conventions collectives.
En pratique donc, prévois systématiquement ces rendez-vous sur ton temps de travail, et non en dehors. C’est ton droit, et c’est important de le faire valoir. Car au-delà des 8 examens obligatoires, une grossesse implique dans la réalité un nombre bien plus important de rendez-vous médicaux : consultations spécialisées, examens complémentaires, séances de préparation à l’accouchement, et tant d’autres. Même si seuls les examens légalement obligatoires ouvrent droit à l’absence rémunérée garantie, l’accumulation de tous ces rendez-vous sur plusieurs mois est significative et pèse sur ton quotidien et ta charge mentale — et les planifier sur ton temps de travail est non seulement ton droit pour les examens obligatoires, mais aussi une nécessité pratique pour ne pas sacrifier ta vie personnelle tout au long de la grossesse.
(Source : CC vétérinaires praticiens, article 44 ; CC ASV, article 38 ; CC 2027, article 53 — pour les forfaits jours vétérinaires : CC vétérinaires praticiens, articles 56-58 ; CC 2027, articles 65-67)
Si tu travailles de nuit : un droit automatique au passage de jour
Si ton poste est un poste de nuit, tu peux demander à être affectée à un poste de jour pendant toute la durée de ta grossesse et du congé légal postnatal. Si le médecin du travail constate par écrit que le poste de nuit est incompatible avec ton état, ce transfert de jour peut être prolongé d’un mois supplémentaire. Ce changement ne peut entraîner aucune réduction de salaire (tu gardes le salaire correspondant à tes nuits).
Si l’employeur ne peut pas proposer de poste de jour, ton contrat est simplement suspendu, et tu continues à percevoir une rémunération (Sécurité sociale + complément employeur).
(Source : CC vétérinaires praticiens, article 29 ; CC ASV, article 21)
Et qu’en est-il des astreintes et gardes de nuit ?
L’astreinte ou la garde n’est pas considérée comme un poste de nuit à proprement parlé car ponctuel. Il n’ouvre pas droit à un passage de jour automatique. Néanmoins il est facile de l’imposer, le travail de nuit étant clairement identifié par l’INRS comme un facteur de risque sur ta santé et particulièrement sur celle du bébé. Contacte le médecin du travail qui pourra écrire que que ton état de santé ne te permet pas de maintenir cette activité d’astreinte.
L’employeur a l’obligation de maintenir ses primes telles que la prime d’astreinte. Tu ne dois donc pas perdre en salaire du fait de la disparition de ces astreintes !
Aménagement de poste pendant la grossesse : tes droits, les pièges à éviter
Puis-je demander un aménagement de poste ?
Oui, et dans plusieurs situations. Un aménagement de ton poste de travail peut être demandé ou doit être proposé par ton employeur dans trois cas :
Ton état de santé le justifie (fatigue, douleurs, contre-indications médicales)
Tu travailles de nuit (voir la section dédiée plus haut dans cet article)
Tu es exposée à des risques particuliers listés par la réglementation
Sur ce dernier point, la liste des situations interdisant d’employer une femme enceinte est précise : exposition aux rayonnements ionisants, à certains produits toxiques pour la reproduction ou cancérogènes, au plomb, au benzène, à la rubéole ou toxoplasmose en l’absence d’immunité, aux milieux hyperbares, ou encore l’utilisation d’engins vibrants type marteau-piqueur et le transport de charges avec un diable. Dans tous ces cas, l’employeur doit te proposer un autre poste compatible avec ton état, après avis du médecin du travail, sans réduction de salaire.
Par ailleurs, la réglementation prévoit que toutes les femmes enceintes doivent pouvoir se reposer en position allongée dans des conditions convenables — une disposition souvent méconnue mais applicable dans toute structure.
(Source : service-public.fr, mis à jour le 06/06/2025)
Mon employeur peut-il m’imposer un changement de poste si je ne suis pas exposée à ces risques ?
C’est une question importante, et la réponse est non — du moins pas sans ton accord.
Si tu travailles sur un poste chirurgical, par exemple, et que tu n’es pas directement exposée à l’un des risques listés ci-dessus (rayonnements, produits toxiques, etc.), ton employeur ne peut pas t’imposer unilatéralement de passer à un poste d’accueil ou administratif qui ne te convient pas. L’aménagement de poste est une mesure de protection, pas un outil pour te réaffecter selon les convenances de la structure.
Ce type de situation reste fréquent. Sous couvert de “protection” ou de “bienveillance”, certain·es employeur·ses peuvent être tenté·es de privilégier des solutions qui leur simplifient la gestion : éviter d’adapter le poste existant, limiter les contraintes liées aux absences, voire utiliser le changement de poste comme moyen de pression implicite sur la salariée. Des situations de ce type ont déjà été rapportées.
La loi prévoit bien la possibilité d’une affectation temporaire à un autre poste, mais celle-ci doit :
être motivée par une exposition à des risques précisément identifiés ou par un avis écrit du médecin du travail,
ne pas entraîner de diminution de ta rémunération,
et dans tous les cas, ne peut pas te pénaliser dans tes conditions de travail sans base médicale ou réglementaire.
En pratique : si ton employeur souhaite modifier ton poste au motif de ta grossesse, sans que le médecin du travail ait identifié d’incompatibilité et sans que tu sois exposée à un risque réglementaire, il sort du cadre légal. Tu es en droit de refuser ce changement. Si tu te retrouves dans cette situation, il est conseillé de demander un rendez-vous avec le médecin du travail : son avis écrit est la pièce centrale de toute décision d’aménagement, et il constitue aussi ta meilleure protection si un désaccord survient avec ton employeur.
Si l’employeur veut te changer de poste, il doit recueillir ton consentement et l’avis du médecin du travail !
Nos recommandations en pratiques :
Commence par identifier les tâches qui te fatiguent, qui comportent un risque ou qui te semblent incompatibles avec ta grossesse. L’objectif est d’abord d’obtenir des aménagements dans ton poste actuel — alléger ta charge, modifier certaines tâches — non de te voir proposer un autre poste si tu ne le souhaites pas. Si tu travailles de nuit, même ponctuellement en garde ou astreinte, essaie d’en sortir le plus tôt possible. Les rythmes décalés et le travail nocturne sont clairement identifiés comme des facteurs de risque pour ta santé et celle du bébé — ne sacrifie pas ta grossesse à l’organisation du planning. Niveau rémunération souviens toi que tu ne dois pas perdre en salaire ! Si tu bénéficiais d’un complément confortable grâce à ces gardes, tu peux les faire maintenir sur la base d’une moyenne des mois précédents.
Avant de parler à ton employeur, contacte ton syndicat pour faire le point sur ta situation et préparer ta demande. Puis aborde le sujet avec ton manager ou directeur de clinique en arrivant avec tes propres propositions d’adaptation : c’est toujours plus efficace que d’attendre les siennes.
En cas de désaccord ou si tu n’es pas entendue, le CSE et ton syndicat peuvent appuyer ta demande. Tu peux également contacter le médecin du travail pour lui faire part des difficultés. À ce stade cependant, sauf si un risque officiel de la liste du Code du travail est clairement identifié sur ton poste, ne lui demande pas encore de formaliser une demande d’aménagement officielle : cela ouvre la porte à un changement de poste ou une suspension de contrat, alors que l’objectif reste d’adapter ton poste actuel.
Si le désaccord persiste, le médecin du travail pourra alors intervenir plus formellement pour imposer un aménagement. Mais attention : seul, il se contente souvent d’un changement de poste, faute de connaître suffisamment la réalité des métiers vétérinaires et ASV et les vraies marges d’adaptation qui existent. C’est là que le CSE et les syndicats jouent un rôle clé : ils peuvent orienter ses recommandations, documenter ce qui est faisable concrètement, et s’assurer que l’effort d’aménagement est réellement fait — plutôt que de te voir mise à l’écart avec une solution de facilité.
Cas particulier de la toxoplasmose en clinique vétérinaire
La toxoplasmose mérite une attention particulière, mais sans dramatiser. Contrairement aux idées reçues, travailler au contact des chats ne représente pas en soi un risque majeur de contamination par rapport à la population générale — le risque principal reste alimentaire (viande mal cuite, légumes mal lavés). En milieu vétérinaire, les situations réellement à risque sont plus ciblées : le contact de mains souillées portées à la bouche après manipulation de litières ou de surfaces contaminées par des selles de jeunes chats, et plus exceptionnellement, une inoculation accidentelle lors d’autopsie ou via le vaccin vivant atténué pour ovins.
Si tu es séronégative, les mesures à mettre en place sont d’abord des mesures d’hygiène renforcées accessibles à toute l’équipe : gants systématiques, lavage fréquent des mains, séparation stricte des zones de travail et de restauration, nettoyage quotidien des litières (les ookystes ne deviennent contaminants qu’après 24h de maturation — un nettoyage quotidien suffit à neutraliser le risque). Ces mesures bénéficient d’ailleurs à toute la structure, pas seulement aux femmes enceintes.
En termes d’aménagement de poste, la recommandation est simple et proportionnée : éviter de confier le nettoyage des litières à une salariée enceinte séronégative, comme on écarte déjà naturellement une femme enceinte de la contention en salle de radiologie. C’est un ajustement mineur, pas une réorganisation totale du poste. Dans la grande majorité des cas, aucun changement de poste ni arrêt de travail n’est nécessaire — la grossesse en clinique vétérinaire est tout à fait compatible avec la poursuite de l’activité, moyennant ces précautions de bon sens.
(Dr Florence Jégou, médecin du travail MSA 49, conférence AFVAC Bordeaux, novembre 2021, ESCCAP)
Le congé maternité : combien de semaines ? Quand ?
La durée du congé dépend de ta situation familiale :
1er ou 2ème enfant : 16 semaines au total (6 semaines avant, 10 semaines après l’accouchement)
3ème enfant ou plus, ou si tu as déjà au moins 2 enfants à charge : 26 semaines au total (8 semaines avant, 18 semaines après)
Vous pouvez demander à avancer le début de votre congé prénatal dans les conditions suivantes :
soit en cas de naissance d’un 3e enfant, dans la limite de 2 semaines
soit en cas de naissances multiples, dans la limite de 4 semaines.
Si le congé prénatal est avancé, le congé postnatal est réduit de la même durée. Pour avancer une partie de votre congé prénatal, vous devez obtenir l’avis favorable du professionnel de santé qui suit votre grossesse.
Il est possible de reporter jusqu’à 3 semaines le congé maternité prénatal vers le congé postnatal. Pour cela, il faut envoyer à la caisse d’assurance maladie :
une demande de report du congé maternité ;
un certificat médical confirmant que l’état de santé permet de continuer à travailler avant l’accouchement.
La demande doit être faite au plus tard la veille du début initial du congé prénatal. L’accord de l’employeur n’est pas nécessaire.
Remarque : Il est interdit de travailler pendant une période de 8 semaines autour de l’accouchement, dont au moins 6 semaines après celui-ci. Cette règle protège ta santé : même si tu le souhaitais, tu ne peux pas renoncer à cette période.
Congé supplémentaire en cas de grossesse pathologique
En cas de maladie due à votre grossesse ou aux suites de votre accouchement, la durée de votre congé de maternité est augmentée dans les limites suivantes :
2 semaines avant la date présumée de l’accouchement,
4 semaines après l’accouchement.
Votre demande doit être transmise à l’assurance maladie et accompagnée d’un certificat établi par le médecin ou la sage-femme qui suit votre grossesse. Ce certificat atteste de votre état pathologique et en précise la durée prévisible
Attention au piège : certains employeurs sont tentés de réduire le temps de travail de leur salariée en fin de grossesse, pour les « soulager ».
Le congé maternité : quelles indemnités ?
Pendant ton congé maternité, ton contrat de travail est suspendu : tu ne perçois plus ton salaire habituel. Tu es en revanche indemnisée par deux sources qui se combinent.
Les indemnités journalières de la Sécurité sociale
La Sécurité sociale verse des indemnités journalières (IJ) sans délai de carence, à condition d’être affiliée depuis au moins 6 mois avant la date prévue d’accouchement et de remplir des conditions minimales de cotisation (avoir travaillé au moins 150 heures sur les 3 mois précédents, ou atteindre certains seuils de cotisations sur les 6 ou 12 mois précédents). Plus de détails ici : https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F2265
Le montant de ces IJ est calculé sur la base de tes 3 derniers salaires bruts, divisés par 91,25 (nombre de jours moyen sur 3 mois), puis diminué d’un abattement forfaitaire de 21 % représentatif des cotisations salariales, et enfin des prélèvements sociaux (CSG/CRDS, soit environ 6,7 %). Ce montant est plafonné : en 2026, le plafond mensuel de la Sécurité sociale étant de 3 925 €, l’IJ journalière maximale versée par la CPAM est d’environ 104€/jour. Plus de détails icic : https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/actualites/A18779
Exemple concret pour une ASV à temps plein au salaire de 2 100 € brut/mois :
Salaire journalier de base : 2 100 × 3 / 91,25 ≈ 69 €
Après abattement de 21 % : ≈ 54,5 €
Après CSG/CRDS (7,1 % en 2026) : ≈ 50,6 € par jour
L’indemnité complémentaire employeur
Pendant toute la durée légale du congé maternité, l’employeur doit verser une indemnité complémentaire qui porte le total à 80 % du salaire de référence brut journalier, sous déduction des IJ brutes versées par la Sécurité sociale. (CC annexe VII article 5, puis CC 2027 Annexe 4 – Régime de prévoyance, article 5) Plus de détails ici : https://www.legifrance.gouv.fr/conv_coll/article/KALIARTI000049117204
Pour reprendre nos exemples :
Pour une ASV (salaire brut journalier de base ≈ 69 €) : 80 % de 69 € = 55,2 € à atteindre. La CPAM versant ≈ 54,5 € brut avant prélèvements sociaux, l’employeur complète la différence, soit environ 0,7 € brut/jour.
Pour une vétérinaire (ex. salaire brut mensuel de 4 200 €, soit un journalier de base ≈ 138 €) : 80 % = 110,4 €. La CPAM étant plafonnée à ≈ 104 € brut, l’employeur complète à hauteur d’environ 6 € brut/jour.
La prime à la naissance et la prime à l’adoption ;
L’allocation de base ;
Le complément du libre choix de mode de garde (Cmg) ;
La prestation partagée d’éducation de l’enfant (PréParE).
Prime de naissance ou d’adoption
La prime à la naissance ou à l’adoption est attribuée et versée au ménage ou à la personne dont les ressources ne dépassent pas un plafond, pour chaque enfant à naître, avant la naissance de l’enfant, ou pour chaque enfant adopté
L’allocation de base
Elle vise à compenser le coût lié à l’entretien de l’enfant. Vos ressources de l’année N-2 ne doivent pas dépasser un certain plafond.
Une prestation partagée d’éducation de l’enfant
Elle est versée au membre du couple qui choisit de ne plus exercer d’activité professionnelle ou de travailler à temps partiel pour s’occuper d’un enfant ;
Un complément de libre choix du mode de garde.
Il est versé, dans les conditions définies aux articles L. 531-5 à L. 531-9, pour compenser le coût de la garde d’un enfant.
Après le congé maternité : le droit au retour et à l’ancienneté préservée
À ton retour, tu dois retrouver ton poste précédent ou un poste similaire, avec une rémunération au moins équivalente. Le congé maternité est assimilé à du travail effectif : il compte pour tes congés payés, pour ton ancienneté, et est pris en compte dans l’expérience professionnelle pour l’accès aux échelons de classification, et ta retraite.
Un entretien professionnel doit t’être proposé systématiquement à ton retour de congé.
Le congé supplémentaire de naissance : une nouveauté 2026
C’est une nouveauté importante pour tous les jeunes parents : depuis 2026, un congé supplémentaire de naissance existe, créé par la loi de financement de la Sécurité sociale pour juillet 2026. Il s’adresse à tous les parents salariés (ainsi qu’aux indépendants, fonctionnaires, agents contractuels, etc.) et s’ajoute aux congés maternité, paternité et adoption existants — il ne les remplace pas.
Qui peut en bénéficier ? Tous les parents d’enfants nés à partir du 1er janvier 2026, ou d’enfants nés prématurément dont la naissance était prévue à partir de cette date, ainsi que les parents adoptants d’enfants arrivés au foyer dès le 1er janvier 2026. La seule condition préalable : avoir pris l’intégralité de ses congés maternité, paternité ou adoption avant d’y recourir.
Combien de temps ? Chaque parent peut prendre 1 ou 2 mois de congé supplémentaire, simultanément ou en alternance avec l’autre parent. Le congé peut être pris d’un seul tenant ou fractionné en deux périodes d’un mois non consécutives. Il doit être pris dans les 9 mois suivant la naissance (délai prolongé en cas de naissances multiples ou de congés légaux eux-mêmes allongés).
Quelle indemnisation ? Elle est versée directement par la CPAM et est dégressive :
1er mois : 70 % du salaire net antérieur
2ème mois : 60 % du salaire net antérieur
Ces montants sont calculés dans la limite du plafond mensuel de la Sécurité sociale.
Les démarches sont simples : il suffit d’informer son employeur au moins 1 mois avant le début du congé (réduit à 15 jours si le congé commence immédiatement après le congé paternité ou adoption), en précisant la date de début, la durée et si le congé est fractionné ou non. C’est ensuite l’employeur qui effectue la transmission auprès de la CPAM — aucune démarche directe à faire de ton côté.
À noter : ce congé supplémentaire de naissance n’a pas vocation à remplacer le congé parental classique. Les parents qui souhaitent un arrêt plus long peuvent toujours recourir au congé parental d’éducation, indemnisé quant à lui par la CAF via la PreParE dans les conditions décrites ci dessous.
(Source : Loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 ; ameli.fr ; service-public.fr)
Le congé parental : prends le temps qu’il te faut — mais en connaissance de cause
C’est quoi exactement ?
Après le congé maternité (ou paternité), tout salarié justifiant d’au moins 1 an d’ancienneté à la date de naissance de l’enfant peut bénéficier d’un congé parental d’éducation, jusqu’aux 3 ans de l’enfant. Ce congé peut prendre deux formes :
un arrêt total (contrat suspendu)
ou une réduction du temps de travail (temps partiel)
En cas de maladie, accident ou handicap graves de l’enfant, le congé parental peut être prolongé d’un an supplémentaire au-delà des 3 ans.
(CC vétérinaires praticiens, article 49 ; CC ASV, article 42 ; CC 2027, article 59)
Ce que ça implique financièrement
Pendant le congé parental, l’employeur ne verse aucun salaire. Tu peux percevoir de la CAF la PreParE (Prestation Partagée d’Éducation de l’Enfant), dont le montant reste modeste — 459.69 €/mois pour un arrêt total, 297.17 €/mois pour une activité < ou = 50%, 171.42 €/mois pour une activité > 50% et < ou = 80% (CAF.fr, au 1er avril 2026). La durée maximale d’indemnisation est de 6 mois si le second parent ne prend pas sa part du congé, ou de 24 mois si les deux parents se partagent la période. Ce dispositif est explicitement conçu pour inciter le partage — mais dans les faits, il reste majoritairement pris par les mères, le montant de l’aide restant très limité.
Pendant le congé parental, la complémentaire santé d’entreprise est suspendue : plus de participation employeur. Mais tu peux demander à en conserver le bénéfice en prenant en charge la totalité de la cotisation toi-même. (CC 2027, Annexe 3, article 8.3)
L’impact sur ton ancienneté et ta carrière
Le congé parental à temps plein est pris en compte pour moitié dans le calcul de l’ancienneté — contrairement au congé maternité qui est intégralement assimilé à du travail effectif. Concrètement : 2 ans de congé parental = 1 an d’ancienneté. Ce n’est pas neutre sur tes droits à la retraite, tes indemnités de licenciement potentielles, ou l’accès à certains échelons conventionnels.
À ton retour, tu retrouves ton poste précédent ou un emploi similaire, avec une rémunération au moins équivalente. Un entretien professionnel doit t’être proposé. (CC vétérinaires praticiens, article 49 ; CC 2027, article 59). Il n’y a néanmoins aucune garantie d’évolution salariale te permettant de rattraper les augmentions réalisées sur les autres salarié·es comme lors du congé maternité.
Temps partiel ou arrêt total ?
Le temps partiel pendant le congé parental est souvent une meilleure option qu’un arrêt total, pour plusieurs raisons : tu conserves un lien avec ton poste et ton équipe, tu supprimes l’impact sur ton ancienneté et tes droits (temps partiel ouvre les mêmes droits qu’un temps plein), et tu maintiens une partie de ton salaire tout en bénéficiant des aides (minorées certes). A calculer précisément.
La demande doit être faite par écrit, au moins 1 mois avant la date souhaitée. L’employeur ne peut pas refuser le principe du congé parental ou de la réduction du temps de travail si tu remplis les conditions d’ancienneté. En revanche, l’organisation concrète (jours travaillés, amplitude horaire) fait l’objet d’une négociation. Prépare ta proposition avant d’en discuter, et fais-la valider par écrit. Si la discussion bloque, le CSE et ton syndicat peuvent intervenir.
Le regard CGT : pourquoi ce congé reste massivement féminin — et ce que ça coûte
En France, plus de 95 % des congés parentaux à temps plein sont pris par des femmes. Ce n’est pas un choix naturel : c’est le résultat d’inégalités salariales préexistantes (on arrête le salaire le plus bas), de pressions sociales (la femme porte le plus souvent la charge mentale liée aux soins de l’enfant les premières années), et d’un système qui ne rend pas ce congé suffisamment attractif pour les pères et seconds parents. Dans les établissements vétérinaires comme ailleurs, cette réalité se traduit concrètement par des carrières féminines durablement ralenties.
Ce que tu peux faire :
si ton conjoint ou ta conjointe a droit au congé parental, exige qu’il ou elle en prenne une part. C’est son droit aussi. C’est même le seul moyen d’allonger la durée d’indemnisation par la CAF.
si tu es en forfait jour, tu peux négocier un forfait réduit qui maintiendra tous tes droits d’ancienneté et de congé payé, ou même demander un passage en forfait en heure pour un vrai temps partiel.
Et si tu décide de démissionner pendant ou après ta grossesse ?
La loi prévoit une possibilité de rupture du contrat sans préavis ni indemnité (délai de prévenance de 15j à respecter) pour les salariées enceintes qui souhaitent quitter leur emploi pour élever leur enfant. Article L1225-66
Garantie d’évolution salariale : c’est quoi et comment la faire valoir ?
Ton évolution de salaire et de carrière ne doit pas être pénalisée par ton congé maternité !
C’est un droit souvent méconnu mais pourtant bien réel : si des augmentations de salaire ont eu lieu dans ton entreprise pendant ton absence en congé maternité, tu as le droit d’en bénéficier à ton retour. C’est ce qu’on appelle la garantie de rattrapage salarial, prévue par l’article L.1225-26 du Code du travail. Et il s’agit d’une règle d’ordre public : ton employeur ne peut pas y déroger, même avec ton accord, et ne peut pas non plus la remplacer par une prime exceptionnelle (Cour de cassation, 14 février 2018).
Comment ça fonctionne concrètement ?
Lorsque tu rentres de congé maternité, ton employeur doit vérifier si des augmentations ont été accordées pendant ton absence. Deux situations :
Aucune augmentation n’a eu lieu pendant ton congé → aucun rattrapage n’est dû. C’est logique.
Des augmentations ont eu lieu → tu dois en bénéficier dès ton retour, selon les règles suivantes : à ton retour, ton salaire est majoré des augmentations générales appliquées dans l’entreprise, et de la moyenne des augmentations individuelles perçues pendant ton absence par les salariées et salariés de ta même catégorie professionnelle (ou, à défaut, de la moyenne des augmentations individuelles dans toute l’entreprise).
Cette règle vaut à l’echelle de l’entreprise, soit pour nous de la SAS Les Cerisiers ! Pas uniquement de ta clinique ! Imaginons que dans ton établissement aucune augmentation individuelle n’a été accordée pendant ton congé. Mais dans les autres cliniques du groupe, appartenant à la même entreprise, des augmentations ont bien été versées aux salarié·es de même catégorie que toi. Dans ce cas, c’est la moyenne des augmentations individuelles à l’échelle de toute l’entreprise qui s’applique, pas seulement de ton site. Tu dois donc t’adresser aux services RH pour que cette garantie soit bien appliquée à partir des données globale de toute l’entreprise pour les salarié·es de ta catégorie professionnelle.
Ce que ça implique en pratique
Lors de ton entretien professionnel de retour — qui est lui aussi obligatoire (Code du travail, article L.1225-57) — n’hésite pas à poser directement la question à ton employeur : y a-t-il eu des augmentations pendant mon absence ? C’est ton droit de le savoir, et c’est son obligation d’en tenir compte. Ce rattrapage s’applique dès ton retour de congé maternité, et non à une date ultérieure ou antérieure (même si les augmentations ont eu lieu plus tôt). Si tu enchaînes congé maternité puis congé parental, le rattrapage interviendra à ton retour effectif dans l’entreprise — mais seules les augmentations survenues pendant le congé maternité sont prises en compte, pas celles intervenues pendant le congé parental.
(Source : travail.gouv.fr ; article L.1225-26 du Code du travail ; Cour de cassation, arrêts du 14 février 2018 et du 2 octobre 2024)
L’allaitement au travail
Le Code du Travail prévoit différentes dispositions, en général inconnues de l’employeur (et des salariées) car elles n’ont été que très peu voire pas du tout utilisées pendant des décennies, et n’ont pas été adaptées à nos usages actuels. La loi prévoit par exemple :
une heure par jour durant les heures de travail, pendant 1 an, répartie en deux périodes de trente minutes, l’une pendant le travail du matin, l’autre pendant l’après-midi. (Article R1225-5)
des locaux dédiés à l’allaitement :
« 1°Séparé de tout local de travail – 2° Aéré et muni de fenêtres ou autres ouvrants à châssis mobiles donnant directement sur l’extérieur – 3° Pourvu d’un mode de renouvellement d’air continu – 4° Convenablement éclairé – 5° Pourvu d’eau en quantité suffisante ou à proximité d’un lavabo – 6° Pourvu de sièges convenables pour l’allaitement – 7° Tenu en état constant de propreté. Le nettoyage est quotidien et réalisé hors de la présence des enfants – 8° Maintenu à une température convenable dans les conditions hygiéniques. » (Article R4152-13)
« d’une hauteur de trois mètres au moins sous plafond. Il a au moins, par enfant, une superficie de trois mètres carrés. » (Article R4152-17)
« L’employeur fournit pour chaque enfant un berceau et un matériel de literie. » (Article R4152-20)
« Le local dédié à l’allaitement est équipé de moyens de réchauffer les aliments » (Article R4152-24)
A quoi ça sert si ce n’est jamais appliqué ?
Soyons honnêtes, ces dispositions — une heure par jour fractionnée, local dédié, berceaux, équipements, etc. — sont rédigées pour des usines d’une autre époque et ne correspondent plus à la réalité d’une clinique vétérinaire. Elles restent pourtant un levier utile, non pas pour être appliquées à la lettre, mais pour convaincre ton employeur de faire des efforts raisonnables sous peine d’être en infraction. Dans un contexte vétérinaire, les aménagements concrets et réalistes à négocier peuvent être les suivants :
Un espace propre, fermé et chauffé pour tirer ton lait ou allaiter — une salle de consultation non utilisée, une salle de repos, un bureau — avec une prise électrique pour le tire-lait et un accès à l’eau.
Un réfrigérateur dédié ou un tiroir réservé dans le réfrigérateur du personnel, clairement identifié, pour conserver le lait tiré dans de bonnes conditions d’hygiène (pas au milieu des réactifs ou des médicaments, pas avec les plats de la veille ou de la semaine).
Des créneaux aménagés dans le planning, selon ton rythme personnel. Rien ne t’oblige à rester sur les 30 minutes matin et après midi. Une pause plus longue le midi par exemple, ou au contraire 2 pauses de 1h plutôt qu’un grosse de 2h pour rentrer chez toi tirer ton lait ou allaiter.
Une fois ces aménagements convenus, fais-les confirmer par écrit — un simple mail récapitulatif auquel ton employeur répond suffit. C’est ta garantie si la situation évolue. Si la discussion est difficile, le CSE ou ton syndicat peut t’appuyer, et rappeler à l’employeur que le non-respect des dispositions légales est passible de sanctions de l’inspection du travail — argument souvent suffisant pour débloquer une négociation.
PMA et adoption
Depuis la loi du 30 juin 2025, les salarié·es engagé·es dans un projet de PMA ou d’adoption bénéficient également des protections renforcées contre les discriminations au travail et contre le licenciement liées au projet parental, ainsi qu’aux autorisations d’absence pour les actes médicaux nécessaires (PMA) ou entretiens obligatoires nécessaires à l’obtention de l’agrément (adoption).
Fausse couche : tu n’as pas à « faire comme si »
C’est une réalité que l’on tait trop souvent : une grossesse sur cinq se termine par une fausse couche, la plupart avant 12 semaines. Et pourtant, pendant des années, les salariées qui en vivaient une se retrouvaient à reprendre le travail quelques jours plus tard, sous pression ou par ignorance de leurs droits, parfois sans même avoir pu mettre des mots sur ce qu’elles traversaient.
Ce que la loi prévoit depuis 2023
Depuis la loi du 7 juillet 2023, les arrêts de travail consécutifs à une fausse couche survenant avant 22 semaines d’aménorrhée sont pris en charge sans délai de carence par la Sécurité sociale — aussi bien pour la salariée que pour son conjoint ou sa conjointe. Avant cette loi, les 3 premiers jours n’étaient pas indemnisés, ce qui poussait beaucoup de femmes à reprendre immédiatement.
Concrètement : si ton médecin te prescrit un arrêt de travail après une fausse couche, la CPAM prend en charge dès le premier jour, sans attendre. Ton employeur n’a aucune raison de te mettre pression sur ta date de retour. Et le délai de carence conventionnel (3 jours) ne s’applique pas non plus dans ce cadre.
Au-delà de 22 semaines, la grossesse est considérée comme un enfant né sans vie : d’autres droits s’ouvrent alors, notamment le congé de deuil périnatal.
Une fausse couche peut être vécue de façon très différente selon les personnes — parfois discrètement, parfois de façon bouleversante — mais elle n’est jamais anodine. Prends le temps qu’il te faut. Si tu as besoin d’un arrêt, demande-le à ton médecin sans culpabilité. Ni la rentabilité d’une clinique, ni le planning de chirurgie du lendemain ne méritent que tu sacrifies ton rétablissement physique et émotionnel.
Si tu traverses cette situation et que tu rencontres des pressions de la part de ton employeur sur ta date de retour, contacte ton syndicat. C’est exactement le type de situation où nous sommes là.
(Source : loi n°2023-567 du 7 juillet 2023 ; Code de la Sécurité sociale)
CDD, collaboration libérale : des situations plus précaires, des droits qui existent quand même
En CDD
Être en CDD n’efface pas tes droits liés à la grossesse — mais ça les rend plus difficiles à exercer en pratique. Voici ce que tu dois savoir :
Ton contrat ne peut pas être rompu du fait de ta grossesse. Si ton CDD est en cours, la protection contre le licenciement s’applique de la même façon qu’en CDI. L’employeur ne peut pas mettre fin au contrat avant son terme à cause de ta grossesse — sauf faute grave non liée à celle-ci, ou impossibilité de maintenir le contrat pour un motif étranger à la grossesse. (Article L.1225-5 du Code du travail)
En revanche, à l’échéance naturelle du contrat, l’employeur n’a pas l’obligation de le renouveler. C’est là que la réalité est dure : même si un renouvellement était tacitement prévu, même si tu travailles dans la structure depuis longtemps via des CDD successifs, l’employeur peut décider de ne pas renouveler à l’échéance. Il est très difficile de prouver que ce non-renouvellement est lié à la grossesse — même si c’est souvent le cas. C’est pour cela que nous recommandons selon ta situation et l’approche d’un renouvellement de ne pas forcément informer l’employeur de ta grossesse tant que celui-ci n’est pas signé.
Pour les indemnités journalières, les conditions de la Sécurité sociale s’appliquent de la même façon qu’en CDI : 6 mois d’affiliation et conditions de cotisation. Si tu as enchaîné plusieurs CDD courts, vérifie avec ta CPAM que tes droits sont bien ouverts — les droits peuvent être reconstitués sur plusieurs employeurs et contrats.
Notre conseil : si tu es en CDD et que tu envisages d’annoncer ta grossesse, attends que le renouvellement ou la reconduction soit acté par écrit avant de le faire. C’est TON DROIT, et cela te prémunie contre toute discrimination. Cela peut paraitre cynique, mais c’est une protection réelle dans un contexte où la discrimination reste difficile à prouver.
Le cas particulier de la collaboration libérale : bien trop souvent du salariat déguisé
C’est un sujet majeur dans le milieu vétérinaire. La collaboration libérale est un statut par lequel une vétérinaire exerce son activité de façon indépendante au sein d’une structure, via un contrat de collaboration. En théorie, elle est son propre patron. En pratique, dans un grand nombre de cas, elle travaille exclusivement pour une seule structure, aux horaires fixés par celle-ci, avec le matériel et la clientèle de la structure, sans réelle liberté d’organisation. C’est ce qu’on appelle du salariat déguisé — et c’est illégal, bien que pratiqué allègrement par nos dirigeants d’entreprise et nos représentants à l’ordre vétérinaire bien au courant de cette subtilité.
Pourquoi est-ce qu’on en parle ici ? Parce qu’en cas de grossesse, une collaboratrice libérale ne bénéficie d’aucune des protections décrites dans cet article : pas de protection contre la rupture du contrat, pas d’indemnité employeur, pas de maintien de salaire, pas d’aménagement de poste opposable. Elle cotise à la CARPV (caisse de retraite des vétérinaires libéraux) et perçoit des indemnités journalières via le RSI/SSI — à des taux bien inférieurs à ceux du régime général, et souvent très insuffisants.
Si tu es collaboratrice libérale et que tu penses que ta situation ressemble à du salariat, voici les critères qui caractérisent généralement un lien de subordination : horaires imposés par la structure, clientèle appartenant à la structure, matériel fourni par la structure, absence de patientèle personnelle, impossibilité de refuser des missions. Si plusieurs de ces éléments sont réunis, tu peux faire requalifier le contrat en contrat de travail — ce qui t’ouvrirait rétroactivement l’ensemble des droits salariaux, y compris pendant la grossesse.
La requalification est une démarche sérieuse qui nécessite un accompagnement. Contacte ton syndicatet un avocat : nous pouvons t’aider à évaluer ta situation et, si nécessaire, à saisir le Conseil de prud’hommes.
(Source : Code du travail, articles L.1221-1 et suivants sur le contrat de travail ; jurisprudence constante de la Cour de cassation sur la requalification)
L’intelligence artificielle (IA) suscite à la fois enthousiasme et interrogations. Dans notre secteur vétérinaire, son introduction pourrait transformer certaines tâches (rédaction de comptes-rendus, analyse de consultations, gestion administrative), mais elle soulève aussi des questions essentielles sur son impact concret :
Quels gainsréel et non fantasmés pour les vétérinaires (VT) et les assistantes spécialisées vétérinaires (ASV) ?
Quels risques pour nos conditions de travail, notre responsabilité professionnelle, ou même notre emploi ?
Comment garantir que cette technologie serve nos métiers sans nous dessaisir de notre expertise ?
Pour y répondre, une expertise indépendante a été demandée par les représentant·es du personnel CGT, pilotée par un cabinet spécialisé (ergonomes, anthropologues de l’IA, psychologues du travail).
Son objectif :
évaluer les opportunités et les dangers de l’outil envisagé, en amont de son déploiement.
proposer un cadre d’utilisation commun qui respecte les besoins des professionnels, sans être guidé par la seule recherche d’efficacité financière ou de réduction des effectifs.
Un périmètre ciblé, restreint mais représentatifdes domaines d’activités
L’expertise porte sur 3 sites pilotes :
Porte du Der (site pluridisciplinaire : canin + rural),
Vincennes (site généraliste, avec le plus grand nombre de vétérinaires),
Cordeliers (CHV, Centre Hospitalier Vétérinaire).
Pourquoi ces sites ? Ils couvrent une diversité de pratiques et d’organisations, permettant d’identifier des retours variés sur l’usage potentiel de l’IA. Les entretiens avec les salariés de ces sites ont déjà commencé et se poursuivront dans les prochaines semaines.
⚠️ Une question légitime : 3 sites suffisent-ils pour représenter l’ensemble de nos structures ? Les expertes (Guilaine, Odile, Daphnée) estiment que 4 à 5 entretiens par métier permettent de dégager des tendances fortes. Cependant, des compléments d’information pourraient être nécessaires pour affiner l’analyse, notamment sur les sites ruraux ou mixtes. C’est une première étape qui permettra de ne pas fournir un travail théorique mais bien proche du travail réel de nos camarades.
Les enjeux identifiés
Cet outil est présenté comme une panacée censée nous débarrasser d’un travail dit « administratif », « ingrat » ou « improductif » — comptes rendus, raisonnement diagnostique, recherches, plans thérapeutiques. Pourtant, ce travail n’a rien d’ingrat : il est au cœur de notre métier. Ce qui l’est, en revanche, c’est de ne pas nous laisser le temps — ni les moyens — de mener cette réflexion essentielle, à distance de l’urgence et du rythme effréné de nos journées.
✅ Les opportunités
Allègement des tâches administratives : Réduction du temps passé sur la rédaction des comptes-rendus ou la saisie de données.
Amélioration de la performance : Aide au diagnostic, recoupement d’informations, optimisation des plans thérapeutique sur la base de consensus de la bibliographie.
Innovation : Positionnement de nos cliniques comme acteurs modernes du secteur vétérinaire.
⚠️ Les risques et questions clés
Confidentialité et données :
Où et comment seront stockées les données (cloud américain, serveur local) ?
Qui y aura accès ? Comment sera garantie la protection des données clients et patients ?
Responsabilité professionnelle :
Le VT reste légalement responsable de ses décisions. Mais comment l’IA influence-t-elle ces choix ? La rédaction d’un travail « pré-fait » ne risque elle pas de biaiser et d’orienter le praticien et limiter ses capacité d’analyse, de recherche, et de critique ?
Quid de l’analyse des émotions ou de l’enregistrement audio des consultations ?
Impact sur l’emploi :
L’IA pourrait-elle réduire le besoin en ASV (ex. : accueil automatisé) ou en VT (ex. : diagnostics assistés) ?
Comment éviter que le gain de temps ne se traduise par une surcharge de travail (ex. : vérification systématique des propositions de l’IA) ?
Acceptation par les équipes :
Certains salariés utilisent déjà des outils d’IA de manière informelle (« shadow IA »). Comment cadrer ces pratiques ?
Comment préserver le sens du travail (ex. : le plaisir de réfléchir, la relation avec les clients) ?
Gouvernance et transparence :
Qui a choisi le fournisseur (The Digital Clinic) et sur quels critères ?
Quel est le modèle économique (coût par clinique, abonnement) ? Comment sera financé l’outil ?
L’IA est-elle compatible avec nos logiciels métiers actuels ?
Ces interrogations sont particulièrement forte dans le contexte d’une mise en application progressive entre 2026 et 2027 de l’IA act, règlement européen sur l’usage de l’IA par les entreprises, actuellement pas encore transposé en France (https://entreprendre.service-public.gouv.fr/actualites/A18475).
💡 Un exemple concret : Dans d’autres secteurs (développement logiciel, traduction, ESN), l’IA a déjà transformé les métiers, parfois jusqu’à la précarisation (baisse des rémunération, réduction des missions). Ces retours doivent nous alerter sur les conséquences possibles dans notre domaine.
« Nous travaillons en ce moment à une cartographie de l’ensemble des tâches du métiers d’ASV et de vétérinaire dans nos cliniques, afin d’estimer le potentiel d’automatisation de chacune de ces tâches, sa fréquence au sein d’une semaine de travail, et sa durée, afin d’évaluer conformément aux méthodes de de l’OEM* le dégré d’impact sur nos conditions de travail, la façon de faire nos métiers, et sur nos emplois » –David, vétérinaire et délégué syndical CGT Les Cerisiers.
*OEM = Observatoire des emplois menacés
Les modalités de l’expertise
Pour répondre à ces questions, l’expertise s’appuie sur :
Des entretiens avec les VT, ASV et la direction des 3 sites pilotes.
Un dialogue avec le fournisseur (The Digital Clinic) pour comprendre :
Les fonctionnalités de l’outil (ex. : modèles utilisés : Gemini, OpenIA).
Les garanties en matière de sécurité, de stockage des données, et de conformité RGPD.
Les retours d’expérience dans d’autres cliniques ou groupes vétérinaires.
Une analyse des risques :
Charge de travail, employabilité, climat social.
Cadre juridique (avis du CSE, conformité à l’IA Act, etc.).
📌 À noter : La mise en place de l’IA a été temporairement gelée en attendant les conclusions de l’expertise. Une phase test de 3 mois était initialement prévue, mais elle ne démarrera qu’après validation du CSE et intégration des recommandations de l’expertise.
Calendrier prévisionnel
Étape
Date
Détails
Entretiens terrain
5–19 mai 2026
Rencontres avec les salariés et la direction des 3 sites pilotes.
Échanges avec le fournisseur
À partir du 5 mai
Présentation de l’outil, clarification des questions techniques et juridiques.
Analyse et rédaction
Mai–début juin 2026
Synthèse des retours, identification des risques et opportunités.
Rendu du rapport
Mi-juin 2026
Restitution des conclusions et recommandations au CSE et à la direction.
Décision et suite
Été 2026
Validation (ou non) du déploiement, avec un cadre social négocié (ex. : charte d’usage, formation des équipes).
Les questions encore en suspens
Plusieurs points nécessitent encore des éclaircissements :
Technique :
L’outil est-il déjà utilisé ailleurs dans le secteur vétérinaire ? Quels sont les retours ?
Comment s’articule-t-il avec nos logiciels métiers (ex. : fiches clients, analyseurs) ?
Économique :
Quel est le coût pour les cliniques ? Comment sera-t-il réparti ?
Quel est le retour sur investissement attendu (ex. : réduction des heures supplémentaires) ?
Social :
Comment protéger l’emploi des VT et ASV ? Des accords pourraient-ils être négociés (ex. : gel des suppressions d’emplois) ?
Comment former les équipes à l’utilisation de l’outil ?
Juridique :
L’outil est-il conforme au RGPD et à l’IA Act ?
Qui est responsable en cas d’erreur liée à l’IA (ex. : diagnostic erroné) ?
Comment contribuer ?
Votre avis compte ! Si vous souhaitez :
Partager votre expérience (ex. : utilisation informelle d’outils d’IA, retours sur des logiciels similaires).
Poser une question ou exprimer une inquiétude.
Proposer des pistes pour encadrer l’usage de l’IA.
Care Fund : soigner sans compter… mais qui paie vraiment ?
Comment un fonds de solidarité pour les animaux devient un outil comptable et marketing, financé par le travail gratuit des salariés
Le Care Fund en apparence : une belle initiative solidaire
Le Care Fund est présenté comme la politique sociale phare d’IVC Evidensia : un fonds de 1 000 € HT par an et par vétérinaire (libéral, associé·e ou salarié·e), permettant de soigner des animaux dont les propriétaires n’ont pas les moyens financiers, à condition que le pronostic soit favorable. Ce dispositif est transférable entre vétérinaires d’une même clinique et s’utilise via une demande en ligne simple, validée par le siège.
Les promesses du Care Fund
Plus de liberté clinique : fin des dilemmes éthiques entre soigner un animal et refuser par manque de moyens.
Un geste solidaire : permettre à des propriétaires en difficulté d’accéder à des soins pour leur compagnon.
Une image valorisante : les cliniques et l’investisseur (IVC-EVIDENSIA) communiquent sur leur engagement responsable.
En surface, tout semble parfait. Mais quand on soulève le capot, le mécanisme révèle une réalité bien moins reluisante.
Le Care Fund en réalité : un outil comptable et marketing
1. Qui finance vraiment le Care Fund ?
Le Care Fund est présenté comme un « don » de l’investisseur IVC-EVIDENSIA. Pourtant, aucune trésorerie réelle ne change de main :
La clinique paie toutes les charges (salaires, médicaments, matériel, locaux) pour les soins réalisés dans le cadre du Care Fund.
IVC-EVIDENSIA compense… sur le papier : une écriture comptable est ajoutée sur le logiciel de gestion pour « neutraliser » la perte, mais aucun remboursement n’est versé à la clinique.
Résultat : la clinique supporte le coût réel, tandis que IVC-EVIDENSIA affiche un chiffre d’affaires inchangé (voir le détail ci-dessous) et une image de marraine généreuse.
2. L’astuce comptable : trésorerie réelle vs écritures comptables
Prenons un exemple concret pour comprendre la différence entre ce qui est affiché et ce qui est réellement dépensé :
Scenario
Chiffre d’affaires
Entrée en banque
Charges (salaires, médocs, etc.)
Bénéfice/Perte réelle en trésorerie
Chirurgie facturée 1 000 € à un client
+1 000 €
+1 000 €
–485 €
+515 €
Chirurgie financée par le Care Fund
+1 000 € (« facturé » à IVC en théorie)
0 €
–485 €
–485 €
Observation :
Les deux scénario affichent le même chiffre d’affaires (1 000 €).
Mais dans le cas du Care Fund, la clinique ne touche pas un centime : elle doit quand même payer les charges (485 €), ce qui se traduit par une perte nette de 485 € en trésorerie.
Conséquence : IVC-EVIDENSIA peut se targuer de cliniques performantes (chiffre d’affaires élevé), tandis que les cliniques voient leur trésorerie se dégrader, sans compensation réelle.
📉 Les conséquences pour les cliniques et les salariés
1. Une trésorerie en tension
Moins de marge de manœuvre : les cliniques doivent puiser dans leurs réserves pour couvrir les soins Care Fund.
Investissements reportés : matériel vétuste, locaux non rénovés, formations annulées.
Embauches gelées, augmentations bloquées : la trésorerie trop faible limite les possibilités d’améliorer les conditions de travail.
2. Une pression accrue sur les équipes
Travail gratuit : les soignants et vétérinaires réalisent des actes non rémunérés, car le Care Fund ne couvre pas les coûts réels.
Dégradation des conditions de travail : moins d’investissements locaux, matériels, etc…
Démotivation et turnover : le sentiment d’être exploité·e grandit, surtout quand on réalise que le dispositif profite surtout à l’image de l’investisseur.
3. Un outil marketing pour IVC-EVIDENSIA
Communication externe : IVC peut vanter son engagement social et éthique auprès des clients, des salariés et des actionnaires.
Valorisation financière : les cliniques affichent un bon chiffre d’affaires, ce qui rassure les investisseurs, même si la trésorerie réelle est en berne. Seule compte la valeur « potentielle » pour les financiers.
Fidélisation des vétérinaires : le Care Fund est utilisé comme argument pour retenir les talents, malgré des conditions de travail dégradées.
Le Care Fund : un dispositif ambivalent
Points positifs
Points négatifs
✅ Permet de soigner des animaux dont les propriétaires n’ont pas les moyens.
❌ Le coût réel est supporté par les cliniques et les salariés, pas par IVC.
✅ Réduit les dilemmes éthiques pour les vétérinaires.
❌ Aucune compensation financière réelle : IVC ne débourse rien.
✅ Améliore l’image de marque des cliniques et de IVC.
❌ Impact négatif sur la trésorerie, les embauches, les salaires et les investissements.
✅ Utilisation simple et rapide.
❌ Renforce la pression sur les équipes pour « faire du chiffre ».
Conclusion : Le Care Fund est utile pour les animaux et pour l’éthique vétérinaire, mais son fonctionnement économique est hypocrite : il repose sur le travail gratuit des soignants et la dégradation de la trésorerie des cliniques, tout en servant les intérêts financiers et marketing de IVC-EVIDENSIA.
Que faire ? Agir pour un vrai engagement solidaire
1. Utiliser le Care Fund… mais en ayant conscience de son coût réel
Ne pas culpabiliser : le Care Fund permet de soigner des animaux dans le besoin, c’est une bonne chose.
Mais exiger la transparence.
Chaque euro utilisé dans le Care Fund est en réalité un euro de moins pour la clinique et ses salariés.
2. Interpeller les directeur·ices de clinique
Poser des questions :
« Combien le Care Fund a-t-il coûté en trésorerie à la clinique l’an dernier ? »
« Quelles compensations réelles IVC a-t-il versées pour couvrir ces dépenses ? »
« Pourquoi les économies réalisées sur le dos des salariés servent-elles à améliorer l’image de IVC plutôt qu’à améliorer nos conditions de travail ? »
Exiger des comptes : demander à voir les écritures comptables et les flux de trésorerie liés au Care Fund.
3. Soutenir les revendications de la CGT Les Cerisiers
La CGT Les Cerisiers (syndicat des vétérinaires et soignants) demande que :
La solidarité repose sur un vrai engagement financier de IVC-EVIDENSIA : que l’investisseur compense réellement les cliniques pour les soins Care Fund, et pas seulement sur le papier.
L’argent revienne aux cliniques : pour que cette bonne action ne se fasse pas au détriment des salariés.
Un fonds de solidarité transparent et équitable : où chacun (investisseur, cliniques, salariés) contribue à hauteur de ses moyens.
4. Sensibiliser les clients
Expliquer le mécanisme : beaucoup de propriétaires ignorent que le Care Fund est financé par le travail non rémunéré des soignants.
Encourager les dons directs : si un client veut soutenir la clinique, mieux vaut qu’il paie sa facture ou fasse un don à une association locale plutôt que de compter sur le Care Fund.
En résumé : le Care Fund, c’est du « greenwashing social »
Ce qu’on nous vend
La réalité
Un fonds généreux financé par IVC.
Un outil comptable qui ne coûte rien à IVC.
Une avancée éthique pour les animaux.
Un transfert de coût vers les cliniques et les salariés.
Une image responsable pour IVC.
Une opération marketing pour masquer l’exploitation des équipes.
Le Care Fund n’est pas mauvais en soi : il permet de soigner des animaux qui, sans lui, n’auraient pas accès aux soins. Mais il est injuste : il fait porter le coût de la solidarité à ceux qui ont déjà le moins de marge de manœuvre (les cliniques et leurs salariés), tout en permettant à IVC-EVIDENSIA de briller en société sans dépenser un centime.
Et vous, que pensez-vous du Care Fund ?
Avez-vous déjà utilisé le Care Fund dans votre clinique ? Qu’en avez-vous pensé ?
Avez-vous remarqué un impact sur votre trésorerie ou vos conditions de travail ?
Que feriez-vous pour améliorer ce dispositif ?
Partagez votre expérience, posez vos questions, et surtout… parlez-en autour de vous ! Car la solidarité, ça doit être l’affaire de tous… pas seulement celle des soignants.
Le 22 avril 2026, le rapport d’expertise pour risque grave concernant le CHV Les Cordeliers a été présenté en CSE. Cette expertise avait été demandée et votée le 18 décembre 2025 par les représentant·es CGT au CSE (contre l’avis de la Direction et des autres organisations syndicales), à la suite de nombreux signalements : salarié·es en pleurs, départs, arrêts maladie, épuisement professionnel, alertes sur le management, sous-effectif et dégradation des conditions de travail.
Le rapport relève que « la situation au CHV dure depuis longtemps mais l’année 2025 a marqué un tournant », avec un impact grave sur la santé physique et mentale des salarié·es.
L’expertise s’appuie sur une méthode solide : analyse documentaire, 8 entretiens dits fonctionnels avec la Direction, le GIE/RH et les acteurs de prévention, 2 entretiens collectifs avec les représentant·es du personnel et délégué·es syndicaux, 49 entretiens individuels avec des salarié·es et associé·es, ainsi que des observations du travail en médecine interne, URSI et chirurgie.
Une organisation transformée, mais insuffisamment accompagnée
Les expertes replacent d’abord la situation actuelle dans l’histoire du CHV. Les Cordeliers s’est construit progressivement, à partir d’une clinique généraliste, avec une politique sociale attractive : semaine de 3 ou 4 jours, pauses déjeuner rémunérées, paiement des heures supplémentaires, prime annuelle.
Le développement en CHV, la spécialisation des services et le déménagement de 2019 ont ensuite profondément transformé l’organisation du travail. Le rachat par IVC Evidensia, puis l’intégration dans la SAS Les Cerisiers et l’appui du GIE Wivetix, sont perçus par de nombreux salarié·es et associé·es comme un tournant. Le rapport cite notamment dans les conséquences vécues par les salarié·es le sous-effectif, la suppression du paiement de la pause déjeuner, la chasse aux heures supplémentaires, la baisse des primes, les difficultés de stock et la hausse des tarifs, autant de facteurs de défiance et de désengagement des équipes.
Qui décide vraiment aux Cordeliers ?Des contradictions entre la direction locale, le GIE et le groupe.
La direction locale parle d’une perte d’autonomie décisionnelle, d’un accompagnement décevant et d’un GIE perçu comme contraignant, prescripteur économico-financier. Les décisions et arbitrages semblent de moins en moins se prendre au niveau du CHV, mais au niveau du réseau de la SAS Les Cerisiers, au regard des intérêts d’un collectif de plus de 200 structures. Notemment via des comités éloignés de cette direction locale (CAPEX, Comité DDC, etc.)
« Avec le GIE, c’est : vous vous débrouillez seuls et quand on intervient, vous faites ce qu’on vous dit » – Direction locale
À l’inverse, le GIE et le PDG affirment l’indépendance des directions locales. Cette contradiction alimente un sentiment d’opacité : qui décide ? à quel niveau ? avec quelles priorités ? au service du soin, ou d’une logique économique ?
Le rapport cite aussi des paroles particulièrement fortes :
« on est qu’un jouet dans leur stratégie. On a longtemps pensé qu’ils étaient nuls [au GIE] mais en fait, ils sont très bons dans ce qu’ils font. On est juste un produit destiné à être revendu » – Direction locale
« Au comité médical, maintenant, il faut trouver tous les arguments possibles pour faire venir les animaux chez les spécialistes… même un chiot qui n’en a pas besoin. Je ne dis pas que c’est pas bien ; je dis juste que ce n’est pas nous ! » – Direction locale
Intensification et surcharge de travail
Le rapport pointe une intensification très nette du travail.
Pour les vétérinaires : plus de comptes-rendus, des délais plus courts, davantage d’appels, une réduction du temps de consultation, une pression sur les heures supplémentaires et du travail invisibilisé pendant les pauses, le soir, la nuit ou le week-end.
Pour les ASV : sous-effectif, glissements de tâches, renforts interservices, travail de nuit et du dimanche très lourd, manque de relais, charge mentale importante.
Les expertes estiment que l’analyse des heures supplémentaires cumulées correspondrait à un besoin d’environ 4 ASV et 1 à 2 vétérinaires supplémentaires.
« Ce qui est difficile ? Ne pas savoir à quelle sauce on sera mangé en fonction des jours » – Salarié·e
« Je mets mes horaires officiels et c’est tout. Parce qu’on nous a officiellement dit qu’on n’avait plus le droit de faire des heures supplémentaires. » – Salarié·e
« Je fais l’anesthésie seule de A à Z alors que ce n’est pas de ma responsabilité. […] Et en cas de problème ça se passe comment ? – On crie ‘réa !’ et on va aux URSI s’il y a un problème. » – Salarié·e
« Des gens à qui on donne du matériel […] ne l’utilisent pas. Comme tout doit aller vite, elles préfèrent prendre des risques (pas de collerette, pas de muselière). » – Salarié·e
Cette accélération n’est pas seulement une question de confort : elle augmente les risques professionnels. Le rapport relève notamment les morsures et griffures comme première cause d’accidents du travail, puis le port de charges, la contention, les postures pénibles et les troubles musculosquelettiques.
Souffrance éthique et conflit de valeurs
Le manque de temps, de matériel, et de personnel empêche de faire un travail de qualité. Les expertes décrivent une souffrance éthique : les salarié·es veulent bien faire, soigner correctement, accueillir dignement les propriétaires et les animaux, mais se retrouvent pris·es dans un conflit de loyauté entre exigences de soin et pression économique.
Défiance, colère, culpabilité, désengagement : ces mots reviennent comme les symptômes d’un conflit de valeur profond.
« Êtes-vous satisfaite de la qualité de votre travail ? Non ! Non non ! C’est aberrant. C’est extrêmement peu respectueux ce qu’on fait pour les propriétaires qui paient énormément d’argent au CHV ! » – Salarié·e
« Pour un CHV, c’est pas possible ! […] Ne pas avoir de [médicament] pour un animal hospitalisé, c’est pas possible ! Dernièrement, on en avait besoin pour une urgence et on n’en avait pas. La personne […] est partie en acheter en urgence dans une pharmacie avec sa carte. Sans ça, l’animal mourait ! » – Salarié·e
« On est des marchands de tapis : « combien vous pouvez mettre ? […] cet aspect de négociation, on n’y est pas préparé. Ils viennent car personne d’autre ne peut les prendre, parfois ils font 2h de route et ils ne sont pas forcément au courant des tarifs. Et quand ils arrivent, ils tombent des nues, ils sont désemparés. On est traités de voleurs, on nous dit qu’on n’aime pas les animaux. C’est l’aspect du métier que… (pleurs). C’est très dur de voir qu’on essaie de faire le maximum et on se retrouve face à cette impasse. » – Salariée
Un management perçu comme absent ou inadapté
Les salarié·es décrivent un management souvent perçu comme « inexistant ». Le rapport évoque un manque de présence, de disponibilité, de guidage, d’accompagnement des nouvelles arrivées et de soutien dans les difficultés concrètes du quotidien. Il pointe aussi un sentiment d’injustice : opacité sur les primes, manque de reconnaissance, heures supplémentaires traitées comme un problème individuel alors qu’elles découlent de l’organisation du travail.
« Ce qui m’a achevé, c’est la prime. Je n’ai plus du tout envie de faire d’efforts pour ce CHV. » – Salarié·e
« On dit que ça ne va pas et on nous répond « oui, mais ça va aller”. On dit « non, ça ne va pas, on se fait enchaîner… », on nous répond « oui bah nous aussi, tu sais la journée…”. » – Salarié·e
Certaines pratiques managériales sont décrites comme « toxiques », paternalistes ou sexistes. Le rapport mentionne des propos sexistes, des humiliations, des brimades, des reproches entre deux portes, des évaluations floues, et une alerte pour harcèlement moral en 2024.
« On a clairement vu qu’il y avait un traitement différent [entre hommes et femmes]. Ils ont clairement dit qu’ils prendraient un homme car ils sont plus robustes, moins à chouiner. C’est dévalorisant pour les filles ! » – Salarié·e
« Il y a beaucoup de soucis de communication… sauf pour nous dire ce qui ne va pas. » – Salarié·e
Des collectifs qui tiennent encore, mais qui s’abîment
« Sans mes collègues ASV, je serai déjà partie »
Le rapport souligne que les équipes restent, dans chaque service, un point d’appui majeur. C’est souvent la solidarité entre collègues qui permet encore de tenir.
« Entre services, il y a une bonne entente mais il y a des conflits car on se regarde toutes, s’il y en a une qui se pose 5 minutes, les autres ASV vont dire ‘ ça fout rien ! ‘ » – Salarié·e
« Le travail fonctionne bien. Les vétérinaires de notre service n’hésitent pas à mettre la main à la pâte, à faire des tâches d’ASV. C’est agréable de travailler avec mon équipe. Heureusement. S’il n’y avait pas ça… » – Salarié·e
Mais cette solidarité ne peut pas remplacer durablement une organisation du travail soutenable. Le rapport alerte sur des tensions interservices, renforcées par la spécialisation, le cloisonnement des postes, les renforts permanents et le manque de moyens.
Une prévention des RPS insuffisante
Les expertes estiment que la prévention des risques psychosociaux est insuffisante : pas d’indicateurs consolidés de turn-over ou d’absentéisme, peu d’analyse statistique des accidents du travail, BDES incomplète, DUERP trop peu précis sur les RPS, moyens HSE/RH sous-dimensionnés au regard du périmètre. Le rapport décrit des effets déjà visibles sur la santé : fatigue générale, troubles du sommeil, crises de pleurs, troubles digestifs, douleurs, TMS, anxiété, épuisement professionnel, arrêts maladie, désengagement, velléités de départ et difficulté à se projeter dans la profession.
« Le climat de gestion de la société est clairement lourd. En tant que profession libérale, je n’imaginais pas discuter avec un CSE, discuter avec la CGT. Et on n’est pas du tout préparés à ce versant-là. » – Direction locale
Ne pas abandonner : la mobilisation produit déjà des effets
Le rapport ne décrit pas seulement une situation grave. Il montre aussi que la mobilisation des salarié·es et des représentant·es du personnel CGT permet d’obtenir déjà des avancées.
« Ça s’est calmé, ils essaient de faire attention. » – Salarié·e
« S’il y avait à nouveau proximité et communication, le fossé serait moins creusé entre les salariées et la direction. » – Salarié·e
Une campagne d’augmentation générale au-dessus des recommandations du GIE a été annoncée localement. La direction locale a elle-même la nécéssité de reconnaitre l’investissement de celles et ceux qui font vivre le CHV malgré les difficultés.
« nous avons décidé, aux Cordeliers, d’aller au-delà de cette recommandation. Nous avons en effet décidé de reconnaître l’investissement de celles et ceux qui ont fait le choix de rester, de s’impliquer et de faire vivre le CHV malgré les défis rencontrés ces derniers mois. » – Extrait d’une communication de la Direction locale
Maintenant, il faut un plan d’action concret
Sur la base des recommandations émises par les expertes et des propositions des salarié·es, les représentantes du personnel CGT ont obtenu l’organisation d’une réunion avec la Direction locale et le groupe début mai, afin de discuter d’un plan d’action concret à mettre en place rapidement.
Pour nous, les priorités sont claires : réduire la surcharge réelle, recruter, sécuriser les effectifs, reconnaître le travail réalisé, mettre fin aux pratiques managériales délétères, clarifier qui décide et remettre de la transparence, renforcer la prévention des risques psycho-sociaux et redonner aux équipes les moyens de faire un travail de qualité.
Ce rapport confirme ce que les salarié·es disent depuis des mois : le problème n’est pas individuel. Il est organisationnel. Il doit donc recevoir des réponses collectives.
Restons mobilisé·es, pour transformer nos conditions de travail.
Un grand merci aux salariées qui se mobilisent pour trouver des solutions, faire bouger les lignes, et s’engagent pour le collectif. Particulièrement à Valérie, Lucie, Bénédicte, Manon, Marion, Alexandra, qui au delà de leur mandat Les Cerisiers, s’impliquent dans l’amélioration de la vie de leurs collègues et des conditions de travail au CHV Les Coredliers.
Ressources – Rapport complet d’expertise « risque grave » du CHV Les Cordeliers (version intégrale) – Support de présentation en CSE du 22 avril 2026 – Communication de la Direction locale du 14 avril 2026 sur les augmentations de salaire.
NB : la rédaction de cet article ont pu être assistées par un outil d’intelligence artificielle pour la reformulation. Cela n’a en rien modifié le fond, qui repose exclusivement sur les éléments du rapport, des présentations et des témoignages.
Un accident du travail (AT) est un événement soudain survenu par le fait ou à l’occasion du travail, ayant entraîné une lésionmédicalement constatée.
Cf. Art L411-1 du code de la sécurité sociale
Trois critères cumulatifs :
Un fait précis et daté
Une lésion médicalement constatée
Un lien avec le travail
Principe fondamental : ➡ Présomption d’imputabilité : tout accident survenu au temps et au lieu de travail est présumé professionnel (cf. logique historique du droit à réparation automatique
2️⃣ Les lésions concernées : visibles et invisibles
Il n’existe pas de distinction entre « atteinte physique » et « atteinte psychique » dans la définition juridique de la lésion.
👉 Il n’y a que des lésions. Certaines sont visibles. D’autres sont invisibles. Toutes peuvent relever d’un accident du travail.
Contrairement aux idées reçues, l’AT ne concerne pas uniquement une blessure visible.
Une lésion est caractérisée dès lors qu’elle est médicalement constatée.
🔎 Exemples de lésions invisibles pouvant constituer un AT
crise d’angoisse aiguë après une altercation,
effondrement émotionnel après un entretien violent,
symptômes immédiats de stress post-traumatique,
insomnies, palpitations, tremblements consécutifs à un événement précis.
Ce ne sont pas des “états d’âme”. Ce sont des atteintes à la santé, relevant des risques psychosociaux définis comme des risques pour la santé mentale, physique et sociale engendrés par l’organisation du travail.
⚠️ Attention au mot burn-out
Le burn-out n’est pas une lésion mais un syndrome : il décrit une situation globale d’épuisement lié à un stress chronique au travail. Ce n’est pas une « lésion » médicalement recevable. Or, en accident du travail, le certificat doit mentionner des lésions constatées (anxiété aiguë, insomnie, nausées, état de stress). Utiliser “burn-out” à ce stade est trop général et peut fragiliser le dossier.
3️⃣ Le lien avec le travail
Si l’évènement survient sur le lieu de travail, le lien est plutôt évident.
Mais il ne faut surtout pas réduire ce critère au seul espace physique de l’entreprise. Le droit parle d’un événement survenu “par le fait ou à l’occasion du travail”. Cela dépasse largement les murs du lieu de travail.
Un événement peut être reconnu comme accident du travail même s’il survient :
après avoir reçu un message annonçant encore un sous-effectif majeur le lendemain, où l’on se dit « cette fois je ne vais pas y arriver »,
à la lecture d’un mail culpabilisant ou brutal d’un·e manageur·euse,
lors d’un appel téléphonique conflictuel avec son·sa RH,
au cours d’un « afterwork » entre collègues où l’on subit une humiliation ou du harcèlement.
👉 Ce qui compte, ce n’est pas l’endroit. C’est le lien direct avec l’activité professionnelle ou son organisation.
🔎 Exemple de ce qui peut constituer un accident du travail :
Agression verbale ou physique d’un·e client·e ou d’un·e collègue
Sortir en larme d’un entretien avec sa hiérarchie
Se tordre la cheville sur la piste de danse lors d’un afterwork
Recevoir un mail dégradant
Annonce disciplinaire
Se faire tomber une pompe à perfusion sur le pied
Se faire mettre la pression par son directeur régional et en sortir en état de choc
Faire un malaise sur le lieu de travail
⚠️ Attention : ici on parle de droit, pas de morale
Ce qui compte, ce n’est ni la faute, ni la responsabilité, ni la moralité de l’événement : c’est son caractère soudain et son lien avec le travail — la qualification d’accident du travail ne repose jamais sur un jugement moral, mais sur des critères juridiques objectifs.
Si vous vous faites mordre par un chat, ce n’est pas toujours la faute de votre employeur·euse. Peu importe : c’est arrivé, vous êtes blessé, c’est un AT.
comment déclarer concrètement ?
Il t’est arrivé quelque chose en lien avec le travail. Tu ne peux plus continuer, tu veux t’arrêter, tes collègues ou ton médecin te disent de t’arrêter. Tu te poses alors TOUT DE SUITE la question : AT ou maladie ? C’est un AT.
ÉTAPE 1️⃣ : CONSULTER UN MÉDECIN POUR CONSTATER LES LÉSIONS
Le médecin établit le Certificat Médical Initial (CMI).
Le CMI doit :
Décrire précisément les lésions (cf partie 1)
Éviter les termes juridiques ou flous (“harcèlement”, « burn-out »)
Mentionner un lien avec le contexte professionnel (cocher la cas AT suffit)
⏳ Et qu’en est-il des délais ? Peut-on me reprocher d’avoir « trop attendu » ?
Deux situations possibles
La lésion peut être immédiate : morsure avec plaie, douleur brutale après un faux mouvement, effondrement ou pleurs à l’issue d’un entretien violent. Elle peut aussi être différée : douleur de dos devenue invalidante quelques jours après un port de charge, crise d’angoisse survenant plusieurs jours après une agression verbale, troubles du sommeil ou palpitations apparus secondairement après un évènement précis au travail.
Ce qu’il faut faire
Dès que l’atteinte t’empêche de travailler normalement, de venir au travail, ou nécessite des soins ou un arrêt, il faut la faire constater par un médecin. Le médecin pourra décrire la lésion, établir le certificat médical initial et prescrire un arrêt si nécessaire. Ensuite, il faut informer l’employeur.
L’idée centrale à comprendre est simple : pour qu’il y ait accident du travail, il faut qu’une lésion soit médicalement constatée. Cette lésion peut être physique ou psychique, visible ou invisible, immédiate ou différée : une plaie, une douleur lombaire, des palpitations, des insomnies, une crise d’angoisse, un effondrement psychique, etc.
Le fait qu’elle soit immédiate ou différée ne fait pas obstacle à la reconnaissance en accident du travail. La Cour de cassation (cour de cassation du 02/04/2003) a rappelé qu’un accident du travail peut être reconnu même si la lésion n’apparaît qu’ultérieurement, et l’article L. 411-1 du Code de la sécurité sociale vise bien une lésion, quelle que soit sa date d’apparition.
📒 Le registre des accidents bénins : si tu ne veux pas aller voir ton médecin immédiatement
Tout événement, même apparemment bénin (douleur légère, choc, faux mouvement, altercation), doit être consigné dans le registre des accidents bénins lorsqu’il existe dans l’entreprise. Cette inscription crée une trace officielle du fait soudain. Si la lésion s’aggrave ultérieurement et/ou nécessite un arrêt ou des soins, cette traçabilité facilite — et sécurise — la reconnaissance en accident du travail. Noter systématiquement les faits bénins, c’est se protéger juridiquement en cas d’évolution défavorable.
ÉTAPE 2️⃣ : INFORMER L’EMPLOYEUR
Délai : 24 heures (sauf force majeure).
Mail recommandé
Indiquer des témoins de l’évènement si possible
Décrire factuellement, sans jugement.
⚠️ 24 h : ce que ce délai veut dire… et ce qu’il ne veut pas dire
Pourquoi ce délai existe-t-il ? Le délai de 24 heures correspond à une règle de signalement à l’employeur, pas à une condition pour reconnaître un accident du travail.
Il sert surtout à :
permettre à l’employeur de vérifier rapidement les faits ;
identifier d’éventuel·les témoins ;
établir la déclaration d’accident du travail dans son délai de 48 heures ;
éviter qu’un évènement ancien soit déclaré trop tard, sans possibilité d’en reconstituer les circonstances.
🔎 À bien distinguer
1. Le délai d’information de l’employeur ➡️ Il court à partir du moment où le·a salarié·e a conscience d’avoir subi un accident du travail.
2. La reconnaissance de l’accident du travail ➡️ Elle reste possible jusqu’à 2 ans après le constat médical de la lésion.
❗ Ce que ça veut dire concrètement
Non, le “24 h max” ne signifie pas qu’un accident du travail devient impossible passé ce délai.
Cela veut dire qu’il faut prévenir rapidement en principe, mais qu’un retard peut être légitime, notamment si :
la lésion est apparue secondairement ;
la gravité ou le lien avec le travail n’a été compris qu’après coup ;
l’état de santé empêchait d’agir ;
ou plus largement en cas de motif légitime.
👉 Le point clé reste toujours le même : une lésion constatée médicalement (même apparue tardivement), en lien avec un évènement de travail (même si l’on en prend conscience que plus tard).
ÉTAPE 3️⃣ : DÉCLARATION À LA CPAM
Deux possibilités :
L’employeur·euse déclare l’AT et te le confirme par écrit (mail, sms, lettre). Tu n’as aucune démarche à faire. C’est son obligation de déclarer sous 48h dès qu’iel est informé·e. Iel doit vous remettre une Feuille d’accident du travail ou de maladie professionnelle (PDF) qui garantit votre prise en charge et vous dispense de toute avance de frais. Mais parfois, notamment en cas de contestation des faits ou de relations conflictuelles, cela peut bloquer.
Délai salarié·e : 2 ans maximum à partir de la constatation de la lésion par un médecin.
🔎 Remarque importante La Cour de cassation a précisé que le délai d’apparition de la lésion ne fait pas obstacle à la reconnaissance d’un accident du travail (Cass. 2 avril 2003). Les symptômes peuvent apparaître plusieurs jours après l’événement.
Exemple : Je soulève un cane corso de 60 kg le jeudi. Je ressens une douleur lombaire mais je continue à travailler et pars en week-end sous antalgiques. Le lundi matin, la douleur s’aggrave : impossible de me lever, je consulte aux urgences. ➡️ La déclaration d’accident du travail peut être faite le lundi, pour un fait survenu le jeudi.
Ce qui compte, c’est le fait soudain identifié (le port de charge le jeudi) et la lésion médicalement constatée. L’aggravation différée des symptômes ne fait pas obstacle à la reconnaissance de l’AT. Le délai de 24 heures ne vaut que dans le cas d’un AT entraînant une absence — pas à partir du fait lui-même.
ÉTAPE 4️⃣ : INSTRUCTION PAR LA CPAM
Une fois la déclaration d’accident et le certificat médical initial transmis, la CPAM instruit le dossier.
🗂️ 1. Délai d’instruction
Deux situations :
Sans réserves de l’employeur et sans investigation de la CPAM ➜ Décision dans un délai de 30 jours.
Avec réserves de l’employeur ou décision d’investigation par la CPAM ➜ Phase d’enquête pouvant aller jusqu’à 70 jours supplémentaires (soit un maximum de 3 mois au total).
En l’absence de réponse dans ces délais, l’accident est considéré comme reconnu automatiquement.
📩 2. La phase d’investigation
Si une enquête est engagée :
Un questionnaire est adressé au salarié et à l’employeur.
Vous disposez de 20 jours maximum pour y répondre.
La CPAM vous informe des dates clés :
date de consultation du dossier,
date limite de décision.
En pratique, une phase d’investigation est quasi systématique en cas de lésion dite “invisible” (atteinte psychologique, douleur sans trace objective immédiate, etc.). Ce n’est ni exceptionnel ni inquiétant. Cela signifie simplement que la CPAM vérifie les circonstances. Il faut donc s’y préparer, répondre précisément au questionnaire et transmettre les éléments utiles sans se décourager.
💻 3. Le questionnaire en ligne
L’Assurance Maladie a mis en place le service “Questionnaire risque professionnel en ligne”.
Ce téléservice permet :
une aide au remplissage,
le dépôt de documents,
l’accès aux pièces du dossier,
la formulation d’observations.
Lors de la déclaration ou du remplissage du questionnaire en ligne :
restez factuel·le, précis·e et centré·e sur le fait soudain.
Décrivez chronologiquement l’événement (date, heure, lieu, circonstances) et les symptômes constatés, sans interprétation ni jugement. Évitez les termes juridiques (“harcèlement”, “faute”, “management toxique”) et les notions trop globales (“burn-out”) : ce n’est pas l’objet de la procédure.
Ne diluez pas votre réponse dans le contexte général — il peut ouvrir la voie à une contestation.
Vérifiez les délais (20 jours pour répondre) et conservez une copie de tout ce que vous transmettez.
L’enjeu est simple : démontrer un fait soudain, une lésion constatée, un lien avec le travail.
🔎 Remarque : faut-il forcément une attestation d’un·e témoin ?
Non, la présence d’un témoin n’est pas obligatoire pour déclarer un accident du travail. Exiger un témoin rendrait impossible toute reconnaissance pour les travailleur·ses isolé·es (travail de nuit, domicile, itinérance, etc.). En revanche, si vous disposez d’un ou deux témoignages, ils constituent un appui solide en cas de contestation et peuvent conforter utilement votre dossier.
⚠️ Attention : on parle de l’évènement, pas du contexte
Dans beaucoup d’AT à motif « psychologique », l’événement déclencheur est le dernier d’une longue série. Pourtant, pour la procédure, seul comptele fait soudain qui a provoqué la lésion. Il doit être présenté clairement et isolément, sans contexte antérieur. Le contexte général n’est pas nécessaire à la qualification et peut fragiliser le dossier en ouvrant la voie à une contestation.
⚖️ 4. La phase contradictoire : attention au retour de boomerang
Durant l’enquête :
Le dossier est mis à disposition du salarié et de l’employeur.
Tu peux apporter des observations.
A la fin du délai le dossier reste consultable mais sans nouvelles observations possibles.
Pendant la phase contradictoire, votre employeur peut émettre des réserves — et dans la majorité des cas, il ne s’en prive pas.
Ce n’est pas personnel. C’est une stratégie classique.
Pourquoi ? Parce qu’un accident du travail a un impact financier et juridique pour l’employeur.
Il peut donc chercher à contester la matérialité du fait, à remettre en cause votre chronologie, ou à invoquer des éléments extérieurs (état antérieur, fragilité supposée, conflit personnel…).
Il n’est pas rare qu’une lettre soit versée au dossier juste avant clôture, développant une argumentation longue et parfois déstabilisante. On vous prévient : la lecture peut être difficile.
👉 Deux options :
Vous vous sentez capable de lire cette contestation : vérifiez si elle met en évidence des zones floues dans votre chronologie et apportez, si nécessaire, des clarifications factuelles. Ne répondez à aucune provocation ou tentative de contextualisation.
La lecture est trop éprouvante : transmettez-la à votre organisation syndicale ou à un·e représentant·e du CSE, qui l’analysera et vous indiquera s’il est utile de formuler des observations.
Ne rentrez pas dans le registre émotionnel. Restez factuel·le, distant·e, imperturbable.
La procédure ne porte pas sur votre moralité. Elle porte sur trois critères : fait soudain, lésion, lien avec le travail.
5. La décision
La CPAM doit notifier sa décision dans un délai de 30 jours à compter de la réception de la déclaration et du certificat médical, ou dans un délai maximal de 3 mois si une phase d’investigation a été engagée. En l’absence de réponse dans ces délais, l’accident est considéré comme reconnu tacitement.
La CPAM notifie sa décision :
Reconnaissance en accident du travail
Refus de prise en charge
Si la CPAM refuse la prise en charge, vous disposez de 2 mois pour saisir la Commission de Recours Amiable (CRA) de votre caisse.
🔎 En cas de refus : faut il faire le recours ?Oui !
Si vous recevez une lettre de refus comme celle-ci :
» […] a émis un avis défavorable, estimant qu’il n’a pas été possible d’établir que les lésions dont vous faites état résultent d’un accident survenu par le fait ou à l’occasion du travail.«
« Si vous contestez cette décision, vous pouvez saisir la Commission de Recours Amiable dans un délai de deux mois à compter de la réception du présent courrier, en adressant votre réclamation par écrit (de préférence par lettre recommandée) au secrétariat de la CRA de votre CPAM. »
La réponse est simple, et il ne faut pas hésiter : CONTESTEZ. Un courrier recommandé indiquant que vous contestez la décision notifiée le [date du courrier], concernant votre demande de reconnaissance d’accident du travail (reprendre exactement l’intitulé figurant dans la lettre) et que vous maintenez que les lésions médicalement constatées sont en lien direct avec votre activité professionnelle. Joignez une copie de la décision contestée et, surtout, un courrier argumenté de votre médecin traitant précisant le lien médical entre votre pathologie et vos conditions de travail.
Ce recours est une formalité administrative. En pratique, lorsque les 3 critères sont présents, et que votre médecin traitant appui la demande, la reconnaissance est obtenue dans l’immense majorité des cas, même si le médecin conseil de la CPAM avait initialement émis un avis défavorable.
Alors pourquoi ce refus ?
Les raisons peuvent être multiples, et pas toujours strictement juridiques. La commission est composée de représentant·es salarié·es et employeur·ses, et selon les sensibilités, l’analyse peut parfois glisser vers une appréciation du contexte ou des personnes, plutôt que rester centrée sur la matérialité des critères légaux. L’erreur d’appréciation existe. Il ne faut pas non plus oublier que ces décisions s’inscrivent dans un cadre de gestion des dépenses et de maîtrise des arrêts, ce qui peut influencer la prudence — voire la sévérité — de certaines positions.
Délai de 2 mois – Contestation par recommandé – Joindre lettre d’appui du médecin – Ne pas lâcher
🔎 La CPAM me convoque : dois-je m’inquiéter ?
Non, une convocation de la CPAM est une étape assez classique dans l’instruction d’un accident du travail. La caisse peut te convoquer pour mieux comprendre les circonstances de l’accident, vérifier les informations du dossier ou évaluer ton état de santé.
Cela peut prendre plusieurs formes :
un entretien administratif avec un agent de la CPAM,
un questionnaire ou un appel téléphonique,
une convocation par le médecin-conseil.
L’objectif est simplement de compléter l’instruction du dossier. Il est important d’y répondre et de s’y présenter, car l’absence peut compliquer l’étude de ton dossier.
Si certaines questions te semblent floues ou si la situation est complexe, tu peux te faire aider par un·e représentant·e du personnel ou un syndicat pour préparer tes réponses.
quels sont mes droits en AT ? et Par rapport à un arrêt maladie classique ?
1️⃣ EST-CE QUE JE VAIS PERDRE DE L’ARGENT SUR MON SALAIRE ?
NON. Et ça change beaucoup de choses.
Contrairement à un arrêt maladie classique, qui inflige au salarié une perte sèche, souvent importante notamment si l’arrêt se prolonge par un départ de l’entreprise.
🔹 Pas de jours de carence
En arrêt maladie classique, les 3 premiers jours ne sont pas indemnisés par la Sécurité sociale.
En accident du travail :
il n’y a aucun jour de carence
si l’accident est reconnu plus tard, les jours sont régularisés rétroactivement.
🔹 Indemnités journalières plus élevées
Les indemnités journalières (IJ) versées par la Sécurité sociale sont plus élevées en accident du travail qu’en maladie classique.
Dans beaucoup d’entreprises, il existe un mécanisme appelé subrogation :
l’employeur reçoit les indemnités à ta place
il te verse directement ton salaire.
Dans ce cas, tu peux avoir l’impression que “rien ne change” sur ta fiche de paie, mais en réalité :
les IJ lors d’accident du travail sont plus favorables
la différence peut apparaître plus tard (régularisation, retraite, indemnités…).
🔹 Retraite
Les périodes d’arrêt pour accident du travail sont assimilées à du temps travaillé pour la retraite.
🔹 Indemnité de licenciement majorée en cas d’inaptitude
Si une inaptitude est reconnue d’origine professionnelle :
l’indemnité légale de licenciement est au moins doublée,
et une indemnité équivalente au préavis est versée, même si tu ne peux pas l’effectuer.
La différence peut représenter plusieurs milliers d’euros.
2️⃣ QUEL IMPACT SUR MES CONGÉS PAYÉS ?
C’est une différence importante entre arrêt maladie classique et accident du travail.
🔹 En arrêt maladie classique
Tu continues désormais d’acquérir des congés payés, mais à un rythme réduit :
➡ environ 2 jours ouvrables par mois d’arrêt.
C’est une évolution récente du droit : auparavant, les arrêts maladie ne permettaient pas d’acquérir de congés payés.
🔹 En accident du travail
La règle est plus favorable.
Tu continues d’acquérir 2,5 jours ouvrables par mois, comme si tu travaillais normalement.
En cas de paiement d’indemnité de congés payés si tu quittes l’entreprise, la différence peut s’élever à plusieurs centaines voire milliers d’euros. Si l’accident du travail est reconnu après coup, la régularisation des congés est rétroactive.
🔹 Et si mon arrêt tombe pendant mes congés ?
La loi a aussi changé sur ce point.
Si ton arrêt maladie ou ton accident du travail débute avant la période de congés prévue :
➡ les congés ne sont pas perdus ➡ ils doivent être reportés après ton arrêt.
Si tu tombes malade ou es victime d’un accident du travail pendant tes congés payés :
➡ les jours de congés concernés ne sont plus considérés comme des congés ➡ ils doivent être reportés ultérieurement.
Autrement dit : tes congés ne peuvent pas être “consommés” pendant un arrêt maladie ou un AT.
La loi prévoit désormais une période de report minimale de 15 mois, si la période de pose de congé dans ton entreprise est dépassée lors de ton retour d’arrêt.
Exemple 1 : Je suis arrêté pour accident du travail ou maladie le 13 juillet, juste avant mes 2 semaines de congés d’été, et je reprends le travail le 1er août. Dans mon entreprise, la période de prise des congés va du 1er mai au 31 octobre (dite période légale, cf code du travail). Je peux donc reposer mes 2 semaines de congés entre le 1er août et le 31 octobre : mes congés ne sont pas perdus et je ne bénéficie pas du report de 15 mois, puisque la période normale de prise n’est pas terminée.
Exemple 2 : Même situation de départ, mais mon arrêt dure 4 mois et je reprends mi-novembre. La période normale de prise des congés (1er mai – 31 octobre) est alors dépassée. Je bénéficie donc d’un report minimal de 15 mois pour pouvoir prendre ces congés après mon retour.
Dans certaines situations (arrêts très longs), les règles peuvent être un peu différentes, mais le principe reste le même : les congés ne sont plus perdus à cause d’un arrêt maladie ou d’un accident du travail.
💡 Point important pour les salarié·es :
Dans la pratique, beaucoup d’entreprises n’appliquent pas encore correctement ces nouvelles règles (réforme très récente). Si tu as eu un arrêt long ces dernières années, cela peut valoir le coup de vérifier tes droits aux congés.
4️⃣ PUIS-JE ME FAIRE REMBOURSER MES SOINS ?
Oui, si les soins sont en lien avec l’accident du travail.
🔹 Prise en charge des soins
En accident du travail :
soins médicaux : 100 %
hospitalisation : 100 %
transports médicaux : 100 %
Certains appareillages ou prothèses peuvent être remboursés jusqu’à 150 % du tarif Sécurité sociale.
⚠️ Les dépassements d’honoraires restent à charge.
🔎 Et les soins psy ?
Si l’atteinte psychique est reconnue comme conséquence de l’accident :
les consultations chez un·e psychiatre sont remboursées dans le cadre AT
les consultations chez un·e psychologue ne sont remboursées que dans certains dispositifs reconnus par l’Assurance maladie (par exemple le parcours “Mon soutien psy”).
5️⃣ PEUT-ON ME LICENCIER PENDANT MON ARRÊT ?
Pendant un arrêt pour accident du travail, tu bénéficies d’une protection renforcée :
L’employeur ne peut pas rompre ton contrat “par confort” ou parce que ton absence gêne l’organisation. Alors qu’il le peut lors d’arrêt maladie « classique » !
En pratique, le licenciement n’est possible que dans deux cas :
faute grave (sans lien avec ton état de santé)
impossibilité de maintenir le contrat pour une cause totalement étrangère à l’accident — c’est-à-dire un événement indépendant de toi et de ton AT (ex. cessation réelle d’activité supprimant tous les postes, fin de contrat de chantier).
À l’inverse, l’employeur ne peut pas se fonder sur ton absence prolongée ou la désorganisation qu’elle provoquerait, même s’il doit te remplacer (Cass. soc., 13 mars 2019, n°17-31805), ni sur une “insuffisance professionnelle” opportunément invoquée. En arrêt maladie “classique”, la protection est plus faible : un licenciement reste possible si l’employeur prouve une cause réelle et sérieuse même en lien avec ton arrêt, et surtout, si ton absence prolongée ou répétée désorganise l’entreprise et impose un remplacement définitif en CDI. En clair : en AT, ton arrêt ne peut pas servir de prétexte ; en maladie, il peut devenir un motif si l’employeur coche strictement les cases.
6️⃣ MON MÉDECIN ME CONSEILLE DE PARTIR POUR INAPTITUDE : BONNE OU MAUVAISE IDÉE ?
La réponse dépend beaucoup du contexte.
🔹 D’abord : qu’est-ce que l’inaptitude ?
L’inaptitude est une décision du médecin du travail qui constate que ton état de santé n’est plus compatible avec ton poste. Elle ne peut pas être prise sans ton consentement ! Si tu t’y oppose, le médecin doit suivre ton avis.
En théorie, une décision d’inaptitude au poste peut conduire :
à un aménagement de poste
à un reclassement dans l’entreprise
ou, en dernier recours, à un licenciement pour inaptitude (tu as droit au chomâge ensuite).
⚠️ Mais dans la pratique, c’est souvent le licenciement qui est appliqué. Pourquoi ?
🔹 Inaptitude au poste = licenciement dans la majorité des cas
D’abord parce que l’employeur considère fréquemment qu’un aménagement du poste est trop coûteux ou désorganise l’organisation de la clinique. Et le médecin du travail ne connaît pas toujours suffisamment le métier et les contraintes concrètes du terrain pour contester cet argument.
Ensuite, pour conclure à une impossibilité de reclassement, l’employeur doit simplement montrer qu’il a cherché des solutions. Il peut par exemple proposer des postes très éloignés du domicile, ou faire peu d’efforts réels de recherche.
En théorie, tu peux contester en prouvant qu’un poste compatible existait (dans l’entreprise ou le groupe). En pratique, c’est très difficile à démontrer pour un·e salarié·e, qui n’a pas accès aux informations internes sur les postes réellement disponibles.
Enfin le médecin du travail peut carrément te déclarer inapte à tout poste si ton souhait est de quitter l’entreprise, ce qui le dispense même de devoir chercher à aménager ou à te reclasser.
🔹 Si l’inaptitude est d’origine professionnelle (suite à un accident du travail par exemple)
Les droits sont beaucoup plus favorables en cas de licenciement :
l’indemnité légale de licenciement est au moins doublée
tu reçois une indemnité équivalente au préavis, même si tu ne peux pas le faire. En arrêt maladie classique, tu n’es pas rémunéré durant ce préavis, et ne touche pas encore le chomage.
La différence peut représenter plusieurs milliers d’euros.
🔹 Conseil
Avant d’accepter une démarche d’inaptitude, il est important de ne pas rester seul·e face à cette décision.
Contacte tes représentant·es du personnel ou un·e représentant·e syndical·e. Ils peuvent t’aider à :
analyser si l’inaptitude est réellement la meilleure solution,
identifier des aménagements de poste possibles,
vérifier les possibilités réelles de reclassement.
L’idéal est d’engager une réflexion à trois :
➡ toi (le ou la salarié·e) ➡ le médecin du travail ➡ les représentant·es du personnel (CSE, syndicat)
Cette discussion doit avoir lieu pendant l’arrêt de travail, notamment lors d’une visite de pré-reprise avec le médecin du travail (qui ne nécessite pas forcément une reprise). C’est souvent le moment le plus utile pour réfléchir concrètement à :
un aménagement du poste (organisation du travail, horaires, tâches),
une adaptation du matériel (table élévatrice, siège adapté, équipements autres)
un changement de poste compatible avec l’état de santé (accueil, back office, etc.)
Ces solutions peuvent être financées en partie ou totalement par des dispositifs dédiés, notamment les aides de l’AGEFIPH, qui soutient l’adaptation des postes de travail et le maintien dans l’emploi des salarié·es en difficulté de santé. Parles en à ton·ta délégué·e syndical·e !
⚠️ Un licenciement pour inaptitude doit rester le dernier recours.
Il peut parfois constituer une solution plus protectrice qu’une démission, car il ouvre des droits (indemnités et chômage), alors qu’une démission « sèche » prive souvent le salarié de ces protections.
Mais il est préférable d’y recourir uniquement lorsque l’arrêt touche à sa fin et que le salarié a réellement décidé de quitter l’entreprise et de se projeter ailleurs.
Si ce n’est pas le cas, il peut être plus prudent :
de rester en arrêt le temps de mûrir sa réflexion,
d’étudier les possibilités d’aménagement,
d’attendre les propositions de reclassement de l’employeur.
Une fois prononcée, l’inaptitude conduit souvent rapidement à une rupture du contrat. Il s’agit donc d’une décision importante et difficile à revenir en arrière, qui mérite d’être réfléchie collectivement.
accident du travail : et après ?
1️⃣ Consolidation : comment se termine un accident du travail ?
Un accident du travail prend fin au moment de la consolidation : c’est la date à laquelle ton état de santé est considéré comme stabilisé, même s’il reste des séquelles. En termes simples, le médecin estime que ton état ne peut plus réellement s’améliorer ni s’aggraver à court terme.
La consolidation peut être proposée par ton médecin traitant (à ta demande) ou décidée par la CPAM, après avis du médecin conseil. Tu peux être convoqué·e ou recevoir un appel pour faire le point sur ton état de santé.
⚠️ Ce moment peut être éprouvant : devoir “prouver” que l’on va mal n’est jamais simple.
👉 Anticipe. Dès le début de ton arrêt, conserve tous les éléments médicaux : comptes rendus, certificats, consultations régulières chez ton médecin traitant, psychiatre si besoin, visites en médecine du travail. Plus ton suivi est documenté, plus ton dossier est solide.
Rassure toi : Si le médecin conseil décide malgré tout de consolider et mettre fin à ton AT alors que tu ne te sens pas stabilisé·e, ce n’est pas une fatalité. La décision est contestable dans un délai de 2 mois. Et pendant ce temps, ton médecin peut te prescrire un arrêt maladie classique pour éviter toute rupture de droits et retour au travail prématuré. La contestation aboutit dans la grande majorité des cas, tes droits AT sont rétablis avec effet rétroactif.
2️⃣ En cas de séquelles : consolidation et indemnisation permanente
Lorsque tes lésions se stabilisent mais laissent des séquelles durables, ton médecin traitant établit un certificat médical final de consolidationavec séquelles. Cela signifie qu’un traitement actif n’est plus nécessaire, mais que tu n’es pas guéri·e pour autant et qu’il subsiste une incapacité permanente.
🔎 L’IPP est essentielle dans bien des cas : ne minimise pas ton accident et ses conséquences. Elle est là pour compenser +/- durablement la perte de capacité de travail. Sans cette allocation, une personne qui ne peut plus travailler à temps plein (douleur chronique, dépression, traitement lourd), qui doit passer à 50 %, ou renoncer à certaines tâches physiques ou émotionnelles, peut se retrouver rapidement en situation de grande précarité.
Après réception du certificat, et après avis du médecin conseil, la CPAM te notifie officiellement la date de consolidation, ce qui met fin aux indemnités journalières versées au titre de l’AT.
Si des séquelles persistent, la CPAM évalue un taux d’IPP (Incapacité Permanente Partielle) :
moins de 10 % ➜ versement d’un montant. Le dossier est clos pour la CPAM.
10 % ou plus ➜ versement d’une rente à vie (même pendant ta retraite)
⚠️ Si tu estimes que la consolidation a été fixée trop tôt ou que le taux d’IPP est sous-évalué, la décision est toujours contestable dans un délai de2 mois. Ne laisse pas passer ce délai : une expertise médicale peut être demandée pour faire réévaluer ta situation. Les taux d’IPP sont souvent fixé à minima, et réévalué à la hause lors de contestation.
3️⃣ La rechute : bien la distinguer d’un nouvel accident du travail
Une rechute n’est pas un nouvel accident. Elle correspond à l’aggravation d’une lésion déjà reconnue ou à l’apparition d’une nouvelle lésion directement liée à l’accident initial. Elle intervient obligatoirement après une guérison ou une consolidation.
Ton médecin établit un certificat médical de rechute, mentionnant la nature des lésions et la date de l’accident initial. La caisse dispose en principe de 60 jours pour statuer (silence = reconnaissance). L’employeur peut émettre des réserves, et une instruction peut être engagée, même procédure.
Si la rechute est reconnue, tu bénéficies des mêmes droits que lors de l’accident initial (indemnités journalières, soins à 100 %, etc.). En revanche, si un nouvel événement soudain distinct est à l’origine des lésions, il s’agit d’un nouvel accident du travail, avec une nouvelle déclaration et une nouvelle instruction.
Requalifier un arrêt maladie en accident du travail : c’est possible jusqu’à 2 ans après
Tu es revenu·e au travail, tu es toujours en arrêt maladie, ou tu viens d’être licencié pour inaptitude ? Ce n’est pas trop tard.
Avec le recul (et en lisant cet article), tu réalises que ton arrêt “maladie” faisait en réalité suite à unévénement professionnel précis. C’était un accident du travail ! Tu peux le faire requalifier comme tel.
Pourquoi faire cette démarche ? Parce que la qualification en AT change réellement la situation. Tu trouveras le résumé des avantages en fin d’article : Accident du travail VS arrêt maladie.
Un AT reconnu, ce n’est pas seulement un dossier individuel. C’est un signal sur l’organisation du travail.
Étape 1️⃣ : Identifier et formaliser le fait soudain
Même après coup, il faut de refaire le fil de ta journée. Tu dois :
dater précisément l’événement,
le décrire factuellement,
l’isoler du contexte général.
⚠️ On parle de l’événement, pas de l’ambiance globale.
Même logique qu’une déclaration au moment. Si tu as des difficultés, contacte ton syndicat, il t’aidera à identifier l’évènement déclencheur.
Étape 2️⃣ : Consulter son médecin pour un certificat rectificatif
Même si l’arrêt est terminé, tu dois revoir le médecin qui t’a prescrit l’arrêt initial (médecin traitant, urgentiste, etc.). C’est l’étape indispensable. Il doit te délivrer :
un certificat médical initial rectificatif,
daté comme le précédent, de la date de constatation initiale des lésions,
mentionnant l’origine professionnelle : coche la case AT et non maladie,
décrivant précisément les lésions si ce n’était pas déjà le cas,
avec la mention finale « ANNULE ET REMPLACE« ,
🔎 Remarque : que faire si ton médecin hésite ?
Certain·es médecins peuvent être réticent·es à cocher la case “accident du travail”, par crainte d’un contentieux ou d’une mise en cause. Il est utile de rappeler que le médecin ne “reconnaît” pas l’AT : il constate des lésions et mentionne leur origine déclarée. C’est la CPAM qui instruit et décide. Lui demander d’établir un certificat mentionnant un lien avec le travail n’engage pas sa responsabilité juridique sur la qualification finale.
Ce que tu peux dire à ton médecin :
❓Dr – « C’est trop tard »
Toi – « La CPAM accepte les déclarations tardives. Je n’ai réalisé le lien avec le travail que récemment. Le certificat peut être établi dès lors que vous constatez la lésion ou son lien avec le travail. C’est ensuite la CPAM qui instruit et décide.. »
❓Dr – « Ce n’est pas à moi de faire ça »
Toi – « Vous êtes le médecin ayant constaté les lésions pour la première fois. C’est donc le certificat initial qui est requis. »
❓ Dr – « Je ne peux pas garantir que c’est professionnel »
Toi – « Je ne vous demande pas de garantir. Simplement de mentionner le caractère professionnel possible, tel que je vous l’ai déclaré. »
Courrier type pour ton médecin :
Objet : Rectification du certificat médical initial
Docteur,
Je me permets de revenir vers vous concernant ma demande de rectification du certificat médical initial établi lors de notre consultation du XXX.
Après m’être renseigné auprès de la CPAM, il m’a été indiqué que le délai entre l’évènement et la constatation de la lésion n’empêche pas d’établir un certificat mentionnant un accident du travail. La caisse accepte en effet les déclarations tardives lorsque le lien avec le travail n’a été identifié qu’ultérieurement (jusqu’à 2 ans).
Il m’a également été précisé que le médecin ne “reconnaît” pas l’accident du travail : il constate les lésions et peut mentionner leur lien avec le travail tel que déclaré par le patient, sans que cela n’implique de sa part une reconnaissance définitive du caractère professionnel. La qualification finale relève de la CPAM, conformément à l’article R.441-10 du Code de la sécurité sociale.
La CPAM m’a par ailleurs indiqué que, pour ce certificat rectificatif, il conviendrait de reprendre la date de la consultation initiale et de faire apparaître la mention « annule et remplace ».
Je vous remercie par avance pour votre aide dans ces démarches.
Bien cordialement, Nom / Prénom Téléphone
🔎 Si refus ou impossibilité de recontacter le médecin prescripteur :
Option 1 : passer par son médecin traitant
Certificat du médecin traitant en accident du travail avec mention :
« Vu la consultation aux urgences du 17 mars 2025… »
Option 2 : Déclaration AT sans rectificatif, en joignant :
arrêt initial
courrier explicatif
compte rendu de la prise en charge initiale (CR des urgences, autre…)
La CPAM peut instruire malgré tout. C’est juridiquement recevable.
Étape 3️⃣ : Déclaration à la CPAM
Deux possibilités :
Tu déclares l’accident à postériori à ton employeur·euse, qui fait lui·elle même la déclaration d’AT et te le confirme par écrit (mail, sms, lettre). Tu n’as aucune démarche à faire. C’est son obligation de déclarer sous 48h dès qu’iel est informé·e. Iel doit te remettre une Feuille d’accident du travail ou de maladie professionnelle (PDF) qui garantit ta prise en charge et te dispense de toute avance de frais. Mais parfois, notamment en cas de contestation des faits ou de relations conflictuelles, cela peut bloquer.
Tu joins le nouveau certificat médical initial de ton médecin, avec la mention « ANNULE ET REMPLACE » (cf ci-dessus)
👉 Délai : 2 ans à compter de la constatation médicale de la lésion.
📒 Utiliser le registre des accidents bénins s’il existe :
Si l’événement avait été consigné dans le registre des accidents bénins, la preuve est facilitée. Tu joins une copie de la page en question à ta demande. Mais l’absence d’inscription n’empêche pas la requalification.
Exemple de déclaration à l’employeur :
Objet : Déclaration accident du travail – jj/mm/aaaa
Bonjour,
Je te contacte pour t’indiquer qu’un accident du travail est survenu le jj/mm/aaaa.
L’évènement s’est produit le matin, lors de ma prise de poste aux urgences, sur mon lieu de travail habituel. Dans un contexte de forte activité, une surcharge importante a de nouveau été constatée, avec un sous-effectif de vétérinaires et sans renfort des associé·es présent·es. Une réflexion déplacée et minimisante a été formulée par l’un·e des associé·es concernant le planning, la charge de travail et le ressenti des collègues, ce qui a contribué à aggraver la situation. Au cours de la prise en charge des urgences, cette situation a entraîné une dégradation brutale de mon état, avec une crise de larmes, une crise d’angoisse et un isolement.
Les lésions sont d’ordre psychologique (état anxieux aigu, épisode dépressif) constatées par mon médecin le jour même le jj/mm/aaaa. Puis un arrêt de travail m’a été prescrit à compter du jj/mm/aaaa en lien avec cet évènement.
Je précise que je ne prends pleinement conscience du caractère professionnel de cet arrêt que maintenant, et te prie de m’excuser pour cette démarche tardive, qui reste néanmoins dans le délai de prescription de deux ans.
Au regard de ces éléments, je te remercie de procéder à la déclaration d’accident du travail correspondante dans les meilleurs délais.
Je reste disponible si besoin de précisions complémentaires.
Bien à toi,
Étape 4️⃣ : Instruction par la CPAM
La procédure est identique à une déclaration classique :
30 jours sans investigation : silence = reconnaissance.
jusqu’à 3 mois avec enquête,
questionnaire en ligne, inclure si possible des attestations de témoin,
phase contradictoire, avec la même vigilance sur le risque de retour de boomerang,
décision et contestation éventuelle,
En pratique, en cas de requalification tardive ou de lésion “invisible”, une enquête est systématique. Ce n’est pas inquiétant.
Il faut la encore :
rester factuel·le,
centrer le dossier sur le fait soudain,
joindre les éléments utiles.
FAIRE RECONNAITRE LA FAUTE INEXCUSABLE
⚖️ La faute inexcusable de l’employeur·euse : quand et pourquoi engager une action ?
La faute inexcusable est reconnue lorsque l’employeur·euse avait ou aurait dû avoir conscience du danger auquel le salarié était exposé et n’a pas pris les mesures nécessaires pour le prévenir. Elle s’inscrit dans le cadre de son obligation légale de sécurité (L.4121-1 code du travail).
Cette action se justifie notamment lorsque :
un risque était connu (alertes, signalements, accidents antérieurs, avis du CSE ou du médecin du travail),
aucune mesure de prévention adaptée n’a été mise en place,
l’organisation du travail exposait manifestement à un danger,
des équipements de protection étaient absents ou inadaptés,
des risques psychosociaux avaient été identifiés sans action corrective.
Si la faute inexcusable est reconnue par le tribunal, cela change vraiment la donne. Concrètement, cela permet :
d’augmenter la rente ou le capital versé en cas de séquelles permanentes (IPP) ;
d’obtenir une indemnisation supplémentaire pour ce que tu as réellement subi : douleurs physiques, souffrance psychologique, impact sur ta carrière, perte de perspectives professionnelles ;
de faire prendre en charge des dépenses que l’AT ne couvre pas : aide d’une tierce personne si tu en avais besoin, aménagement de ton logement ou de ton véhicule, suivi psychologique couteux…
Autrement dit : la faute inexcusable sert à réparer tout ce que l’accident a cassé dans ta vie, au-delà de la simple indemnisation automatique. Ce n’est pas une démarche “excessive”. Elle est justifiée lorsque l’employeur connaissait le risque et n’a rien fait pour te protéger.
Tu disposes d’un délai de 2 ans pour agir, à compter soit de l’accident, soit de la reconnaissance du caractère professionnel, soit de la fin des indemnités journalières.
L’action peut être engagée directement devant le tribunal. Il est fortement conseillé d’être accompagné·e (avocat spécialisé, organisation syndicale, association de victimes).
Mises en situation concrètes
📌 1️⃣ Le cas “classique” : morsure de chat → infection → séquelles → IPP
Je me fais mordre par un chat agressif en consultation. Petite plaie. Je désinfecte. Je continue ma journée.
Je n’arrête pas de travailler.
5 jours plus tard : main gonflée, fièvre, douleur intense. Urgences. Infection sévère. Chirurgie. Antibiotiques IV.
Arrêt de travail : 3 semaines.
✔ Fait soudain identifié : la morsure. ✔ Lésion : plaie puis infection secondaire, date de constatation lors de la consultation d’urgence. ✔ Lien avec le travail : évident.
Même si l’infection apparaît plusieurs jours après, l’AT est caractérisé.
Après chirurgie, je garde une raideur permanente du doigt.
Consolidation avec séquelles. Évaluation d’un IPP à 8 %.➜ Versement d’une somme fixe.
Sans déclaration d’AT :
3 jours de carence
soins non pris à 100 %
aucune indemnisation pour la séquelle
📌 2️⃣ Le choc psychologique en entretien
Situation
Entretien avec mon patron, avec qui la situation est tendue depuis plusieurs mois.
Remarques humiliantes. Ton agressif. Menace de licenciement.
Je sors, je m’effondre en larmes. Impossible de finir ma journée dans cet état. Je consulte le jour même.
Ce n’est pas “une ambiance”. C’est un événement précis.
Reprise progressive, mi temps thérapeutique d’abord sur quelques mois, Je démarre un suivi par le dispositif type “Mon soutien psy”, reconnu par la CPAM. Pas de séquelles permanentes.
L’AT permet :
indemnisation plus favorable, pas de jours de carences, pas de perte de congés
soins psy pris en charge,
trace officielle dans les statistiques de l’entreprise.
📌 3️⃣ Requalification 6 mois après : le cane corso
Jeudi, en chirurgie.
Je dois déplacer un cane corso anesthésié d’environ 50 kg. Dans la clinique, il n’y a pas de table élévatrice ni de dispositif adapté. On fait “comme on peut”.
Je soulève seul·e.
Douleur lombaire immédiate. Je serre les dents. Je termine la journée.
Week-end sous Doliprane.
Lundi matin : impossible de me lever. Médecin. Arrêt maladie. Je ne pense pas à déclarer d’accident du travail.
Les semaines passent, toujours en arrêt. Les douleurs persistent.
3 mois plus tard : IRM → hernie discale. Chirurgie. 2 mois de convalescence.
Je garde des séquelles. Je ne peux plus porter de charges lourdes.
La médecine du travail conclut à une inaptitude au poste. Aucun reclassement compatible proche de chez moi.
Je suis licencié·e pour inaptitude.
Je perds un métier que j’aimais. Je touche le chômage, mais je sais qu’il est limité dans le temps. Je ne me projette pas dans une reprise ailleurs avec ces douleurs chroniques.
✔ Fait soudain : le port de charge du cane corso le jeudi. ✔ Lésion : douleur lombaire, puis hernie discale objectivée comme suite directe de la lésion initiale. ✔ Lien avec le travail : direct.
Le fait que :
la douleur se soit aggravée progressivement,
l’opération intervienne 3 mois plus tard,
la déclaration n’ait pas été faite immédiatement,
n’empêche pas la qualification d’AT.
Le problème ici n’est pas l’absence de fait soudain. C’est l’absence de déclaration, par méconnaissance de ses droits.
6 mois plus tard : la requalification
On m’informe qu’un arrêt maladie peut être requalifié en accident du travail dans un délai de 2 ans. Aujourd’hui, ça fait presque 1,5 ans.
Je reprends les éléments :
date précise du port de charge,
absence de matériel adapté,
douleur immédiate, collègue témoin ce jour là (pour appuyer ma demande)
évolution médicale cohérente.
Je demande à mon médecin un certificat rectificatif mentionnant l’origine professionnelle.
Je déclare moi-même à la CPAM via le CERFA.
L’employeur conteste évidemment.
Je reste factuel·le. La CPAM reconnaît l’AT.
Concrètement, cela représente :
les 3 jours de carence récupérés, soit plusieurs centaines d’euros restituées ;
une régularisation des indemnités journalières, plus favorables qu’en maladie classique, ça compte pour ma retraite ;
des congés payés recalculés comme si j’avais travaillé pendant mon arrêt :rattrapage de salaire, la aussi plusieurs centaines d’euros ;
une indemnité de licenciement pour inaptitude doublée, soit plusieurs milliers d’euros supplémentaires ;
un taux d’IPP supérieur à 10 %, ouvrant droit à une rente versée dans la durée — ce qui me permet d’envisager un travail à temps partiel compatible avec mes douleurs ;
et un impact sur les cotisations de l’entreprise, qui devra désormais rendre des comptes sur ses conditions de travail et acheter le matériel adapté afin d’éviter qu’une telle situation se reproduise.
Ce qui paraissait “trop tard” était en réalité un droit encore ouvert — et déterminant pour la suite de ma vie professionnelle.
📌 4️⃣ Le cas complexe du « burn-out » avec élément déclencheur
Puis : Mail refusant mes congés avec phrase culpabilisante.
Je lis le mail. C’est la goutte de trop. Insomnies, impossible de penser à autre chose, crise d’angoisse. Consultation le lendemain.
Arrêt pour accident de travail.
⚠️ Le burn-out est un syndrome. Pas une lésion. Ce qui est déclaré en AT :
✔ le mail daté, transmis en copie dans le questionnaire de la CPAM, ✔ le lien avec le travail via l’usage des mails professionnels (même en dehors du temps de travail), ✔ les symptômes constatés : insomnie, crise d’angoisse, anxiété
On ne s’intéresse pas ici “au contexte” : la relation toxique, le stress chronique due au sous effectif, … On déclare le fait soudain déclencheur, sans jugement ni auto-censure (je suis faible, je ne suis pas légitime de m’arrêter sur un mail…), Ce contexte pourra être utilisé en cas de poursuites pour faute inexcusable de l’employeur.
Arrêt prolongé.
Après enquête et malgré les réserves de l’employeur, l’accident du travail est reconnu.
Je passe plusieurs visites avec la médecine du travail. Mon état ne me permet plus d’occuper mon poste.
L’inaptitude est déclarée d’origine professionnelle, car liée à l’accident reconnu.
Ce que cela change concrètement :
Indemnité de licenciement doublée,
Préavis de départ : Tu ne peux pas effectuer ton préavis (inaptitude), mais l’employeur doit quand même te verser l’équivalent du salaire que tu aurais perçu pendant cette période,
Possibilité d’obtenir une indemnité liée à une incapacité permanente partielle si des séquelles persistent,
Et, si des alertes avaient été ignorées, possibilité d’engager une action pour faute inexcusable,
Dans l’immense majorité des cas aujourd’hui, ces situations sont déclarées en simple arrêt maladie.
La différence est majeure — financièrement, juridiquement et symboliquement.
Indemnité de licenciement minimale : tu perçois la version “classique”, nettement plus faible qu’en inaptitude d’origine professionnelle.
Préavis non payé : tu ne peux pas l’effectuer et l’employeur n’a pas à te le verser — perte sèche de plusieurs mois de salaire.
Pas d’IPP ni de rente : aucune compensation durable si tu dois réduire ton temps de travail.
Protection plus faible : le licenciement pour désorganisation et remplacement définitif reste possible.
Aucune reconnaissance du risque organisationnel : l’entreprise n’est pas impactée, aucune alerte officielle ni obligation renforcée de prévention.
🎯 Ce que montrent ces 4 cas
Un AT peut être :
physique immédiat,
physique à apparition différée,
psychologique aigu,
psychologique sur fond chronique avec déclencheur précis,
requalifié tardivement,
avec ou sans séquelles.
Dans tous les cas, on revient toujours aux 3 critères :
Fait soudain
Lésion médicalement constatée
Lien avec le travail
RAPPEL Des délais clés
Étape
Délai
Information employeur après constat lésion par un médecin (lors du CMI)
24h
Déclaration employeur à la CPAM
48h
Déclaration salarié·e
2 ans
Instruction CPAM
30 à 90 jours
Recours CRA
2 mois
ACCIDENT DU TRAVAIL VS MALADIE SIMPLE
Rappel des avantages clefs, qui font la différence :
🔹 Pour toi
récupération des 3 jours de carence de salaire
indemnisation plus favorable (avec effet rétroactif)
congés payés acquis à 2,5 jours/mois (plutôt que 2j/mois)
indemnité de licenciement doublée en cas d’inaptitude professionnelle
versement du salaire durant le préavis en cas d’inaptitude professionnelle
possibilité d’indemnités en cas de séquelles
protection renforcée contre le licenciement
prise en compte pour la retraite
possibilité d’action en faute inexcusable
Ce n’est pas symbolique. C’est concret, financier et protecteur.
🔹 Pour le collectif
la branche AT/MP (financée à 100 % par les employeurs) prend en charge les coûts
impact sur les cotisations de l’entreprise
obligation renforcée de prévention
alerte automatique au médecin du travail et à la CARSAT
❌ Idées reçues sur l’accident du travail
❌ « Si je me suis blessé chez un client, ou en allant récupérer une commande à la pharmacie, ce n’est pas un accident du travail. »
Faux. Un accident peut être reconnu dès lors qu’il survient par le fait ou à l’occasion du travail, même hors des locaux de l’entreprise.
❌ « Un accident du travail, c’est forcément une blessure physique. »
Faux. Un choc psychologique lié à un événement précis au travail est aussi reconnu comme accident du travail.
❌ « Si je n’ai pas de témoin, mon accident ne sera pas reconnu. »
Faux. Un accident du travail peut être reconnu même sans témoin. La CPAM examine l’ensemble des éléments du dossier : certificat médical, cohérence du récit, circonstances de travail, etc.
❌ « Si j’ai attendu quelques jours avant de consulter un médecin, ce n’est plus un accident du travail. »
Faux. Même si la consultation médicale intervient quelques jours après, l’accident peut être reconnu si le lien avec l’événement au travail est établi.
❌ « Si je déclare un accident du travail, je vais forcément avoir des problèmes avec mon employeur. »
Faux. Déclarer un accident du travail est un droit. L’employeur ne peut pas sanctionner un salarié pour avoir exercé ce droit. De plus déclarer un accident du travail ne mets pas en cause l’employeur : il n’est pas question de faute, de responsabilité. Juste de protéger le·a salarié·e contre les conséquences (financières, en terme de droit, de maintien dans l’emploi) d’un éventuel arrêt de travail.
❌ « Si mon employeur refuse de déclarer l’accident, je suis bloqué·e. »
Faux. Tu peux déclarer toi-même l’accident à la CPAM si l’employeur ne le fait pas.
❌ « Si la CPAM me convoque, c’est mauvais signe. »
Faux. Les convocations font souvent partie de l’instruction normale du dossier et servent à comprendre les circonstances de l’accident.
❌ « En arrêt maladie ou en accident du travail, je perds tous mes congés payés. »
Faux. Tu continues d’acquérir des congés pendant l’arrêt, et ils peuvent être reportés si l’arrêt empêche de les prendre.
❌ « Mon employeur ne peut jamais me licencier pendant un arrêt. »
Faux. C’est possible lors d’un arrêt maladie classique, et ça peut même être l’arrêt le motif s’il dure dans le temps et impact ta clinique. Mais la protection est beaucoup plus forte en accident du travail qu’en arrêt maladie.
❌ « La seule solution quand on ne peut plus travailler est de démissionner. »
Faux. La démission prive souvent de nombreux droits. Il existe d’autres solutions : arrêt, aménagement de poste, reclassement ou éventuellement inaptitude. La rupture conventionnelle existe aussi, mais est le plus souvent refusée.
🔎 Petit dictionnaire
CMI (Certificat Médical Initial) : Le document rédigé par le médecin au début de l’arrêt. Il décrit précisément les lésions et déclenche la procédure d’accident du travail.
IJ (Indemnités Journalières) : Les sommes versées par la Sécurité sociale pour compenser la perte de salaire pendant ton arrêt.
CRA (Commission de Recours Amiable) : L’instance interne de la CPAM à laquelle tu écris si ta demande d’AT est refusée. Si nouveau refus, tu peux aller au tribunal des affaires sociales.
IPP (Incapacité Permanente Partielle) : Le pourcentage attribué si tu gardes des séquelles après consolidation ; il ouvre droit à un capital distribué en une fois, ou à une rente à vie. Le % peut être contesté devant la CRA et le tribunal si insuffisant.
Subrogation : Quand l’employeur avance ton salaire pendant l’arrêt et perçoit directement les indemnités journalières à ta place.
CARSAT : L’organisme régional de la Sécurité sociale chargé notamment de la prévention des risques professionnels et du suivi des entreprises en matière d’AT/MP.
AGEFIPH :
Association de Gestion du Fonds pour l’Insertion Professionnelle des Personnes Handicapées — organisme qui finance et accompagne les actions permettant l’accès et le maintien dans l’emploi des personnes en situation de handicap (aménagement de poste, équipements adaptés, formation, accompagnement des salarié·es et des employeurs).
Ce guide a été rédigé à partir de travaux militants et de ressources issues de la pratique syndicale, du Code du travail et du Code de la sécurité sociale, ainsi que de la jurisprudence associée, dans une logique d’accompagnement concret des salarié·es confronté·es à des situations d’accident du travail, de maladie professionnelle ou de handicap.
L’ensemble des contenus s’appuie sur des sources fiables, notamment institutionnelles (Assurance maladie, service public, Agefiph) et syndicales, ainsi que sur des documents de référence relatifs au handicap et à ses dispositifs.
Certaines parties de la rédaction ont été réalisées avec l’appui d’outils d’intelligence artificielle, utilisés comme aide à la formulation et à la structuration. Elles ont néanmoins fait l’objet d’une vérification et d’une validation manuelles, rigoureuses et collectives.
Comprendre ses vulnérabilités pour retrouver son pouvoir d’agir
INTRODUCTION : UN CONSTAT DRAMATIQUE
Une synthèse issue de travaux majeurs sur la santé mentale vétérinaire — de Platt et al. (2012) à Tomasi et al. (2019), en passant par Mellanby (2005), Bartram et al. (2009) et plusieurs études nord-américaines — montre que notre profession « rencontre un taux de suicide bien supérieur à celui de la population générale et des groupes professionnels comparables et réputés pour leur mal-être, par exemple, les médecins ou les dentistes ».
La question légitime est bien celle-là : d’où ça vient ? Quand est-ce que ça commence ?
Les récents rapports nous montrent que cette souffrance se retrouve à l’identique dès l’école (Extrait du rapport Truchot « Rapport de Recherche pour les Ecoles Nationales Vétérinaires Françaises » sur la santé des étudiant·es vétérinaires français·e).
42,8 % des étudiant·es vétérinaires présentent un état dépressif modéré à sévère.
15,7 % ont eu récemment des pensées suicidaires. En fin de cursus, juste avant l’internat, les idéations suicidaires culminent, alors même que les étudiant·es sont au plus haut niveau de perfectionnisme et de responsabilité.
Ces chiffres ne viennent pas d’un tract syndical, mais d’une étude nationale confiée au Pr Didier Truchot par les quatre écoles vétérinaires françaises. Une enquête quantitative transversale, menée via un questionnaire anonyme auprès de l’ensemble des étudiant·es des quatre écoles vétérinaires françaises, permettant de mesurer leur santé mentale et d’analyser les facteurs individuels et organisationnels associés. Elle fait suite aux nombreuses alertes, aux précédentes enquêtes sur la profession, et fait notamment écho à la récente enquête de la cellule investigation de France info sur l’École nationale vétérinaire d’Alfort, qui décrit un système fait de surcharge, de management brutal et de violences sexistes et sexuelles.
Autrement dit : la souffrance étudiante n’est ni un « épiphénomène », ni l’histoire de quelques personnes « fragiles ». C’est le produit d’un fonctionnement structurel qui commence bien avant la vie salariée… et qui prépare, très concrètement, à accepter l’inacceptable en clinique.
Ce n’est pas non plus un phénomène isolé à la branche vétérinaire. On retrouve les mêmes mécanismes dans l’ensemble des métiers de santé et des métiers de vocation : surcharge, pression, perfectionnisme imposé, violences pédagogiques. Les études auprès des étudiant·es en médecine — plus nombreuses, longitudinales, cohorte après cohorte — montrent des niveaux similaires de dépression, d’anxiété, d’épuisement et d’idéations suicidaires.
Cet article s’adresse à tous·tes : étudiant·es, jeunes diplômé·es, vétérinaires expérimenté·es, ASV : pour comprendre comment ce système façonne une profession en souffrance – et surtout, ce qu’on peut faire, dès maintenant, pour ne plus se laisser broyer.
1. DE LA PRÉPA À L’INTERNAT : UNE FABRIQUE À PERFECTIONNISTES ÉPUISÉ·ES
Un tri silencieux : attirer celles et ceux qui se sacrifieront « volontiers »
Les filières d’accès aux écoles véto (examens et concours post prépas, BTS, université) ne sélectionnent pas seulement des « bons dossiers ». Elles attirent et retiennent des profils qui cumulent souvent :
des résultats scolaires élevés et une forte valorisation du « travail bien fait » ;
une capacité à toujours repousser ses limites et encaisser des charges de travail extrêmes ;
un perfectionnisme socialement prescrit : la conviction que la famille, les profs, la société attendent un niveau de performance exceptionnel, « je dois être à la hauteur », « je n’ai pas le droit de me rater » ;
Ce sont précisément ces traits-là que la recherche en sociologie associe aux niveaux les plus élevés de dépression, d’anxiété et d’idées suicidaires.
« On nous sélectionne sur notre capacité de travail en prépa et on s’attend à ce qu’on tienne ce même rythme pendant encore 5 ans mais c’est juste pas possible. Ça nous oblige à faire des impasses, à être moins rigoureux et au final on en paye le prix en sortant de l’école parce qu’on ne se sent pas au niveau. »
« Je pense que mon mal-être […] vient d’un stress post traumatique engendré par le concours et le fait que notre vie en dépend. Avant je n’avais pas peur de passer un examen, maintenant j’angoisse 3 mois avant les partiels en anticipation de ce qu’il peut se passer. » (verbatims, rapport Truchot 2025)
Résultat : les écoles n’accueillent pas un « échantillon moyen » de jeunes. Elles reçoivent des étudiant·es :
fragilisé·es par la prépa, « sous antidépresseurs », « épuisé·es psychologiquement », convaincu·es que pour réussir, il faut souffrir (extraits des verbatims) ;
déjà persuadé·es, sous l’effet de leur entourage, que leur avenir dépend de leur capacité à tout supporter et à ne jamais se tromper.
Entrée en école : le rêve qui tourne au cauchemar
Dès les premières années en école, l’étude Truchot montre :
environ 4 étudiant·es sur 5 avec au moins des symptômes dépressifs légers ;
plus de 40 % en dépression modérée à sévère ;
environ 16 % avec des idées suicidaires.
Les témoignages sont sans détour :
« IMMENSE déception en rentrant dans cette école vétérinaire, c’est les années les plus difficiles de ma vie, dépression, problèmes de sommeil, envie de tout arrêter (y compris mes jours). »
« Au cours de mon cursus à l’école vétérinaire, j’ai également eu 2 fois des pensées suicidaires, qui à chaque fois m’ont causé une crise de panique. Elles ont eu lieu à des moments où j’étais seule (chez moi et chez mes parents) »
On est loin du simple « coup de mou » passager. Ce qui s’installe, c’est un véritable état de détresse psychologique, qui s’enracine au fil des mois :
fatigue chronique et épuisement qui ne disparaissent plus, même pendant les week-ends ou les vacances ; réveils nocturnes liés au stress, ruminations, difficulté à récupérer ;
tristesse persistante, idées noires, perte d’élan, de plaisir, et dans certains cas un recours croissant aux antidépresseurs « très présents en école vétérinaire », selon les étudiant·es interrogé·es ;
«Le fait d’avoir difficilement accès à un psychologue gratuitement en tant qu’étudiant […] n’aide pas à aller mieux. Je suis personnellement sous anti dépresseurs depuis mon arrivée à l’école à cause de la quantité de travail, le peu de pratique […]»
sentiment d’être en retard sur tout, de courir après la charge de travail sans jamais y arriver :
«TROP, TROP, TROP. Trop de travail, de surcharge parfois inutile (connaissances qui ne nous servirons absolument pas), pas assez de considération»,
«On a un énorme volume de cours à apprendre dans un temps imparti qui est beaucoup trop court»,
impression diffuse de ne pas être “à la hauteur”, d’être moins bon·ne que les autres, voire illégitime — un terreau typique du perfectionnisme pathogène et du fameux « syndrome de l’imposteur » ;
«Beaucoup plus qu’une charge de travail, on parle plutôt de stress, de pression, de se sentir incompétent au possible dans tous les domaines»
repli social, isolement, baisse de l’entraide entre étudiant·es, faute de temps ou d’énergie pour se soutenir ;
«TEMPS à consacrer aux études très important, ne laissant pas autant de temps qu’on le souhaiterait pour la famille, les amis, la vie personnelle, la vie qu’un jeune adulte veut expérimenter»
Ce n’est donc pas un moment difficile « comme dans toutes les études », mais une accumulation de signaux faibles qui, ensemble, deviennent un risque majeur pour la santé mentale.
Années cliniques et internat : quand la passion sert de carburant à l’auto-exploitation
En 5e–6e année (anciennes 4e-5e), puis en internat, la pression change de forme mais pas de logique : elle s’appuie désormais sur la vocation de soin liée au choix du métier, à la culpabilité, au perfectionnisme, et à la culture du sacrifice que le cursus a patiemment façonnés.
Les étudiant·es se retrouvent plongé·es dans un environnement où :
les temps de présence explosent : journées à rallonge, retours tardifs, pauses sautées “parce qu’il faut finir les cas”. Mais aussi du fait de l’attente implicite de disponibilité totale qui devient la norme : “si tu veux apprendre, il faut être là, à toute heure du jour ou de la nuit”.
les responsabilités cliniques montent en flèche, parfois sans supervision suffisante, accentuant le stress déjà très présent ;
les pratiques managériales violentes sont quotidiennes : hurlements dans les couloirs, humiliations publiques, dénigrement devant les client·es ;
les violences sexistes et sexuelles sont courantes, minimisées, parfois banalisées ;
À cela s’ajoute un paradoxe économique frappant : les hôpitaux universitaires fonctionnent de plus en plus comme des structures privées — facturation identique des actes, pression sur les chiffres, discours tarifaires auprès des propriétaires — tout en reposant sur un grand nombre d’étudiant·es non rémunéré·es ou très faiblement rémunéré·es, à des niveaux sans commune mesure avec ceux des étudiants en médecine.
Ce décalage n’est pas anodin : il acculture progressivement les futur·es vétérinaires à l’idée que le fruit de leur travail ne leur revient pas, que leur investissement n’a pas à être reconnu, et que des salaires très bas ou une absence de valorisation pour des charges de travail très élevées seraient “normaux”. Un conditionnement qui facilite ensuite l’acceptation, une fois sorti·e d’école, de conditions indignes.
Enseignant·es toxiques et rapports de pouvoir : quand la violence devient pédagogique
Les étudiant·es intérrogé·es dans l’étude Truchot témoignent dès les premières années d’écoles de comportement problématiques, d’abus de pouvoir, et d’une impunité totale de certain·es enseignant·es bien connu·es :
«Certains professeurs ne se remettent jamais en question et cela est très angoissant quand on apprend que 60% des étudiants vont aux rattrapages dans une unité d’enseignement.»
«[…] ils sont désagréables, voire méchants, beaucoup d’élèves les détestent, donc évidemment repoussent ces matières, et l’administration le sait mais ne fait rien.»
Les comportements toxiques décrits ne sont pas anecdotiques, et se retrouvent plus tard dans les CHUV et les années cliniques : remarques humiliantes, propos sexuels explicites, management « brutal ». Et surtout : absence de sanctions. Ils sont bien décrits dans l’enquête de la cellule investigation de France Info :
Dans ce cadre, beaucoup d’étudiant·es perfectionnistes intègrent l’idée que « si je veux avancer, je dois me taire, rentrer dans le moule. »
Cette dynamique est renforcée par un phénomène bien connu dans les écoles : celles et ceux qui “sortent du rang” deviennent rapidement des cibles. Les étudiant·es voient leurs camarades subir humiliations, remarques cinglantes, ostracisation dès qu’ils osent parler de leurs conditions de travail, refuser une surcharge, ou pointer un dysfonctionnement. Face à cette violence systémique, beaucoup préfèrent raser les murs, ne pas se plaindre, éviter d’attirer l’attention — par peur de devenir à leur tour des cibles.
S’ajoute à cela un autre levier puissant : les perspectives d’avenir dépendent souvent directement des mêmes chef·fes de service qui instaurent ces conditions toxiques. Dans un système où une recommandation, ou simplement le fait d’être « bien vu·e » par ces figures hiérarchiques est nécessaire à une spécialisation, contester ses conditions de travail revient à faire un trait sur sa carrière. Pour un·e étudiant·e qui rêve d’internat, de résidanat, d’une spécialité en chirurgie ou en médecine interne, se taire devient un mécanisme de survie.
On en revient à ce percept désormais bien intégré à notre identité vétérinaire : “Souffrir en silence est la condition pour avancer.”
2. DE L’ÉCOLE À LA CLINIQUE : UNE CONTINUITÉ, PAS UNE RUPTURE
Ce qui se transmet pendant les 6-7-8 ans d’études (selon les parcours) ne disparaît pas à la remise du diplôme : cela s’ancre, se normalise, et façonne durablement la manière d’entrer dans le métier.
En école, beaucoup apprennent — souvent sans qu’on le dise explicitement — à fonctionner dans un environnement où il faut tenir, encaisser et faire ses preuves : journées à rallonge, stages non payés ou faiblement indemnisés, culpabilisation quand on demande de souffler, injonction à se montrer toujours disponible, culture de l’auto-sacrifice et de la performance permanente.
« Le nombre d’heure par semaine de certaines rotations cliniques montent à plus de 50h- 70h avec les gardes (non rémunérées) qui font des fois enchaîner 24h de suite. Tenir ce rythme sans aucune vacance sur un semestre est vraiment compliqué et délétère (limite de la légalité ?). »
« Certains AH sont agressifs avec nous et nous utilisent en petit personnel sans merci ou reconnaissance. Nous devons enchaînés 26 semaines sans une semaine de vacances avec des semaines intenses avec très peu de jours de repos »
On en sort avec des réflexes profondément intégrés :
ne pas compter ses heures ;
accepter les gardes et les amplitudes excessives ;
se taire plutôt que poser des limites ;
croire que si l’on n’y arrive pas, c’est qu’on n’est « pas fait·e pour ça » ;
ignorer ses droits, faute d’avoir été formé·e à les connaître.
Lorsque ces jeunes diplômé·es arrivent en clinique, ils/elles constatent très vite que ce qu’on leur présentait comme des exigences « normales » de la formation se poursuit presque à l’identique — parfois de façon plus brutale encore. Toujours sous couvert « d’apprendre », « de gagner en expérience », on leur demande d’accepter l’inacceptable : aucune limite horaire ne serait justifiée, toute tentative de préserver une vie personnelle serait perçue comme un manque d’engagement, finir à l’heure deviendrait un caprice, et adapter progressivement sa charge de travail à son niveau d’expérience relèverait d’une faiblesse. Les demandes les plus élémentaires — comme prendre le temps d’apprendre, sans s’épuiser — sont délégitimées, comme si la vocation devait suffire à tout supporter.
Les témoignages du rapport Truchot illustrent précisément ce mécanisme. Des vétérinaires salarié·es racontent (extrait verbatims du rapport Truchot) :
« je me sens prise en étau entre mon employeur qui veut de la rentabilité et met des rdvs tous les 1/4 d’heure… Et c’est normal de ne pas aller aux toilettes parce qu’il y a du travail ».
« j’ai le sentiment de faire du travail de mauvaise qualité et d’entraîner des pertes de chance à l’animal, d’avoir une image d’incompétence si je rate des choses dans la précipitation ».
Le temps de travail suit la même logique :
« Au forfait jour en temps complet on enchaîne minimum 45 heures avec des gardes en plus […] sans jours de repos. Ces gardes sont sources de stress […] et de fatigue importante ».
« la surcharge [qui] vient avant tout de ce que la charge de travail ne laisse plus le temps de lire, se former, progresser »,
À cela s’ajoute une dévalorisation structurelle des salaires, ou encore des pratiques ouvertement illégales :
« Rémunération […] misérable par rapport à nos responsabilités, au temps de travail»
« travail 50 heures payées 35 […] et bien sûr, ne pas déclarer les heures supplémentaires »
La dimension sacrificielle, intériorisée durant la formation, est nettement présente et prolonge les injonctions :
« L’obligation d’être toujours parfait […] Pas de droit à l’erreur. Profession perçue comme un sacerdoce, la passion d’une vie ».
Au bilan, on voit que dans beaucoup d’établissements, notamment les groupements mais pas seulement, on retrouve les mêmes mécanismes d’exploitation que l’on connaissait comme étudiant·es :
forfaits jours dévoyés où l’autonomie promise n’existe pas,
heures supplémentaires invisibilisées ou à justifier en permanence,
dépassements horaires devenus structurels, du fait d’un sous-effectif chronique présenté comme une fatalité,
pression économique liée à des modèles financiers basés sur l’endettement massif et les attentes d’investisseurs internationaux,
salaires bas, régulièrement justifiés par la « vocation » ou la « passion des animaux »,
Ce glissement sans rupture entre formation et exercice professionnel fabrique des vétérinaires très compétent·es, mais aussi sur-engagé·es, souvent déjà épuisé·es à leur premier poste, peu préparé·es à dire non, isolé·es et démuni·es face aux abus. C’est ainsi que se construit un rapport de force défavorable dès l’entrée dans la vie active : une profession attachée à faire du bon travail, mais vulnérabilisée par des habitudes forgées très tôt — et que certains modèles économiques exploitent pleinement.
« Ce continuum fabrique des professionnel·les compétent·es… mais aussi sur-engagé·es, déjà usé·es dès leur premier emploi, peu préparé·es à dire non, isolé·es et démuni·es face aux abus. »
3. SE REDONNER DU POUVOIR D’AGIR : DES PISTES CONCRÈTES, DÈS MAINTENANT
3.1. Sortir de la culpabilité
Face à ces constats, beaucoup d’étudiant·es ou de jeunes vétos se disent : « Je ne suis pas assez solide », « Je ne supporte pas la pression », « Les autres y arrivent, donc le problème vient de moi ».
Au contraire, il faut intégrer que si je suis si mal, c’est précisément parce que je suis investi·e, consciencieux·se, impliqué·e : parce que je fais bien mon métier. Le burn-out n’est pas l’affaire de personnes « faibles » : c’est le fléau des travailleur·euses très engagé·es, des professionnel·les qui se donnent pleinement … jusqu’à s’y abîmer.
Ce n’est pas vous qui êtes « faibles » : c’est un système qui vous use
Quand près de la moitié d’une population étudiante est en dépression modérée à sévère, le problème n’est pas individuel.
Quand les idées suicidaires concernent une fraction significative d’une promo, le problème n’est pas « quelques personnalités fragiles ».
Quand les mêmes mécanismes (perfectionnisme, surcharge, violences, déni des alertes) se retrouvent dans les quatre écoles, ce n’est plus un hasard : c’est un système.
Comprendre ça, c’est simplement remettre les choses à l’endroit : un cursus et une profession construits sur l’auto-sacrifice et le perfectionnisme excessif ne peuvent pas produire de la santé.
Et ça change tout pour la suite : si le problème est structurel, alors la réponse ne peut pas être seulement de l’ordre d’injonctions individuelles et du développement personnel : « aller courir », « faire du yoga » ou « être plus résilient·e ». Ce n’est pas qu’il faut se changer soi, se culpabiliser ou accepter d’être une prétendue « génération fragile ». Il fautagir sur la manière dont on travaille, dont on s’organise, dont on se défend.
3.2. Nommer ce que l’on vit
Nommer, c’est décrire les faits. Sans jugement. Sans minimiser. C’est pouvoir dire, simplement :
« Je suis épuisé·e. » : pas « fragile », « pas assez fort·e », juste : épuisé·e.
« Ce rythme me dépasse » : et cela ne dit rien de ta valeur.
« Ces remarques m’ont blessé·e. » : même si « tout le monde en a vu d’autres ».
« Je ne me sens pas en sécurité ici » : peu importe que d’autres trouvent cela “normal”.
« Je n’arrive plus à tenir » : ce n’est pas manquer de vocation que de ne pas supporter ces conditions.
Nommer, c’est reconnaître la réalité de ce que l’on vit, et pouvoir dire :
« Ce que je vis me fait du mal. »
« Je n’arrive plus à dormir. »
« J’ai peur de me tromper tout le temps. »
« Je ne me reconnais plus. »
C’est la première étape, qui permet de fixer ses limites, de dire non.
3.3. Compter ses heures, poser ses limites
Ce que le système attend, c’est que tu ne comptes pas : ni pendant les études, ni ensuite en clinique. Un geste simple mais puissant consiste à reprendre la main sur ton temps :
Noter concrètement tes heures de présence, de travail, de garde ;
Repérer ce qui t’épuise réellement (les nuits, les enchaînements sans repos, les trajets, etc.) ;
Identifier la frontière entre « investir son travail » et se mettre en danger.
Cela permet ensuite :
En école : de discuter avec d’autres étudiant·es, de confronter vos vécus, de voir que tu n’es pas le/la seul·e à trouver ça déraisonnable ;
En clinique : d’avoir des éléments factuels quand tu échanges avec un·e responsable, un·e représentant·e du personnel, un·e syndicaliste.
Poser des limites, ce n’est pas trahir la profession. C’est la seule manière de pouvoir l’exercer dans la durée, sans y laisser sa santé.
3.4. Ne pas rester seul·e : s’appuyer sur le collectif
Le système fonctionne d’autant mieux que chacun·e reste isolé·e, persuadé·e que « les autres tiennent mieux ». C’est faux, et dangereux.
Dès les études, puis en clinique, il est possible de :
Parler entre pairs, sans faux-semblants : sur la fatigue, la peur de l’échec, les humiliations subies, les pensées noires. Plusieurs dispositifs existent pour recueillir ces paroles : la « Maison des soignants » en est un (association SPS) et constitue l’une des ressources possibles ;
Rejoindre ou créer des collectifs (associations étudiantes, groupes d’entraide, réseaux de soutien) qui permettent de partager, d’objectiver, d’alerter ;
S’appuyer sur les représentant·es du personnel (CSE, délégué·es syndicaux), formé·es pour accompagner ces situations, afin de sortir de l’isolement et de disposer d’un appui juridique. »
Passer de « je ne vais pas bien » à « nous ne trouvons pas normal ce qui se passe » change la donne. On ne vient plus demander la permission d’aller bien ; on vient légitimement exiger que le travail cesse de détruire.
3.5. Refuser de reproduire ce que l’on a subi
Beaucoup de jeunes vétos, après quelques années, se retrouvent à leur tour en position d’encadrer : assistant·e référent·e, chef·fe de service, associé·e, responsable de structure.
À ce moment-là, un choix se pose, même s’il n’est pas toujours conscient :
Soit on reproduit ce qu’on a vécu (« on m’a parlé comme ça, donc c’est normal », « ça forge le caractère ») ;
Soit on décide de rompre le cycle, en refusant l’humiliation, les hurlements, le chantage à la vocation.
Concrètement, ça peut vouloir dire :
Prendre au sérieux les signaux de fatigue, de détresse d’un·e collègue ;
Soutenir un·e étudiant·e ou un·e salarié·e qui alerte ;
Défendre des organisations de travail moins délirantes dans la clinique, même si cela bouscule certaines habitudes.
On ne choisit pas la formation qu’on a subie, mais on peut choisir quel type de professionnel·le on devient.
3.6. Être un·e collègue aidant·e : accueillir sans juger, écouter pour protéger
Avant même de transformer les organisations, chacun·e peut jouer un rôle décisif dans la prévention de la détresse professionnelle. Les recommandations des Premiers Secours en Santé Mentale (PSSM France) rappellent qu’un·e collègue formé·e — ou simplement attentif·ve — peut faire une différence majeure.
Être un·e collègue aidant·e, c’est :
Ecouter activement, sans interrompre, sans minimiser, sans chercher immédiatement des solutions ;
Accueillir la parole avec bienveillance : croire ce qui est dit, reconnaître la difficulté vécue ;
Ne pas juger, ne pas donner d’injonctions (« tu devrais… », « moi à ta place… ») ;
Rester disponible, proposer de reparler plus tard, vérifier comment la personne évolue ;
Orienter sans forcer : vers un·e proche, un médecin, un psychologue, un dispositif d’écoute (SPS Maison des soignants, médecine du travail, syndicat, etc.).
L’objectif n’est pas d’être thérapeute, mais juste d’être un point d’appui, un relai fiable, un espace sûr qui permet à quelqu’un de sortir de l’isolement — premier facteur aggravant du risque suicidaire.
Un environnement qui écoute est un environnement qui protège.
3.7. Se syndiquer et s’organiser pour peser collectivement
Au-delà du soutien psychologique, la clé est de se doter d’outils collectifs pour peser réellement. La CGT — contrairement à d’autres syndicats qui maintiennent le statu quo — défend ces combats depuis des années : conditions de travail, salaires, statuts, risques psychosociaux… et rien ne change durablement sans un rapport de force.
Concrètement :
En école : soutenir les associations qui interpellent les directions, relayer les études (Truchot, Véto Entraides), signer des tribunes, participer aux instances quand elles existent… et rappeler que l’organisation du travail n’est pas une fatalité.
En clinique : se rapprocher de la CGT, par lesélu·es du CSE, ou directement par vos délégué·es syndicaux, participer aux enquêtes RPS (Risques Psycho-Sociaux), témoigner quand un rapport est en cours, sortir de l’isolement pour faire remonter ce qui se passe réellement.
A l’échelle de la profession : faire vivre des collectifs qui parlent des conditions de travail, des salaires, des gardes, des forfaits jours, et pas seulement de cas cliniques. Des salarié·es vétérinaires et ASV sont déjà réuni·es à la CGT pour porter cette parole, pour créer des avancées concrètes, mais ils/elles ont besoin de vous pour peser et participer aux mutations nécessaires de la branche.
Parce qu’au final, rien ne change si on reste seul·e — mais ensemble, la profession peut retrouver du pouvoir d’agir et imposer des conditions de travail dignes.
4. Pour conclure : comprendre pour ne plus se laisser broyer
Ce que montrent l’enquête de France Info, l’étude du Pr Truchot, les rapports HCERES, Secafi et les témoignages d’étudiant·es, c’est qu’il existe un continuum :
Sélection de profils perfectionnistes prêts à se sacrifier ;
Formation qui renforce l’auto-exigence à l’excès, la culpabilité, l’absence de limites ;
Années cliniques qui normalisent la surcharge, et habituent les étudiant·es à considérer comme légitime le travail non rémunéré et les conditions maltraitantes ;
Entrée dans le salariat, où ces réflexes sont exploités dans des organisations du travail parfois intenables.
Un terreau idéal pour faire tourner des entreprises où la santé des travailleur·euses comme des animaux passe après la rentabilité...
Le changer ne se fera pas en un jour, ni seul·e. Mais dès maintenant, chacun·e peut :
Refuser de considérer sa souffrance ou ses vulnérabilités comme un défaut personnel ou une remise en cause de son identité ;
Compter ses heures, identifier ses limites, oser dire non ;
Chercher du soutien, se regrouper, se syndiquer ;
Refuser de reproduire les violences subies ;
Utiliser les données et études disponibles comme des armes, pas comme de simples constats.
Comprendre ses vulnérabilités, c’est déjà se redonner du pouvoir d’agir. Et ce pouvoir d’agir, collectif, est la condition pour que le métier qu’on a choisi par passion cesse d’être un piège, et redevienne un travail vivant, compatible avec une vie digne, en santé.
Des professionnels a ton écoute
Que tu sois vétérinaire en exercice, étudiant·e, ASV ou salarié·e de la branche, et que tu te reconnais — même partiellement — dans ce qui est décrit ici, ton témoignage nous intéresse ! Écris nous via le formulaire (lien ci-dessous). Tes échanges resteront confidentiels.
Si tu te sens directement directement concerné·e, que tu traverses une période difficile, ou si quelqu’un de ton entourage semble en détresse, n’hésite pas à solliciter une aide :
Tu veux partager tes problèmes avec tes collègues du syndicat CGT Les Cerisiers, qui vivent ou on vécu probablement des choses similaires, ou simplement trouver une écoute et un soutien : écris nous via notre formulaire de contact (voir plus haut).
Tu peux aussi contacter 📞 la plateforme SPS – Maison des soignants, qui propose une ligne d’écoute 24h/24 et 7j/7, assurée par plus de 120 psychologues cliniciens formés aux risques psychosociaux, capables d’écouter, d’accompagner, et d’orienter vers une prise en charge adaptée.
Quoi qu’il se passe : tu as le droit d’être entendu·e, accompagné·e, et soutenu·e. Nous sommes là, et d’autres professionnel·les aussi. Tu n’as pas à porter cela seul·e.
Références
Truchot, D. (2025). La santé des étudiant·es vétérinaires français. Une étude nationale. Rapport de recherche pour les Écoles Nationales Vétérinaires Françaises.