Chaque année, les salarié·es passent leur entretien d’évaluation.
En théorie, c’est un moment d’échange sur le travail réalisé et les objectifs à venir.
Mais trop souvent, c’est un outil de pression, de comparaison ou de sanction déguisée 🔥

👉 Voici ce que dit la loi, et ce que vous pouvez faire face aux abus.


⚖️ 1️⃣ Le cadre légal

L’entretien annuel d’évaluation n’est pas imposé par le Code du travail,
mais dès qu’un employeur le met en place, il doit respecter des obligations strictes.

📍 Référence principale : article L.1222-3 du Code du travail

“Les méthodes et techniques d’évaluation des salariés doivent être pertinentes au regard de la finalité poursuivie et portées préalablement à la connaissance des intéressés.”

👉 Cette “finalité”, c’est l’appréciation des compétences et le suivi du travail,
pas la fixation du salaire.
La rémunération relève d’un tout autre cadre : contrat de travail, accords collectifs, NAO.

➡️ Il sert à :

  • faire le bilan de l’année écoulée ;
  • évaluer l’activité réalisée (en lien avec les qualifications et la fiche de poste) ;
  • discuter des attentes pour l’année suivante.

➡️ Il permet aussi à l’employeur de respecter son obligation d’adaptation du salarié à son poste (C. trav. art. L.6321-1) — par exemple lors de changements d’outil, d’organisation ou d’horaires.
➡️ Il doit avoir lieu pendant le temps de travail. Si ce n’est pas possible, il doit être rémunéré ou récupéré.


👮 2️⃣ Les obligations de l’employeur

Informer à l’avance sur le dispositif d’évaluation.
L’entretien ne peut pas être imposé sans que le salarié connaisse les critères et leur finalité (Cass. soc., 10 juillet 2002, n°00-42.368).
🔹 Sinon → l’évaluation n’est pas opposable au salarié (elle ne peut pas servir de motif de sanction).
✍️ Faites-le notifier dans le compte rendu si besoin.

Assurer l’égalité de traitement.
Deux salarié·es qui effectuent un même travail ou un travail de valeur égale doivent être évalué·es selon les mêmes critères (Cass. soc., 2008).
🔹 Exemples de discriminations :

  • noter la “disponibilité” sans tenir compte d’un congé maternité ou d’un mandat syndical ;
  • évaluer la “présence” sans prendre en compte un arrêt maladie reconnu.

Garantir la confidentialité.
Les résultats ne peuvent être communiqués à des tiers.
Le salarié a le droit d’obtenir la copie complète de ses évaluations (Cass. soc., 23 oct. 2001, n°99-44.215).
➡️ Le salarié peut, lui, choisir de la communiquer.

Critères objectifs et transparents.
Les méthodes d’évaluation doivent avoir un lien direct avec les compétences et les missions réelles.
📍 Référence : CNIL – Délibération n°2005-002 du 13 janvier 2005.

🔍 Exemple abusif : “Capacité à être force de proposition” → flou, subjectif.
🔍 Exemple légitime : “Respect des protocoles de soins”, “délai moyen de traitement des dossiers”.


🚫 3️⃣ Les dérives fréquentes

⚠️ Auto-évaluation obligatoire ?
NON. Rien ne l’impose. La justice a déjà condamné cette pratique (TGI Nanterre, 12 sept. 2013, RG 11/12781).

⚠️ Objectifs irréalistes ou flous.
Un objectif ne peut être reproché que s’il est :

  • mesurable et vérifiable,
  • réaliste au regard des moyens disponibles,
  • compréhensible et partagé,
  • compatible avec la charge de travail.

✅ Toujours lier la réussite (ou non) à :
→ la définition claire de l’objectif,
→ les moyens réels disponibles,
→ le contexte (sous-effectif, matériel, arrêt, etc.).

👉 Le Code du travail impose d’adapter le travail à l’humain, pas l’humain aux objectifs (art. L.4121-2).

🔍 Exemples abusifs :

  • “Améliorer la satisfaction client de 20 %” sans indicateur clair.
  • “Être plus disponible pour les urgences” sans ajustement du planning.
  • “Faire plus de chiffres” sans matériel ni équipe suffisante.

💰 4️⃣ Le piège : “ta prime dépendra de ton entretien”

Discuter de la prime pendant l’entretien n’est pas interdit, mais très risqué.

🚩 a. Pression psychologique
Faire dépendre la prime du jugement du manager = peur de “déplaire”.
➡️ Isolement, perte de cohésion, atteinte à l’égalité de traitement.

🚩 b. Discrimination déguisée
Attribuer la prime selon le “savoir-être” ou la “disponibilité” sans tenir compte de mandats, congés ou états de santé = discrimination.
📚 Cass. soc., 23 mars 2017, n°15-26.262

🚩 c. Détournement du sens du travail
Quand la reconnaissance devient une note ou une prime, le dialogue professionnel disparaît.

💚 À faire : demander que soit confirmée la relation entre ta prime et un objectif clair, mesurable, proportionné et lié à la mission.


🧠 5️⃣ Les droits du salarié

✍️ Vous pouvez refuser de signer si vous n’êtes pas d’accord, sans aucune conséquence.
Ne signez jamais sur le moment : prenez le temps de relire au calme.
Ajoutez vos réserves ou désaccords sur le document.

📁 Vous pouvez demander la copie intégrale de vos entretiens.
Le refus de la communiquer = discrimination (Cass. soc., 23 oct. 2001).

📣 En cas de pression, de critères abusifs ou de données mal utilisées, contactez la CGT Les Cerisiers.
Nous pouvons vous conseiller et alerter le CSE si nécessaire.


🙌 6️⃣ Le rôle du syndicat et du collectif

🟢 Le syndicat CGT Les Cerisiers peut intervenir via ses élu·es CSE pour faire modifier un dispositif d’évaluation abusif.
📍 Cass. soc., 28 nov. 2007, n°06-21964 :

Le CHSCT (devenu CSE) doit être consulté si l’entretien “génère une pression psychologique ayant des répercussions sur les conditions de travail.”

📢 La CGT Les Cerisiers défend des entretiens transparents, équitables et protecteurs.
Un moment de dialogue sur le travail réel, pas un classement ni un chantage à la prime.

👉 Si ton entretien te met mal à l’aise ou te semble injuste, parle-en à un·e représentant·e CGT.

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