Exposition à l’isoflurane en clinique vétérinaire : risques pour la santé et mesures de prévention

Gaz anesthésiques en clinique vétérinaire — CGT Les Cerisiers
CGT Les Cerisiers — Santé au travail

Gaz anesthésiques en clinique vétérinaire : ce que les salarié·es doivent savoir sur les risques d’exposition à l’isoflurane

L’isoflurane est utilisé quotidiennement dans les blocs opératoires vétérinaires. Ses effets sur la santé sont documentés depuis des années. Pourtant, dans de nombreuses structures, les mesures de protection restent insuffisantes — voire absentes.

01 Ce qui s’est passé dans une clinique des Cerisiers (groupe IVC Evidensia)

Depuis longtemps, les salarié·es alertent sur des maux de tête chroniques, des fausses couches à répétition pour l’une d’entre elles, et plusieurs cas de cancer dans l’équipe.

En janvier 2026, la société NATEO Santé (préstataire privé) réalise des prélèvements atmosphériques dans les blocs.

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Des pics à 12 ppm d’isoflurane relevés dans l’air ambiant — pour un seuil réglementaire fixé à 2 ppm.
Circulaire DGS/3A/667bis du 10 octobre 1985

Ces résultats ne sont pas transmis aux salarié·es. Le rapport écrit n’est communiqué que plusieurs semaines après, sans explication claire sur les risques. La direction locale en a connaissance — et choisit de ne pas informer les salarié·es.

Pire : un rapport de la CRAMIF datant de 2021 existait déjà, identifiant des problèmes similaires. Il n’avait jamais été transmis aux salarié·es, ni aux équipes du groupe IVC Evidensia.

C’est une élue du CSE qui tire finalement la sonnette d’alarme, suite aux plaintes répétées des salarié·es et à l’absence de réponses de la direction.

Ce n’est qu’en mai 2026 — quatre mois plus tard — et sous pression, que les équipes du groupe contraignent la direction locale et s’emparent enfin du problème : la machine défectueuse, à l’origine de microfuites dans le circuit, est identifiée et réparée le 20 mai.

Des actions sont enfin en cours : devis pour des masques de protection et une VMC, adaptation de la cage d’induction, sollicitation de la CRAMIF pour des prélèvements élargis. Une étude en partenariat avec l’INRS sur l’exposition aux gaz anesthésiques dans les cliniques vétérinaires a même été lancée.

02 Ce que la science dit

Un problème documenté, pas nouveau

La CRAMIF a conduit entre 2019 et 2022 la campagne de mesures la plus complète à ce jour dans le secteur vétérinaire français, publiée dans Hygiène & Sécurité du travail (n°273, décembre 2023). Elle a porté sur vingt établissements en Île-de-France, dont trois centres hospitaliers vétérinaires.

Salles d’opération — Vétérinaires
5 ppm
médiane voies respiratoires (max : 17,4 ppm)
Salles d’opération — ASV
2,15 ppm
médiane voies respiratoires
Salles de préparation
8 ppm
sur plus de 3h en ambiance (pic 17,8 ppm)
Salles de réveil
5,4 ppm
maximum mesuré en ambiance

Lorsque la concentration médiane dépasse la norme de 2 ppm, cela signifie qu’au moins 50 % du personnel concerné y est exposé au-dessus de cette limite.

Sur les 61 salles d’opération, de préparation et de réveil étudiées, seules trois étaient conformes aux recommandations de renouvellement d’air. Dans 22 % des cas, les salles d’opération n’avaient aucune ventilation mécanique.

Ce que l’isoflurane fait à l’organisme

Effets aigus documentés

  • Irritation respiratoire et oculaire
  • Céphalées, nausées, vertiges
  • Effets anesthésiques en cas d’exposition importante (fuites, renversements, déconnexions)

Effets chroniques démontrés

  • Troubles de l’humeur, perte d’appétit, fatigue persistante
  • Céphalées chroniques
  • Troubles de la mémoire, de l’attention et de l’exécution motrice

Effets sur la reproduction

  • Fœtotoxicité établie sur modèles animaux (INRS)
  • Corrélation avec le risque accru de fausses couches documentée dans la littérature scientifique internationale, notamment par les instances québécoises (INSPQ)
  • Causalité directe chez l’humain difficile à isoler en raison de la polyexposition, mais le risque est reconnu

Effets hépatiques et cancérigènes

  • Toxicité hépatique et lien avec les cancers non démontrés à ce jour, mais activement étudiés
  • L’isoflurane est étrangement classé non CMR en l’état actuel des connaissances
  • Les instances officielles françaises concluent néanmoins à un « effet nocif probable des gaz anesthésiques », en contradiction avec cette classification

Un cadre réglementaire insuffisant

Il n’existe pas de valeur limite d’exposition professionnelle (VLEP) réglementaire contraignante en France pour l’isoflurane. La référence de 2 ppm est issue d’une circulaire de 1985 — une recommandation, pas une obligation légale opposable.

À titre de comparaison : l’Allemagne, la Norvège et le Canada (Ontario) ont adopté une VLEP-8h de 2 ppm. La Finlande, la Suisse, l’Autriche et la Suède ont retenu 10 ppm.

L’obligation de l’employeur reste néanmoins réelle : l’art. L.4121-1 impose des mesures de protection de la santé, et l’art. R.4222-12 impose la suppression ou le captage à la source des émissions dangereuses. Une salle d’anesthésie est légalement un local à pollution spécifique soumis à des obligations de ventilation renforcées.

03 Faire réaliser des mesures : à qui s’adresser

CRAMIF — Île-de-France

Prélèvements atmosphériques, mesures en temps réel, évaluation de la ventilation, recommandations de prévention.

Saisine possible par le CSE.

cramif.fr — service prévention

CARSAT — autres régions

Mêmes missions que la CRAMIF, déclinées par région.

ameli.fr/employeur/votre-carsat

Inspection du travail

Saisine directe par les salarié·es ou le CSE. Peut prescrire des mesures et ordonner l’arrêt des travaux en cas de danger grave.

Médecin du travail

Inscription au DMST indispensable pour toute reconnaissance ultérieure en maladie professionnelle. Peut solliciter des mesures d’exposition.

La demande de mesures peut être formulée par l’employeur, mais aussi — et c’est fondamental — par les représentant·es du personnel via le CSE. Un CSE qui inscrit ce point à l’ordre du jour et formule une demande écrite crée une obligation de traçabilité et renforce la pression sur la direction.

Mesures techniques minimales à exiger

Sur la base des recommandations de la CRAMIF (NT 111 & NT 112, 2023) et de l’AFVAC/ECOVETO :

  1. Test d’étanchéité du circuit anesthésique avant chaque procédure
  2. Maintenance annuelle de la cuve anesthésique par un prestataire compétent
  3. Pesée quotidienne des cartouches de charbon actif avec traçabilité — une cartouche non pesée peut être saturée sans qu’on le sache
  4. VMC assurant un renouvellement d’air d’au moins 15 volumes/heure en salle de chirurgie et de préparation, et 5 à 10 volumes dans les autres locaux
  5. Système SEGA (évacuation active des gaz) avec rejet vers l’extérieur, et non vers le local
  6. Remplissage de cuve avec dispositif de transfert sécurisé et étanche, en dehors des périodes d’activité
  7. Abandon de l’induction en cage ou adaptation avec captage actif des gaz halogénés
  8. Intubation systématique chaque fois que c’est techniquement possible, plutôt que l’utilisation du masque

04 Se protéger : le droit de retrait

Droit de retrait — art. L4131-1 du Code du travail

Vous pouvez quitter votre poste si vous avez un motif raisonnable de penser que votre vie ou votre santé est en danger — y compris en cas de défectuosité des systèmes de protection.

Pas besoin de certitude. Le doute raisonnable suffit.

Même si le danger s’avère infondé après vérification, un doute raisonnable exercé de bonne foi vous protège de toute sanction. Votre seule obligation : alerter immédiatement votre supérieur·e et vos collègues.

→ Guide complet sur le droit de retrait — CGT Les Cerisiers

Alerte pour danger grave et imminent

Vos élu·es CSE peuvent déclencher une alerte formelle qui oblige la direction à consigner sa réponse et à agir en urgence.

Dans votre clinique aussi ?

Maux de tête fréquents après les blocs ? Collègues malades ? Circuits non vérifiés ? Absence de ventilation ? Système de remplissage avec vapeurs qui s’échappent ?
Ne laissez pas le doute s’installer.

Parlez-en à vos élu·es CSE ou vos délégué·es CGT. Tout signalement est confidentiel.

Tout signalement est confidentiel.

05 Pourquoi s’organiser : le syndicat comme outil de santé au travail

Ce qui s’est passé dans l’une des cliniques des Cerisiers n’est pas un cas isolé. La campagne CRAMIF de 2019-2022 l’a démontré sur vingt établissements en Île-de-France : les problèmes de ventilation insuffisante, de cartouches saturées, de circuits défectueux, de rapports non transmis — c’est la norme, pas l’exception.

Face à cette réalité, une salarié·e seule face à son employeur est dans une position structurellement défavorable. Elle dépend de lui pour son salaire, son planning, son renouvellement de contrat. Insister l’expose rapidement à une mise à l’écart, une dégradation de ses conditions de travail, voire des mesures de rétorsion.

Mutualiser les connaissances et les expériences

Une salarié·e qui se plaint de maux de tête, c’est une plainte individuelle. Dix salarié·es dans dix cliniques qui font le même constat, c’est une donnée épidémiologique. La CGT peut agréger ces signaux et les transformer en levier de négociation.

Dégager du temps et des ressources

Comprendre ce que signifie 12 ppm d’isoflurane, savoir comment solliciter la CRAMIF, connaître l’art. R.4222-12 : tout cela prend du temps et de la formation. Un·e élu·e syndical·e formé·e peut mettre ces connaissances au service de toute une équipe.

Créer un rapport de force

Une direction peut ignorer une plainte individuelle, classer un rapport, retarder un devis. Il est beaucoup plus difficile d’ignorer une alerte formelle au CSE, une demande écrite à la CARSAT, un droit d’alerte danger grave et imminent dûment consigné.

Rompre l’isolement et la censure

Dans une relation de travail non organisée, l’information sur les risques circule mal — comme l’illustre le rapport CRAMIF 2021 qui a dormi dans un tiroir pendant cinq ans. L’organisation syndicale crée les conditions d’une circulation horizontale de l’information, indépendante de la hiérarchie.

La santé au travail n’est pas un sujet technique réservé aux médecins du travail. La santé n’est pas un domaine strictement personnel — elle est intimement liée aux conditions de travail. C’est un enjeu politique, au sens propre : il s’agit de décider collectivement des conditions dans lesquelles on accepte — ou on refuse — de travailler.

S’organiser, c’est refuser que la santé des salarié·es reste une variable d’ajustement.

Sources

  • CRAMIF — Exposition aux anesthésiants volatils dans les établissements de soins vétérinaires : enjeux de prévention. Hygiène & Sécurité du travail, n°273, déc. 2023 (NT 111, pp. 47-58)
  • CRAMIF — Exposition aux anesthésiants volatils : campagne de mesures en Île-de-France. Hygiène & Sécurité du travail, n°273, déc. 2023 (NT 112, pp. 60-72)
  • AFVAC/ECOVETO — Anesthésie volatile : exposition professionnelle à l’isoflurane (poster, en concertation avec la CRAMIF)
  • Circulaire DGS/3A/667bis du 10 octobre 1985 (seuil réglementaire 2 ppm)
  • INSPQ Québec — Toxicologie clinique : exposition professionnelle aux gaz anesthésiques pour inhalation
  • INRS — Principes généraux de ventilation (ED 695, 2022)
  • INRS — Le dossier d’installation de ventilation (ED 6008, 2023)
  • Art. L.4121-1 et R.4222-12 du Code du travail
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NOTE DE TRANSPARENCE Les faits, données et sources cités dans cet article sont issus de documents officiels (CRAMIF, INRS, AFVAC) et de la situation réelle vécue à la clinique des Cerisiers. La mise en forme, la structuration et certaines formulations rédactionnelles ont été produites avec l’assistance de l’IA Claude (Anthropic), sous le contrôle et la validation des militant·es CGT Les Cerisiers.

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