Care Fund : soigner sans compter… mais qui paie vraiment ?

Comment un fonds de solidarité pour les animaux devient un outil comptable et marketing, financé par le travail gratuit des salariés


Le Care Fund en apparence : une belle initiative solidaire

Le Care Fund est présenté comme la politique sociale phare d’IVC Evidensia : un fonds de 1 000 € HT par an et par vétérinaire (libéral, associé·e ou salarié·e), permettant de soigner des animaux dont les propriétaires n’ont pas les moyens financiers, à condition que le pronostic soit favorable. Ce dispositif est transférable entre vétérinaires d’une même clinique et s’utilise via une demande en ligne simple, validée par le siège.

Les promesses du Care Fund

  • Plus de liberté clinique : fin des dilemmes éthiques entre soigner un animal et refuser par manque de moyens.
  • Un geste solidaire : permettre à des propriétaires en difficulté d’accéder à des soins pour leur compagnon.
  • Une image valorisante : les cliniques et l’investisseur (IVC-EVIDENSIA) communiquent sur leur engagement responsable.

En surface, tout semble parfait. Mais quand on soulève le capot, le mécanisme révèle une réalité bien moins reluisante.


Le Care Fund en réalité : un outil comptable et marketing

1. Qui finance vraiment le Care Fund ?

Le Care Fund est présenté comme un « don » de l’investisseur IVC-EVIDENSIA. Pourtant, aucune trésorerie réelle ne change de main :

  • La clinique paie toutes les charges (salaires, médicaments, matériel, locaux) pour les soins réalisés dans le cadre du Care Fund.
  • IVC-EVIDENSIA compense… sur le papier : une écriture comptable est ajoutée sur le logiciel de gestion pour « neutraliser » la perte, mais aucun remboursement n’est versé à la clinique.
  • Résultat : la clinique supporte le coût réel, tandis que IVC-EVIDENSIA affiche un chiffre d’affaires inchangé (voir le détail ci-dessous) et une image de marraine généreuse.

2. L’astuce comptable : trésorerie réelle vs écritures comptables

Prenons un exemple concret pour comprendre la différence entre ce qui est affiché et ce qui est réellement dépensé :

ScenarioChiffre d’affairesEntrée en banqueCharges (salaires, médocs, etc.)Bénéfice/Perte réelle en trésorerie
Chirurgie facturée 1 000 € à un client+1 000 €+1 000 €–485 €+515 €
Chirurgie financée par le Care Fund+1 000 € (« facturé » à IVC en théorie)0 €–485 €–485 €

Observation :

  • Les deux scénario affichent le même chiffre d’affaires (1 000 €).
  • Mais dans le cas du Care Fund, la clinique ne touche pas un centime : elle doit quand même payer les charges (485 €), ce qui se traduit par une perte nette de 485 € en trésorerie.

Conséquence :
IVC-EVIDENSIA peut se targuer de cliniques performantes (chiffre d’affaires élevé), tandis que les cliniques voient leur trésorerie se dégrader, sans compensation réelle.


📉 Les conséquences pour les cliniques et les salariés

1. Une trésorerie en tension

  • Moins de marge de manœuvre : les cliniques doivent puiser dans leurs réserves pour couvrir les soins Care Fund.
  • Investissements reportés : matériel vétuste, locaux non rénovés, formations annulées.
  • Embauches gelées, augmentations bloquées : la trésorerie trop faible limite les possibilités d’améliorer les conditions de travail.

2. Une pression accrue sur les équipes

  • Travail gratuit : les soignants et vétérinaires réalisent des actes non rémunérés, car le Care Fund ne couvre pas les coûts réels.
  • Dégradation des conditions de travail : moins d’investissements locaux, matériels, etc…
  • Démotivation et turnover : le sentiment d’être exploité·e grandit, surtout quand on réalise que le dispositif profite surtout à l’image de l’investisseur.

3. Un outil marketing pour IVC-EVIDENSIA

  • Communication externe : IVC peut vanter son engagement social et éthique auprès des clients, des salariés et des actionnaires.
  • Valorisation financière : les cliniques affichent un bon chiffre d’affaires, ce qui rassure les investisseurs, même si la trésorerie réelle est en berne. Seule compte la valeur « potentielle » pour les financiers.
  • Fidélisation des vétérinaires : le Care Fund est utilisé comme argument pour retenir les talents, malgré des conditions de travail dégradées.

Le Care Fund : un dispositif ambivalent

Points positifsPoints négatifs
✅ Permet de soigner des animaux dont les propriétaires n’ont pas les moyens.❌ Le coût réel est supporté par les cliniques et les salariés, pas par IVC.
✅ Réduit les dilemmes éthiques pour les vétérinaires.❌ Aucune compensation financière réelle : IVC ne débourse rien.
✅ Améliore l’image de marque des cliniques et de IVC.❌ Impact négatif sur la trésorerie, les embauches, les salaires et les investissements.
✅ Utilisation simple et rapide.❌ Renforce la pression sur les équipes pour « faire du chiffre ».

Conclusion :
Le Care Fund est utile pour les animaux et pour l’éthique vétérinaire, mais son fonctionnement économique est hypocrite : il repose sur le travail gratuit des soignants et la dégradation de la trésorerie des cliniques, tout en servant les intérêts financiers et marketing de IVC-EVIDENSIA.


Que faire ? Agir pour un vrai engagement solidaire

1. Utiliser le Care Fund… mais en ayant conscience de son coût réel

  • Ne pas culpabiliser : le Care Fund permet de soigner des animaux dans le besoin, c’est une bonne chose.
  • Mais exiger la transparence.

Chaque euro utilisé dans le Care Fund est en réalité un euro de moins pour la clinique et ses salariés.

2. Interpeller les directeur·ices de clinique

  • Poser des questions :
    • « Combien le Care Fund a-t-il coûté en trésorerie à la clinique l’an dernier ? »
    • « Quelles compensations réelles IVC a-t-il versées pour couvrir ces dépenses ? »
    • « Pourquoi les économies réalisées sur le dos des salariés servent-elles à améliorer l’image de IVC plutôt qu’à améliorer nos conditions de travail ? »
  • Exiger des comptes : demander à voir les écritures comptables et les flux de trésorerie liés au Care Fund.

3. Soutenir les revendications de la CGT Les Cerisiers

La CGT Les Cerisiers (syndicat des vétérinaires et soignants) demande que :

  • La solidarité repose sur un vrai engagement financier de IVC-EVIDENSIA : que l’investisseur compense réellement les cliniques pour les soins Care Fund, et pas seulement sur le papier.
  • L’argent revienne aux cliniques : pour que cette bonne action ne se fasse pas au détriment des salariés.
  • Un fonds de solidarité transparent et équitable : où chacun (investisseur, cliniques, salariés) contribue à hauteur de ses moyens.

4. Sensibiliser les clients

  • Expliquer le mécanisme : beaucoup de propriétaires ignorent que le Care Fund est financé par le travail non rémunéré des soignants.
  • Encourager les dons directs : si un client veut soutenir la clinique, mieux vaut qu’il paie sa facture ou fasse un don à une association locale plutôt que de compter sur le Care Fund.

En résumé : le Care Fund, c’est du « greenwashing social »

Ce qu’on nous vendLa réalité
Un fonds généreux financé par IVC.Un outil comptable qui ne coûte rien à IVC.
Une avancée éthique pour les animaux.Un transfert de coût vers les cliniques et les salariés.
Une image responsable pour IVC.Une opération marketing pour masquer l’exploitation des équipes.

Le Care Fund n’est pas mauvais en soi : il permet de soigner des animaux qui, sans lui, n’auraient pas accès aux soins. Mais il est injuste : il fait porter le coût de la solidarité à ceux qui ont déjà le moins de marge de manœuvre (les cliniques et leurs salariés), tout en permettant à IVC-EVIDENSIA de briller en société sans dépenser un centime.


Et vous, que pensez-vous du Care Fund ?

  • Avez-vous déjà utilisé le Care Fund dans votre clinique ? Qu’en avez-vous pensé ?
  • Avez-vous remarqué un impact sur votre trésorerie ou vos conditions de travail ?
  • Que feriez-vous pour améliorer ce dispositif ?

Partagez votre expérience, posez vos questions, et surtout… parlez-en autour de vous !
Car la solidarité, ça doit être l’affaire de tous… pas seulement celle des soignants.

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