Mis à jour le 6 mai 2026

Pourquoi cette expertise ?
L’intelligence artificielle (IA) suscite à la fois enthousiasme et interrogations. Dans notre secteur vétérinaire, son introduction pourrait transformer certaines tâches (rédaction de comptes-rendus, analyse de consultations, gestion administrative), mais elle soulève aussi des questions essentielles sur son impact concret :
- Quels gains réel et non fantasmés pour les vétérinaires (VT) et les assistantes spécialisées vétérinaires (ASV) ?
- Quels risques pour nos conditions de travail, notre responsabilité professionnelle, ou même notre emploi ?
- Comment garantir que cette technologie serve nos métiers sans nous dessaisir de notre expertise ?
Pour y répondre, une expertise indépendante a été demandée par les représentant·es du personnel CGT, pilotée par un cabinet spécialisé (ergonomes, anthropologues de l’IA, psychologues du travail).
Son objectif :
- évaluer les opportunités et les dangers de l’outil envisagé, en amont de son déploiement.
- proposer un cadre d’utilisation commun qui respecte les besoins des professionnels, sans être guidé par la seule recherche d’efficacité financière ou de réduction des effectifs.
Un périmètre ciblé, restreint mais représentatif des domaines d’activités
L’expertise porte sur 3 sites pilotes :
- Porte du Der (site pluridisciplinaire : canin + rural),
- Vincennes (site généraliste, avec le plus grand nombre de vétérinaires),
- Cordeliers (CHV, Centre Hospitalier Vétérinaire).
Pourquoi ces sites ?
Ils couvrent une diversité de pratiques et d’organisations, permettant d’identifier des retours variés sur l’usage potentiel de l’IA. Les entretiens avec les salariés de ces sites ont déjà commencé et se poursuivront dans les prochaines semaines.
⚠️ Une question légitime : 3 sites suffisent-ils pour représenter l’ensemble de nos structures ?
Les expertes (Guilaine, Odile, Daphnée) estiment que 4 à 5 entretiens par métier permettent de dégager des tendances fortes. Cependant, des compléments d’information pourraient être nécessaires pour affiner l’analyse, notamment sur les sites ruraux ou mixtes. C’est une première étape qui permettra de ne pas fournir un travail théorique mais bien proche du travail réel de nos camarades.
Les enjeux identifiés
Cet outil est présenté comme une panacée censée nous débarrasser d’un travail dit « administratif », « ingrat » ou « improductif » — comptes rendus, raisonnement diagnostique, recherches, plans thérapeutiques. Pourtant, ce travail n’a rien d’ingrat : il est au cœur de notre métier. Ce qui l’est, en revanche, c’est de ne pas nous laisser le temps — ni les moyens — de mener cette réflexion essentielle, à distance de l’urgence et du rythme effréné de nos journées.
✅ Les opportunités
- Allègement des tâches administratives : Réduction du temps passé sur la rédaction des comptes-rendus ou la saisie de données.
- Amélioration de la performance : Aide au diagnostic, recoupement d’informations, optimisation des plans thérapeutique sur la base de consensus de la bibliographie.
- Innovation : Positionnement de nos cliniques comme acteurs modernes du secteur vétérinaire.
⚠️ Les risques et questions clés
- Confidentialité et données :
- Où et comment seront stockées les données (cloud américain, serveur local) ?
- Qui y aura accès ? Comment sera garantie la protection des données clients et patients ?
- Responsabilité professionnelle :
- Le VT reste légalement responsable de ses décisions. Mais comment l’IA influence-t-elle ces choix ? La rédaction d’un travail « pré-fait » ne risque elle pas de biaiser et d’orienter le praticien et limiter ses capacité d’analyse, de recherche, et de critique ?
- Quid de l’analyse des émotions ou de l’enregistrement audio des consultations ?
- Impact sur l’emploi :
- L’IA pourrait-elle réduire le besoin en ASV (ex. : accueil automatisé) ou en VT (ex. : diagnostics assistés) ?
- Comment éviter que le gain de temps ne se traduise par une surcharge de travail (ex. : vérification systématique des propositions de l’IA) ?
- Acceptation par les équipes :
- Certains salariés utilisent déjà des outils d’IA de manière informelle (« shadow IA »). Comment cadrer ces pratiques ?
- Comment préserver le sens du travail (ex. : le plaisir de réfléchir, la relation avec les clients) ?
- Gouvernance et transparence :
- Qui a choisi le fournisseur (The Digital Clinic) et sur quels critères ?
- Quel est le modèle économique (coût par clinique, abonnement) ? Comment sera financé l’outil ?
- L’IA est-elle compatible avec nos logiciels métiers actuels ?
Ces interrogations sont particulièrement forte dans le contexte d’une mise en application progressive entre 2026 et 2027 de l’IA act, règlement européen sur l’usage de l’IA par les entreprises, actuellement pas encore transposé en France (https://entreprendre.service-public.gouv.fr/actualites/A18475).
💡 Un exemple concret :
Dans d’autres secteurs (développement logiciel, traduction, ESN), l’IA a déjà transformé les métiers, parfois jusqu’à la précarisation (baisse des rémunération, réduction des missions). Ces retours doivent nous alerter sur les conséquences possibles dans notre domaine.
« Nous travaillons en ce moment à une cartographie de l’ensemble des tâches du métiers d’ASV et de vétérinaire dans nos cliniques, afin d’estimer le potentiel d’automatisation de chacune de ces tâches, sa fréquence au sein d’une semaine de travail, et sa durée, afin d’évaluer conformément aux méthodes de de l’OEM* le dégré d’impact sur nos conditions de travail, la façon de faire nos métiers, et sur nos emplois »
– David, vétérinaire et délégué syndical CGT Les Cerisiers.
*OEM = Observatoire des emplois menacés
Les modalités de l’expertise
Pour répondre à ces questions, l’expertise s’appuie sur :
- Des entretiens avec les VT, ASV et la direction des 3 sites pilotes.
- Un dialogue avec le fournisseur (The Digital Clinic) pour comprendre :
- Les fonctionnalités de l’outil (ex. : modèles utilisés : Gemini, OpenIA).
- Les garanties en matière de sécurité, de stockage des données, et de conformité RGPD.
- Les retours d’expérience dans d’autres cliniques ou groupes vétérinaires.
- Une analyse des risques :
- Charge de travail, employabilité, climat social.
- Cadre juridique (avis du CSE, conformité à l’IA Act, etc.).
📌 À noter :
La mise en place de l’IA a été temporairement gelée en attendant les conclusions de l’expertise. Une phase test de 3 mois était initialement prévue, mais elle ne démarrera qu’après validation du CSE et intégration des recommandations de l’expertise.
Calendrier prévisionnel
| Étape | Date | Détails |
|---|---|---|
| Entretiens terrain | 5–19 mai 2026 | Rencontres avec les salariés et la direction des 3 sites pilotes. |
| Échanges avec le fournisseur | À partir du 5 mai | Présentation de l’outil, clarification des questions techniques et juridiques. |
| Analyse et rédaction | Mai–début juin 2026 | Synthèse des retours, identification des risques et opportunités. |
| Rendu du rapport | Mi-juin 2026 | Restitution des conclusions et recommandations au CSE et à la direction. |
| Décision et suite | Été 2026 | Validation (ou non) du déploiement, avec un cadre social négocié (ex. : charte d’usage, formation des équipes). |
Les questions encore en suspens
Plusieurs points nécessitent encore des éclaircissements :
- Technique :
- L’outil est-il déjà utilisé ailleurs dans le secteur vétérinaire ? Quels sont les retours ?
- Comment s’articule-t-il avec nos logiciels métiers (ex. : fiches clients, analyseurs) ?
- Économique :
- Quel est le coût pour les cliniques ? Comment sera-t-il réparti ?
- Quel est le retour sur investissement attendu (ex. : réduction des heures supplémentaires) ?
- Social :
- Comment protéger l’emploi des VT et ASV ? Des accords pourraient-ils être négociés (ex. : gel des suppressions d’emplois) ?
- Comment former les équipes à l’utilisation de l’outil ?
- Juridique :
- L’outil est-il conforme au RGPD et à l’IA Act ?
- Qui est responsable en cas d’erreur liée à l’IA (ex. : diagnostic erroné) ?
Comment contribuer ?
Votre avis compte ! Si vous souhaitez :
- Partager votre expérience (ex. : utilisation informelle d’outils d’IA, retours sur des logiciels similaires).
- Poser une question ou exprimer une inquiétude.
- Proposer des pistes pour encadrer l’usage de l’IA.
👉 Contactez vos représentant·es syndicales CGT
Sources et références pour aller plus loin