Financiarisation du secteur véto : ce que révèle l’enquête de l’Huma sur Evidensia

Article original — l’Humanité, 18 août 2026, par Léa Darnay

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Synthèse — Cliniques vétérinaires Evidensia

Le 18 août 2026, l’Humanité a publié une enquête sur la financiarisation du secteur vétérinaire, consacrée notemment au groupe Evidensia. Dans ce cadre, plusieurs vétérinaire et ASV CGT élu·es au CSE Les Cerisiers (IVC Evidensia) ont été interviewé·es par la journaliste Léa Darnay, aux côtés d’autres soignant·es.

Vous trouverez ci-dessous une lecture et une synthèse de cet article, organisée par grands thèmes qu’elle aborde : conditions de travail, autonomie réelle des associés, logique de prix et de rentabilité, et reconnaissance des équipes. L’article complet, avec l’ensemble des témoignages et la version intégrale des échanges avec la direction, est à lire sur le site de l’Humanité (lien dans la photo ci-dessus).

Des conditions de travail qui se dégradent

La journaliste ouvre son enquête sur un chiffre marquant : à la clinique vétérinaire du Vernet (Haute-Garonne), un établissement d’une trentaine de salariés, dix sont partis en burn-out en l’espace d’un an, soit près d’un départ par mois — dont la majorité sont requalifiés en accident du travail.

L’article s’appuie aussi sur les évènement survenus au CHV des Cordeliers (Meaux), et sur les résultats de l’expertise demandée par les élu·es CGT au CSE au titre d’une alerte pour risque grave. La journaliste en résume les conclusions : surcharge de travail, faibles marges de manœuvre, manque de moyens, et un fort sentiment de qualité du travail empêchée.

L’article rappelle enfin un chiffre national fort : le taux de suicide chez les vétérinaires est deux à quatre fois supérieur à celui de la population générale. Une tendance qui ne semble pas à l’amélioration.

👉 en savoir plus sur le mal être au sein de la profession : VÉTOS : QUAND LE MAL-ÊTRE COMMENCE DÈS L’ÉCOLE.

Une autonomie des associés très théorique

La journaliste détaille le montage juridique mis en place par Evidensia en 2024 sous la pression de l’ordre national des vétérinaires, qui menaçait de radier ses cliniques : réorganisation ses 280 établissements français en trois sociétés distinctes, vétérinaires associés qui détiennent un peu plus de 50 % du capital. Sur le papier, souligne l’article, les vétérinaires restent donc majoritaires.

Mais dans les faits, le groupe a entamé une gestion beaucoup plus contraignante et surtout plus centralisée
Chloé Véleine Auxiliaire spécialisée vétérinaire (ASV), CHV Frégis (Gentilly), élue CGT au CSE de la société Les Cerisiers

Dans les faits, cette majorité juridique masque une influence croissante et insidieuse du groupe : les consignes seraient données directement aux opérationnels sur le terrain, tandis que les représentants d’Evidensia se présenteraient officiellement comme de simples conseillers auprès des associés et du CSE. De plus, les fonctions support regroupées dans le GIE Wivetix Services, censées décharger les équipes des tâches administratives, sont jugées « lacunaires et insuffisantes » par les équipes sur le terrain — une aide qui n’a pas tenu ses promesses.

L’article cite directement les directions locales qui se sentent « prises en étau entre les injonctions économiques du groupe et les besoins exprimés par les salariés », et qui estiment avoir perdu l’autonomie décisionnelle. Sollicité par la journaliste, la Direction du groupe – par la voix du président de la SAS Les Cerisiers, Frédéric Pinto – reconnaît l’existence d’arbitrages budgétaires entre établissements et groupe.

Prix, rentabilité : une logique de profit dénoncée

L’article relaie les témoignages sur les marges de manœuvre réduites, dans le choix du matériel et des médicaments par exemple sous couvert d’économie ou de partenariat privilégié, et une augmentation tarifaire générale et sans précédent, confirmée par le PDG des Cerisiers invité à réagir sur ce sujet

Ils veulent faire de nos cliniques des établissements de luxe
Bénédicte Lutz Vétérinaire, clinique des Cordeliers (Meaux), déléguée syndicale

Ces arbitrages ont un impact direct sur les clients, dont certains ne pourraient plus se permettre de faire soigner leur animal dans l’établissement, tant les tarifs auraient évolué. Et un impact sur les soignants, dont le sens du métier et remis en question.

On est là pour soigner des animaux […] Nous ne sommes pas des commerciaux chargés de faire des bénéfices. Notre rachat par des multinationales contribue à une dérive qui consiste à facturer des sommes astronomiques, en profitant de l’attachement grandissant de la société à ses compagnons domestiques.
Bénédicte Lutz Vétérinaire, clinique des Cordeliers (Meaux), déléguée syndicale

Un manque de reconnaissance pour les équipes

La journaliste dresse un comparatif avant/après rachat à partir du témoignage de Bénédicte Lutz : à son arrivée en 2021, la politique sociale faisait une large place au partage des bénéfices — heures supplémentaires payées, pauses déjeuner rémunérées pour les ASV, primes, événements collectifs. L’article précise que ces avantages ont depuis largement disparu, remplacés par exemple par une gestion stricte des heures supplémentaires, déconnectée de la réalité du travail.

Avant, nos patrons ne faisaient pas forcément bien les choses […] Mais, ils pouvaient décider d’invesir dans du matériel même si les bénéfices n’étaient pas ceux espérés car ils avaient choisi ce métier pour soigner. Ils ne sacrifiaient ni les salariés, ni les clients pour le profit.
David Gossart Vétérinaire, clinique du Vernet (Haute-Garonne), élu CGT au CSE

La journaliste évoque la pression à l’augmentation du nombre d’actes, et mécaniquement l’alourdissement de la charge de travail des ASV — une dynamique qui contribue au fort taux de reconversion dans la profession : la moitié des ASV quitteraient en moyenne le métier au bout de huit ans de carrière.

La branche vétérinaire est organisée pour les exploiter.
David Gossart Vétérinaire, clinique du Vernet (Haute-Garonne), élu CGT au CSE

La journaliste cite Frédéric Pinto, qui assure que chaque situation de souffrance au travail signalée fait l’objet d’une attention particulière, tout en estimant les difficultés évoquées antérieures à la fusion des sociétés du groupe.

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